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Le billet de la semaine
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Terreur
09/10/2013

     Extrait de l’éditorial de Bruno Frappat dans la Croix du dimanche 29 septembre
      (…) Après avoir rendu hommage à « l'inventeur de l'été indien » qui nous comble en ce moment de ses bienfaits, Bruno Frappat continue avec ces lignes que j’aimerais avoir écrites. Jean Delaunay
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      Mais il y a le reste. Le « et pendant ce temps-là » des feuilletons de l'actualité. Ce reste qui nous rattrape et qui, alors que nous flemmardons au soleil, nous tire par la manche et sollicite nos ardeurs, nos regards vers un ailleurs inimaginable de mauvaiseté et d'horreur. Il y a cette longue marche, sur la prétendue terre d'islam, d'une terreur multiforme. Il y a cette équipée sauvage de Nairobi et ces fous qui tirent dans le tas, après avoir sélectionné les « infidèles » à abattre. Il y a les explications à entendre sur le point de savoir qui sont ces « Somaliens » fanatiques qui ont tenu le monde en haleine. Il y a l'horreur de cette église du Pakistan où ont péri des dizaines de chrétiens parce qu'ils étaient chrétiens, crime abominable aux yeux d'autres fanatiques du même acabit, drogués de la même drogue que ceux de Nairobi. Que ceux qui prétendaient, jusqu'à l'intervention française, faire la loi au Mali. Que ceux qui détiennent des otages au «Maghreb islamique», comme si le Maghreb avait été «slamique» de toute éternité. Il y a, en Syrie, ces groupes islamistes qui ont choisi le camp d'une opposition au régime qui rendent de plus en plus délicat - voire dangereux - le soutien aux « rebelles ».
      Sur une carte de l'Orient, s'il fallait piqueter avec de petits drapeaux noirs tous les lieux où le fanatisme a répandu le sang, fait exploser des bombes, massacré des « infidèles », ou des musulmans d'une autre sorte que ceux qui tirent dans le tas, cette carte deviendrait vite illisible tant il y aurait de petits drapeaux. Et il faudrait rester calmes et ouverts aux « solutions politiques » par rapport à ce phénomène qui, depuis plus de dix ans, saccage la tranquillité de la planète ? Il faudrait « raison garder », refuser les « amalgames » ? Pourquoi s'interdirait-on de trouver le fil rouge, la logique commune qui tient ensemble toutes ces malfaisances, les reliant comme si elles tissaient un voile noir sur le monde.
      Les jérémiades pleurnichardes sur notre propre passé, consistant à battre constamment notre coulpe sur le temps des « croisés », de l'« esclavagisme » ou de l'« inquisition » et du « colonialisme », ces plates excuses à renouveler sans cesse, est-ce que cela n'a pas fait son temps ? Faut-il, jusqu'à la fin des siècles, expliquer le présent de l'horreur islamiste par les comportements de nos ancêtres et de notre religion? La macération et l'autodénigrement n'apportent plus rien au débat contemporain.
      C'est la survie de l'humanité qui est en jeu. L'alliance sournoise d'une idéologie simpliste, caricaturale, inspirant des esprits faibles et du pur banditisme, consistant à dominer des zones entières, comme un animal marque son territoire, c'est bien le ciment d'une nouvelle domination que touillent ces fous. Dieu leur importe peu, au fond, car on se demande s'il faudrait vraiment croire en un Dieu unique qui acclamerait tant de crimes, tant de ses créatures massacrées par d'autres créatures. Faut-il tenter de trouver un « QG » où se fomenteraient de tels crimes? Hélas, pas même, car on est face à une nébuleuse de petites mafias, de petits émirs régnant sur des lambeaux de territoire, de petits idéologues fêlés prêchant le « djihad » à la manière dont Hitler, dans sa brasserie, prêchait la purification nationale-socialiste. Ce qu'il faudrait, c'est un psychiatre mondial capable d'agir à la dimension de l’univers humain. Capable de chasser, à l'aide d'on ne sait quelles médications, les démons qui s'échauffent, jusque dans certaines de nos pauvres « cités ». De chasser l'idée d'un paradis où des vierges accueillantes attendraient les héros juvéniles de ces combats de la nuit.
       Une partie de la solution est entre nos mains et nos cœurs. Outre une fermeté de type militaire, il faut une fermeté de croyance. Il faut renoncer à hésiter sur l'affirmation de valeurs dont nous n'avons aucune raison d'avoir honte. Moins que jamais. Il faut, face aux malades d'en face, faire valoir la force de la liberté, de l'égalité, de la démocratie, ces piliers que nous mîmes tant de temps à édifier. Et leur montrer que leur furie ne fait pas peur.