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Le billet de la semaine
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A PROPOS DE L'EMBRYON HUMAIN.
21/08/2013
       L'embryon, de tout temps, a été malmené ; le maître de Cos, bien avant l'ère chrétienne, avait exigé de ses disciples qu'ils prêtent serment de ne jamais lui faire offense et de ne pas distribuer de drogues abortives.
      Toutefois, depuis longtemps, les agressions et les tourments en se diversifiant se sont compliqués et multipliés. Plus récemment avec les progrès de l'embryologie, une tournure nouvelle se dessina, dans les laboratoires du monde entier, où les intérêts de toute nature se mêlent à l'altruisme le plus convaincu. Ces embryons surnuméraires conservés ici et là sont devenus pour la science un capital réel, quasi sans limite, simple à préparer et à rassembler, suscitant par leur signification un embarras discret : on sait de plus, que pour assurer la vie, un certain nombre disparaît, victime oblative des aléas, de la réussite de l'implantation et des choix de la procréation assistée.
      L'ensemble était, tout au moins en France, jusqu'à maintenant relativement protégé de toutes manifestations savantes sans l'avis d'un comité d'éthique. Sans se faire aucune illusion sur son pouvoir réel, il était consulté : on sait, en effet, que seul un pouvoir financier est véritablement susceptible de s'imposer au chercheur, comme il s'exerce sur tous les grands projets : quête de l'énergie, physique fondamentale et des particules, cosmologie, astrophysique, cosmonautique . . .
       C'est pourquoi, avec la nouvelle loi, la protection de l'embryon, absolument sans défense, a disparu. Et, pour lever l'ultime interdit ou le dernier scrupule, il est surprenant qu'un illustre confrère, talentueux spécialiste, membre de l'Académie des Sciences et de l'Académie de Médecine(2), reprenne un argument ontologique plus ou moins déformé : le statut d'être humain ne saurait être retenu pour l'embryon humain.
       Aux termes d'une lecture surprenante d'un texte latin de St. Thomas d'Aquin, il essaie même de convaincre les chrétiens de ce jour; il affirme que le théologien et philosophe médiéval avait établi que l'âme n'était susceptible d'animer ce germe qu'à partir du troisième mois. Or si ce dernier, dans une discussion dogmatique, n'avait pas voulu répondre à la question du moment de l'apparition de l'âme, il avait, bien au contraire, immédiatement conféré à l'oeuf, dès sa conception, l'attribut ontologique de l'oeuvre du Créateur.
       L'être humain était immédiatement là et cet enseignement du Magistère est celui repris dans les encycliques les plus récentes. En fait notre confrère ne reprenait qu'une antienne bien connue qui, tout en ménageant le calme de la conscience préservait des rigueurs de la loi : elle permettait à tous de banaliser l'interruption de grossesse et d'en limiter les effets destructeurs. L'avis et l'opinion se trouvaient dans tous les milieux, au Moyen-Age comme dans l'aristocratie du dix-septième siècle avec les bienfaits des promenades en carrosse (3) ou même celui plus récent d'une faiseuse d'ange de la rue de Flandre, avec qui j'avais eu à faire et qui tranquillisait ainsi les jeunes femmes qui avaient sollicité ses services.
      Ce fut la casuistique de nombreux avocats soulignant qu'il ne pouvait y avoir faute, lorsque l'être humain n'était pas constitué . . .
      Les arguments se sont toutefois enrichis : ils sont multiples et donnent dans tous les registres.
       Le premier est celui de la connaissance, de l'idéal scientifique, du modernisme, de la rupture définitive avec le passé. Mais ils peuvent être plus techniques s'attachant à démontrer l'intérêt scientifique : c'est la primauté et le caractère spécifique des cellules embryonnaires, au potentiel complet à la différence des cellules souches immatures de l'adulte, à la plasticité plus réduite, que l'on affirme avec plus ou moins de bonne foi, comme plus facilement marquées de génomes viraux atypiques.
       C'est aussi l'évocation du pouvoir financier de l'industrie pharmaceutique, sans qu'à la vérité aucun projet bien individualisé ne soit véritablement ni connu, ni clairement formulé.
       C'est surtout l'argument compassionnel, redoutable car laissant peser sur tout opposant la terrible accusation ou le risque d'apparaître responsable d'une abstention coupable.
       L'argument est également politique, révélant un projet de société, une ère nouvelle de la morale politique, bien éloignée, à vrai dire, de ce que fut l'oeuvre de Maître Robert Badinter imposant à la société toute entière, même pour les criminels endurcis, le "tu ne tueras point" du Décalogue.
… Tous ces arguments sont respectables mais permettre ou imposer l'action en fonction de leur intérêt, sans autre référence, revient à justifier le but quelques soient les moyens.
       C'est pourquoi, dans la mesure où la loi définit et proclame que l'embryon humain dès sa conception ne saurait être un homme, tout interdit est levé, établissant alors une société certes sans référence à la Révélation, mais aussi considérant que la réflexion morale la plus éloignée de toute notion de Dieu, ne peut en elle-même s'opposer à la liberté de l'action, dans un élan philosophique où l'on retrouve curieusement Hegel et Nietzsche : la devise de mai 68 "il est interdit d'interdire" s'est imposée.
Docteur Louis COURT
Maître de Recherches du Service de Santé des Armées.

1- Maître de Cos : Hippocrate, né en 460 av. J.C. dans l'île de Cos en Grèce--Père de la médecine et philosophe. (Serment d'Hippocrate).
2- Professeur René Frydman, parrain de "son" premier bébé éprouvette.-
3- Méthode contraceptive par secousses après coït, très aléatoire
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Paru dans la Cyranotre N° 99 bis
La Cyranotre