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Le billet de la semaine
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29/01/2014
J’ai fait un rêve…
J’ai fait tout récemment un rêve : j’étais une petite araignée oubliée par le personnel chargé du ménage du Vatican au plafond du salon d’apparat et, du bout de mon fil, j’ai cru entendre au-dessous de moi le dialogue suivant :

Voix 1 Monsieur le Président, je vous remercie de m’avoir demandé audience. Je suis heureux de vous recevoir en tant que chef d’état d’un pays dont la culture continue à rayonner dans le monde.
Je tiens d’abord à vous dire que, dans les difficiles circonstances actuelles, je mesure le poids de votre charge et que je prie quotidiennement pour vous…


Voix 2 Très Saint Père, je vous remercie, je voulais…

V1 … J’ajoute que je suis particulièrement content de prendre contact avec le représentant d’une nation qui nous est particulièrement chère et que mes prédécesseurs avaient coutume d’appeler la « fille ainée de l’Eglise ». A cet égard, je salue en vous un Chanoine du Latran…

V2 Très Saint Père, ce sont là des références historiques que je respecte mais je suis le Président d’une république laïque attachée à la liberté religieuse mais qui tient à ne privilégier aucun culte. Ces réminiscences ne doivent pas nous faire oublier la dramatique actualité internationale.

V 1 En effet, bien que l’influence de la Papauté ait beaucoup diminué depuis que Monsieur Staline a lancé son célèbre : « Le Pape… combien de divisions ? », il me revient que vous considérez que nous figurons parmi les autorités morales qui pouvons être encore un peu « utiles » comme médiateurs diplomatiques.
C’est là une noble mission que l’Eglise assume traditionnellement depuis des siècles.
D’ailleurs, dans mon souci permanent de travailler à la Paix, depuis le début de mon pontificat, je n’ai cessé d’adresser des appels à l’opinion internationale et aux parties
en conflit pour qu’ils règlent leurs différents par la négociation.

V 2 Je sais tout cela et la France le mesure à sa juste valeur. Je voulais surtout examiner avec vous les dossiers les plus sensibles à nos yeux, notamment ceux qui concernent des pays où la France assume depuis longtemps des responsabilités et ceux où j’ai récemment été conduit à prendre des initiatives particulières. Il s’agit notamment du Moyen Orient et de l’Afrique. Dans le premier cas, sans trahir notre conception de la laïcité à l’intérieur, nous tenons à assurer notre rôle séculaire de protection des Lieux Saints et de défense des chrétiens d’Orient.
Dans le deuxième cas, sans nous immiscer dans la politique des pays concernés, nous voulons contribuer à y rétablir l’ordre – et, dans ce cadre, protéger les ressortissants français - et lutter contre le terrorisme.

V 1 Nous apprécions vos nobles objectifs, bien caractéristiques de la France éternelle, et nous vous rejoignons dans votre souci de faire régner partout la justice et la paix. Concernant de nouvelles initiatives que nous pourrions prendre en commun pour les atteindre, je vous suggère de demander à vos représentants d’en discuter avec notre Secrétaire d’Etat qui, de son côté, a des propositions à vous faire.
Cela dit, je voudrais profiter de votre opportune présence ici pour vous faire part de quelques inquiétudes concernant la situation de l’Eglise de France.


V2 L’Eglise catholique de France va bien et jouit d’une complète liberté conformément aux principes de séparation de l’Eglise et de l’Etat inscrits depuis 1905 dans la Constitution.

V1 On me dit cependant que des catholiques français considèreraient qu’en fait de laïcité, donc de neutralité religieuse, l’Islam serait parfois l’objet chez vous d’attentions officielles particulières qui tranchent avec l’apparente indifférence des pouvoirs publics à l’égard des chrétiens…

V2 J’en suis très étonné. A quoi Votre Sainteté fait-elle allusion ?

V1 Je pense à d’odieuses manifestations dont celles qui ont eu lieu à la cathédrale de Paris et à la Madeleine, à Noël, et à des attaques ad hominem contre des prêtres qui n’ont, ni les unes ni les autres, donné lieu à poursuites…

V2 Chez nous, la Justice est souveraine. De plus, dans aucun pays du monde, la police n’arrive à empêcher les malfaiteurs de nuire…

V1 Je l’admets mais des églises sont vandalisées, des offices troublés, des chrétiens agressés en tant que chrétiens sans que les médias ne dénoncent le scandale…

V2 Chez nous, les médias sont libres…

V 1 Certes mais on peut s’étonner a contrario de constater la vigueur de leur engagement s’il s’agit de profanations de mosquées ou d’hypothétiques manifestations contre des musulmans… Alors que, simultanément, des prêcheurs venus d’ailleurs tiennent impunément en public des discours appelant à la haine des français et des chrétiens…

V2 Là encore, la police ne peut pas tout contrôler…

V 1 Je peux le comprendre mais, du coup, certains de vos compatriotes pensent que cette attitude d’apparente indulgence officielle envers l’Islam en France est contradictoire avec l’engagement de vos troupes en Afrique…

V 2 En France, l’Islam pacifique compte plusieurs millions de personnes qui ont maintenant droit de cité mais qui ont parfois besoin d’être soutenues contre le racisme de certains de mes compatriotes. Au contraire, en Afrique et ailleurs, il s’agit d’un complet dévoiement de l’Islam aboutissant au fanatisme sanglant d’Al Quaida, celui que nous combattons.

V 1 Pour aborder un chapitre encore plus délicat, un grand nombre de paisibles catholiques français auraient été scandalisés par la sévère répression dont ils auraient été l’objet pendant ce qu’ils appelaient les Manifs pour tous, répression qui, selon eux, tranchait avec l’indulgence accordée à de vrais bandits

V2 Il s’agit là d’une affaire purement française et je n’aurais pas en principe à m’en justifier devant vous. Toutefois, par respect pour ce que vous représentez et en signe de bonne volonté, je veux bien aborder ce sujet.
Ces manifestations, malgré leur apparence bon enfant, représentaient à mes yeux un danger sérieux pour la démocratie et la République, en ceci qu’elles émanaient de milieux attachés traditionnellement à l’ordre et au respect de la loi. Elles risquaient donc d’être le détonateur d’une explosion sociale que nous voulions avant tout éviter. Cela dit, des excès ont été observés des deux côtés et je les regrette.

V 1 Monsieur le Président, permettez-moi cependant de me faire l’interprète d’une grande partie des catholiques de France qui me font part de leur inquiétude. Ne croyez-vous pas que c’est précisément le changement de civilisation que vos Ministres ont officiellement annoncé qui a ému et scandalisé les manifestants et bien d’autres avec eux ? Sans vouloir aucunement me mêler de ce qui, vous me l’avez fait remarquer, ne me regarde pas, au moment où les Français sont déjà perturbés par leurs difficultés de vie, n’était-ce pas prendre un risque grave que de les troubler dans leurs convictions le plus chères, de les indigner et de provoquer ainsi leur réaction collective ?

V 2 Notre pays est une démocratie régie par la loi de la majorité. Le parlement régulièrement élu a régulièrement voté une loi, celle-ci s’impose dès lors à tous.

V 1 J’entends bien mais, dans le cas considéré, j’observe que cette loi met à bas ce que les hommes ont mis des siècles à découvrir et à pratiquer et que nous considérons comme d’origine divine : la valeur de la vie humaine, de la conception à la mort, l’engagement définitif entre un homme et une femme aboutissant à un mariage lequel donne naissance à une famille, pilier de la société et principal amortisseur des difficultés sociales ; tout cela bannissant évidemment l’avortement, la procréation pour autrui, l’euthanasie et autres conséquences génératrices de désordre social à craindre, selon nous, de la loi votée…

V 2 Je regrette de ne pas pouvoir vous suivre sur ce terrain. Le monde change, les idées évoluent, la technique est au service de l’homme, elle permet maintenant d’agir sur la nature et de la faire évoluer : en conséquence ce que vous et les vôtres appelez la loi naturelle n’existe pas à nos yeux alors que la liberté des hommes est pour nous souveraine.
D’ailleurs, il est probable que, dans deux générations, les hommes s’étonneront de ce que leurs aïeux aient pu vivre en 2014 sur des principes datant des Croisades…

V 1 Monsieur le Président, je sais que ne peux pas, seul, vous convaincre du malheur que cette loi risque de générer en France ; beaucoup d’esprits y sont déjà troublés, beaucoup de repères ont été perdus, trop de familles éclatent, d’où tant de souffrances individuelles et collectives que je partage.
Je continuerai à prier pour la France « fille ainée de l’Eglise », envers et contre tous, et pour mes frères catholiques que j’encourage à tenir bon dans leur foi.

Merci encore d’être venu me voir, Monsieur le Président. Je prierai pour vous, plus que jamais.
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Là-dessus mon réveil a sonné, mettant fin à mon rêve. Je n’en saurai jamais la fin…
Jean Delaunay

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