http://www.francevaleurs.org

Le billet de la semaine
Retour
La république des enfants
11/09/2013
      Je viens de voir à la télé un beau reportage dans le cadre de l’émission catholique «Le Jour du Seigneur». Il s’agit d’une œuvre de sauvetage d’enfants des rues en Colombie. Dans ce pays comme, hélas, en beaucoup d’autres, des familles sont désunies et des centaines d’enfants se retrouvent livrés à eux-mêmes, obligés de voler pour manger et en proie à tous les dangers et à toutes les tentations, la principale étant la drogue laquelle fait partie de leur univers.
      Un prêtre Salésien italien avait dans son pays l’expérience de ce milieu ; il a demandé l’autorisation d’émigrer à Bogota où la misère des tout jeunes est encore plus prégnante. Il a recruté et formé des éducateurs de qualité, hommes et femmes, qui ont tous vécu le même genre de jeunesse et ont décidé de consacrer une partie de leur existence au service de leurs cadets.
      Leur action s’exerce à plusieurs niveaux.
     Dans un premier temps, il s’agit d’apprivoiser littéralement des enfants qui vivent et dorment dans la rue en leur offrant au réveil une douche, un petit déjeuner et une salle de repos dans la sécurité.
     On sait qu’ils mendient, qu’ils chapardent, qu’ils sniffent de la colle ou fument de la marijuana ; on leur demande simplement de laisser leur couteau et leur pipe à l’entrée, on les leur rend à 15 h , lors de la fermeture mais on cherche surtout à leur donner envie de passer au stade supérieur, c’est-à-dire de vouloir s’en sortir.

     Il y a sans doute des étapes intermédiaires mais j’ai retenu surtout l’organisation originale qui régit le foyer définitif où une centaine de jeunes garçons volontaires passeront plusieurs années avant d’être lâchés pour de bon dans la vie. C’est un mélange étonnant et révélateur de discipline et d’éducation à la responsabilité par l’auto gestion. Les jeunes élisent chaque mois un « maire » qui exerce l’autorité sur ses camarades ; il est assisté dans sa tâche par un conseil d’une dizaine de membres élus eux aussi. Les éducateurs adultes sont présents mais restent volontairement en retrait car ils savent que la rigueur sera mieux acceptée si elle émane de la base. Moyennant quoi les locaux sont impeccablement tenus, les jeunes propres et bien vêtus, avec une chemise blanche et une cravate pour les grandes occasions. La journée commence par une sorte de prise en main du type militaire avec exercice de cohésion, défilé au pas cadencé. Puis viennent les heures d’école car on leur apprend que l’instruction est à la base de la dignité. L’après-midi est consacré au travail manuel obligatoire et un peu rémunéré et au sport. Une banque tenue par des jeunes gère leurs économies.
     Chacun passe à tour de rôle dans les différentes fonctions qui règlent la vie sociale : cuisine, entretien des locaux, infirmerie, comptabilité, banque, organisation des loisirs… C’est ainsi que le foyer mérite bien son nom de république.
***

     Je regardais cela en tant que très ancien visiteur de prison, convaincu, comme la Garde des Sceaux que je rejoins sur ce seul point, que la prison classique pour les jeunes est l‘école du crime. A la différence des idéologues, je crois cependant que le bracelet électronique et les travaux d’intérêt général tels qu’ils sont pratiqués en France ne représentent pas la solution, s’adressant à des jeunes qui n’ont plus aucun repère. L’amiral Brac de la Perrière l’avait bien compris dans les années 1980 en fondant l’association JET (jeunes en équipes de travail) qui a rendu d’excellents services de réinsertion de jeunes délinquants volontaires pendant quelques années, jusqu’à ce que le passage à l’armée de métier ne contraigne celle-ci à abandonner l’encadrement de ses camps de travail.
     Le principe de tels stages de formation a été conservé dans le Service Civique dont les jeunes volontaires ont été mis à l’honneur le dernier 14 juillet. Par démagogie, on a cependant tenu à le rendre moins contraignant pour les jeunes et, ce faisant, on l’a gravement affadi sur les deux plans essentiels de la rigueur et de l’éducation à la responsabilité, piliers de la réinsertion.
     Dans le cadre des études en cours sur ce sujet place Vendôme, j’appelle donc de mes vœux la mise au point chez nous d’une sorte de «république des jeunes» à la Française.
Jean Delaunay     
***

JET