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Le billet de la semaine
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L'imposture de la « transition énergétique »

02/10/2013
par André Pertuzio,
expert pétrolier international


      L'énergie est la condition même de l'activité industrielle. Sa consommation varie avec le développe¬ment économique d'un pays ; les Etats-Unis consomment 8 tonnes d’équivalent pétrole par habitant, les pays de l'OCDE 4 à 5 tonnes, et la Chine 2 tonnes bien qu'étant le premier consommateur mondial suivie par les Etats-Unis, soit à eux deux 40 % de la consommation mondiale.
       Cela dit, il n'est question aujourd'hui que de « transition énergétique », c'est-à-dire de changement.
Le gouvernement a organisé un « débat national » dont la synthèse laisse pantois. Il y est en effet préconisé, outre la réduction de la part du nucléaire dans la fabrication de l'électricité à 50% au lieu des 77% d'aujourd'hui, l'augmentation des énergies renouvelables jusqu'à 40% en 2025, et enfin une réduction de la consommation de la France de 50% à l'horizon 2050 ! Examinons ces problèmes de façon pragmatique, en dehors des rêveries écologistes ».
Le bilan énergétique français
       Le bilan mondial est : 12,3 milliards tep dont charbon : 30%, pétrole : 33%, gaz naturel : 23%, électricité primaire : 12%, énergies renouvelables : 2%. Les énergies fossiles représentent 86% de la quantité consommée dans le monde, l'électricité primaire (nucléaire et hydraulique) environ 12 %.
      En regard, la consommation française est d'environ 260 millions de tonnes, se répartissant ainsi : charbon : 4,5%, pétrole : 33%, gaz naturel : 17%, électricité primaire : 43%, énergies renouvelables : 2,5%. En matière de pétrole, la France se situe donc dans la moyenne mais elle consomme beaucoup moins de charbon et de gaz en raison d'une production d'électricité nucléaire au pourcentage élevé.
      Une autre remarque s'impose : le bilan mondial a peu évolué depuis 30 ans. La production s'est adaptée aux besoins et les découvertes pétrolières ont compensé l'augmentation de la consommation alors que le Club de Rome donnait l'année 1992 comme marquant la fin du pétrole !
       Certes, depuis lors des changements considérables ont eu lieu, notamment l'émergence de pays comme la Chine et sa boulimie de matières, et la découverte de champs pétroliers géants comme ceux du Kazakhstan et du Brésil. En France, ce fût le développement de l'électricité nucléaire des années 80 et la diminution des consommations charbonnière et pétrolière passant de 118 à 77 millions de tep/an.
       Le développement des énergies renouvelables en revanche n'a pas été à la hauteur des espoirs mis en elles en raison de trois critères : la disponibilité, le coût et la performance.
-La disponibilité, c'est le fait de pouvoir se procurer les matières nécessaires : réserves et sécurité de l'approvisionne¬ment.
-Le problème essentiel est celui du binôme coût-perfor¬mance. Or, à ce jour, aucune des énergies renouvelables ne satisfait ces conditions à l'exception de l'hydroélectricité dont l'usage est limité en France sauf les énergies marines, houlomotrice notamment.
       Mais, avec tout cela, on ne voit pas clairement la raison de la transition énergétique. L'argument épuisement des réserves de pétrole est éculé car, ces 10 dernières années, les découvertes ont augmenté de 2,5%, alors que la consommation de 2,2%.
      Il s’agit donc essentiellement d’une opposition de l'écologie politique à l'énergie nucléaire et à l'exploitation du gaz de schiste au bénéfice de l'énergie éolienne.
L'énergie nucléaire.
      La France possède 58 réacteurs, produisant environ 420 TWh annuellement pour une production d'électricité totale de 530 TWh qui permet donc l'exportation d'environ 60 TWh. Cette électricité a un prix de revient estimé par la Cour des Comptes à 49,5 euros le MWh (un MWh = 1000 KWh), ce qui permet un prix d'achat particulièrement raisonnable par le consommateur. Il est évident que les décisions dans une telle matière ultra-sensible ne pouvaient qu'être prises par l'Etat, et il faut donc louer les dirigeants français d’hier pour avoir eu la vision et la volonté qui font de la France l'un des tout premiers pays en matière nucléaire. Il faut noter de plus que cette électricité nucléaire augmente le coefficient d'indépendance énergétique français, ceci bien que l'uranium soit importé.
       Certes, les adversaires du nucléaire citent la catastrophe de Tchernobyl et celle de Fukushima. Or dans la première, il s'agissait d'une technologie obsolète, dans l'autre d'une secousse sismique entraînant un raz de marée qui submergea Fukushima. Le risque en la matière est assez peu envisageable en France. Certes le risque zéro n'existe nulle part mais la sécurité des installations en France semble vraiment bien assurée depuis 1974.
Le gaz de schiste.
      C'est l'autre objet des ressentiments écologistes. Depuis que les USA ont entrepris la production de gaz naturel par des méthodes modernes, ils sont presque auto-suffisants en matière énergétique et exportent du gaz naturel. En fait, le gaz de schiste est du gaz naturel exploité de façon non conventionnelle. Les hydrocarbures imprègnent la roche, mais lorsque, comme le schiste, elle n'offre pas la perméabilité nécessaires pour un forage classique, la seule solution est de la fracturer pour en faire sortir les hydrocarbures. C'est ainsi qu'a été mise au point la fracturation hydraulique. Des problèmes environnementaux ont été cependant causés par la nécessaire injection de produits chimiques addi¬tionnels qui ont endommagé des nappes phréatiques. Aujourd'hui les techniques de production sont maîtrisées et la loi du 30 juin 2011 qui l’interdit devrait être révisée pour permettre une production importante de gaz naturel, facteur d'économie de devises et coefficient d'indépendance énergétique.
      L'Agence Internationale pour l'Energie estime que la France et la Pologne sont les pays européens qui posséderaient les plus grandes réserves de gaz. En ce qui concerne la France, la loi interdisant la recherche, une estimation chiffrée des réserves est impossible mais celles-ci semblent importantes.
      Il faut y ajouter le gaz de charbon dont les réserves ont été évaluées à 371 milliards de m3 dont 136 dans le Pas de Calais.
       En fait, le gaz de schiste est, comme le nucléaire l'objet d'une attaque en règle de l'écologie politique parallèlement à une promotion frénétique de l'électricité d'origine éolienne.
Electricité éolienne.
       La France, en 2012, les éoliennes n'ont produit que 2,5 % du total et le taux de conversion de l'électricité éolienne en termes d'énergie est 3 fois inférieur à celui de l'électricité nucléaire, c'est donc 1 300 000 tep que fournissent les éoliennes sur les 260 millions consommés en France, soit environ 0,53 %. La différence de prix avec le nucléaire étant à charge de l'usager.
       De plus, le vent ne soufflant qu’un quart du temps en moyenne, le relais doit être pris par une turbine à gaz naturel, facteur de rejet de C0², étonnamment oublié pour une fois par les écologistes ! C'est ainsi que, pour un appoint mineur, plus de 4000 machines défigurent les paysages français et que l'on s'apprête à construire des parcs d'éoliennes en mer à vue des côtes de Bretagne! Il s'agit d'une formidable pression de puissants « lobbies » dotés de grands moyens financiers. ,
       La Cour des Comptes indique qu’on a dépensé 14 milliards d'euros pour subventionner ces énergies.
Conclusion.
      Il est certain que les bilans énergétiques d'un pays donné doivent s'adapter aux nécessités industrielles et économiques suivant les critères de disponibilité, coût, performance. On peut notamment penser à réduire les importations de pétrole en cantonnant sa consommation aux domaines où il est vraiment indispensable (pétrochimie, transports routiers et aériens etc.), mais il serait insensé de mettre en péril l'avance internationale française en matière d'électricité nucléaire ou de ne pas profiter des économies qu'offrirait le gaz dit non conventionnel, ce qui n'empêchera pas de travailler sur des énergies renouvelables sérieuses telles que l'hydroélectricité et les énergies marines, mais en aucun cas les éoliennes, inutiles, peu performantes et destructrices d'environnement. »
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Condensé d’un article paru dans « Renaissance des hommes et des idées» N° 275 Sept /octobre 2013