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Le billet de la semaine
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27/11/2013
Le tabou des «valeurs»
       Au risque d’effleurer la politique, ce que je m’interdis habituellement par fidélité à notre statut d’association Loi de 1901, je crois utile de reprendre ici des extraits d’un article de Samuel Pruvot dans Famille Chrétienne du 19 octobre 2013.
Jean Delaunay

FC n'a pas vocation à entrer dans un procès, par médias interposés, qui voit s'affronter défenseurs et accusateurs du bilan de l'ex-président. En revanche, il y a le devoir de comprendre pourquoi celui qui avait soulevé tant d'espoirs en 2007 chez les catholiques a tant déçu ensuite. Valérie Pécresse tente une explication (…) « II n'a pu aller jusqu'au bout». La faute au « corporatisme», à la « crise de l'euro» et au rejet de certains traits de sa personnalité». Le quinquennat a souvent suscité une impression d'impuissance et d'action brouillonne chez les électeurs catholiques attachés à la défense de la famille.

L'objet de notre enquête ne consiste pas à juger la personne mais à sonder les racines du doute dans l'électorat catholique. Très présents dans le champ sociétal, les chrétiens ont joué un rôle d'aiguillon qui s'est confirmé lors des manifestations du printemps. (…)ils ont fait entendre un besoin de cohérence. Par exemple sur le travail dominical. Le candidat de 2007 y était favorable tout en invoquant les racines chrétiennes de la France. Incohérence ? On le sait, le débat accouchera d'une réforme a minima sous la pression de députés UMP invoquant le respect de la civilisation contre le consumérisme.
Et demain? Les «valeurs» invoquées par Nicolas Sarkozy en 2012 conditionnent une partie de notre avenir politique comme l'atteste notre sondage. Pour les Français, et a fortiori les catholiques, il s'agit d'un marqueur essentiel à ne plus sous-estimer ».


(…) Sur les questions sociétales, Nicolas Sarkozy laisse une impression mitigée, alors même que sa promesse de « tourner la page de Mai 68 » avait séduit l'électorat catholique lors de la campagne pré¬sidentielle de 2007. «Nicolas Sarkozy a restauré un peu de la fierté d'être héritier d'une grande histoire, explique Vincent Trémolet de Villers, journaliste et coauteur de « Et la France se réveilla » (éd. du Toucan). Il faut se souvenir que Chirac n'avait même pas osé fêter le bicentenaire de la victoire d'Austerlitz!» Mais au cours de son quinquennat, Nicolas Sarkozy a-t-il osé rompre définitivement avec les vieilles lunes libertaires ?
Au commencement du malaise, la nomination comme ministre de Nadine Morano sonne comme une provocation. Celle qui reçoit le portefeuille de la Famille - un secrétariat d'État- se dit favorable au «mariage» homosexuel et à la gestation pour autrui!
(…) Nicolas Sarkozy joue ici avec un symbole fort : le mariage et la famille. Un symbole qui lui coûtera cher.

Au fil du quinquennat, ce brouillage s'accroît et déconcerte nombre d'électeurs, qui voient se dessiner deux visages chez Nicolas Sarkozy. «D'un côté, le discours du Latran [qui développe le concept de laïcité positive auprès du Vatican, note Vincent Trémolet, de très bonnes rela¬tions avec Benoît XVI et le refus de céder aux demandes de lois sociétales. » Mais le doute s'installe, avec des personnalités comme Roselyne Bachelot qui défend aussi ouvertement le « mariage » homosexuel. « Cette incohérence se retrouve jusque dans la campagne de 2012, ajoute le journaliste. Avec Patrick Buisson en inspirateur d'une campagne sur les valeurs traditionnelles dont NKM (qui ne partage pas ces valeurs) est le porte-parole. Héraut de la famille un jour, fossoyeur le lendemain ?
La contradiction est peut-être finalement une des clés du sarkozysme.
(…) Capacité d'être à l'écoute du pays donc, mais pas de véritable réflexion en profondeur, estime pour sa part Philippe Brillault, maire du Chesnay et un des moteurs de La Manif pour tous. «Mon regret majeur, du temps de Sarkozy, c’est la carence de politique globale et cohérente sur la famille. J'en veux beaucoup sur ce point à Roselyne Bachelot... »
(…) La carte famille nombreuse a bien failli disparaître en 2008. Hervé Mariton, fer de lance contre la loi Taubira, se souvient : « Nous sommes face à une décision administrative et à des gens qui n'ont pas mesuré la dimension politique de cette affaire. Les technocrates avaient l'idée que ça pouvait passer»,. La polémique déclenchée par ce projet de suppression incite Nicolas Sarkozy à faire marche arrière. « L'atterrissage a été curieux. Nicolas Sarkozy a étendu la carte famille nombreuse aux familles pas nombreuses! Résultat? Le problème budgétaire a été compliqué et les repères abîmés. »
Des catholiques qui avaient voté pour lui en 2007 ont douté de lui en 2012
En fin de quinquennat plane un étrange sentiment de déception, voire de trahison. Hervé Mariton résume : « Sur les questions de société, Nicolas Sarkozy n'est jamais tombé du mauvais côté. Mais il y a eu du bon et du moins bon pendant sa présidence... Tout ça laisse une impression ambiguë sur la réalité de ses convictions». L'ambiguïté, voilà le mal !
Alors, sincère ou calculateur, Nicolas Sarkozy?

Les débuts du «gender» à l'école
C'est sous la précédente majorité que les digues ont cédé sur la question du gender.
Le concept de genre arrive sans crier gare en 2011 dans les manuels de SVT (science de la vie et de la terre) des classes de première.
« Seul le sexe biologique nous identifie mâle ou femelle, mais ce n'est pas pour autant que nous pouvons nous qualifier de masculin ou féminin », affirme le manuel édité par Hachette. «Si dans un groupe social, il existe une très forte valorisation du couple hétérosexuel et une forte homophobie, la probabilité est grande que la majorité des jeunes apprennent des scénarios hétérosexuels», lit-on dans celui publié par Bordas. Certes, le mot «gender»n'est pas mentionné mais les pages y font implicitement référence. Quatre-vingts députés UMP réclament le retrait de ces manuels à leur propre gouvernement.
Réponse de Luc Chatel. «Le ministre de l'Éducation nationale n'est pas chargé d'éditer les manuels. Le ministère est chargé de rédiger les programmes. Ensuite, ces programmes sont mis à disposition d'éditeurs scolaires, et les éditeurs ont une totale liberté éditoriale ».
Qu'avait-il besoin d'ajouter un chapitre intitulé « Devenir homme ou femme » dans une circulaire datée du 30 septembre 2010? Il y est écrit : «On saisira l'occasion d'affirmer que si l'identité sexuelle et les rôles sexuels dans la société avec leurs stéréotypes appartiennent à la sphère publique, l'orientation sexuelle fait partie, elle, de la sphère privée »
. Devant l'insistance des associations catholiques exigeant des clarifications, Luc Chatel se contente de faire répondre par son directeur général de l'Enseignement scolaire : « Il ne s'agit pas défavoriser telle ou telle théorie sociologique particulière. S'il y a une extrapolation de certains manuels, ce n'est pas de la responsabilité du ministère».
Les parents ne lui diront pas merci.
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