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Le billet de la semaine
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Résister aujourd'hui, pour la France de demain
26/06/2013
par Philippe et Marie-Bénédicte POUZOULET

      Récemment, le président de la République a mis en garde contre un dévoiement de la Résistance en ayant en vue l'opposition à la loi Taubira qui persiste après l'entrée en vigueur du texte comme l'a puissamment montré la manifestation du 26 mai dernier.

      Cet avertissement est pleinement justifié s'il signifie qu'on ne saurait se livrer à des amalgames abusifs dont la vie politique française n'offre que trop d'exemples. Dernier en date: la réactivation de l'anti-fascisme à la suite de la mort d'un jeune militant d'extrême gauche au cours d'une rixe avec des skinheads d'extrême droite plus animés par la haine à l'état pur que par des idées politiques...

      Qui peut sérieusement affirmer aujourd'hui qu'il existe une menace fasciste planant sur notre pays? Pourtant, en ce 18 juin, nous ne pouvons adhérer sans réserve à l'affirmation de François Hollande. La Résistance a marqué tout à la fois le refus de la défaite face à l'Allemagne nazie mais aussi le refus de la trahison des valeurs de la République par un régime issu de cette défaite, I' « État français » de Vichy, inéluctablement contraint à la collaboration avec l'ennemi. Cet État allait bientôt adopter une législation antisémite appliquée par la magistrature française dans son écrasante majorité et tolérée par l'opinion française également dans sa grande majorité...

      N'oublions pas cette leçon de l'histoire même si, fort heureusement, le contexte actuel est tout autre. L es majorités et les juridictions suprêmes sont faillibles, surtout quand le bon sens les abandonne. Ceux qui nous ont précédés sont venus à bout d'idéologies mortifères telles que le nazisme et, dans un autre registre, le communisme, toutes deux soldées par d'immenses catastrophes humanitaires et civilisationnelles. Mais le combat n'est pas fini. L'émergence d'une nouvelle idéologie qui, depuis 40 ans, investit peu à peu tous les lieux du pouvoir et jusqu'à la Cour européenne des droits de l'homme n'impose-t-elle pas qu'on lui résiste à nouveau au nom d'une vérité sur la personne qui n'est pas négociable à la majorité, même parlementaire, car elle se situe au-delà du champ de compétence des institutions politiques, même démocratiquement élues?

      Ce qui est en jeu aujourd'hui, c'est la protection de la vie de l'être humain dès son commencement jusqu'à la mort, du couple formé par l'homme et la femme, seuls aptes à transmettre la vie par leur union, de la famille et des règles de la filiation qui en découlent, enfin et surtout de l'intérêt de l'enfant qui doit prévaloir en toute circonstance. Ce n'est pas parce que nous avons imprudemment multiplié et banalisé les transgressions que cela en autorise d'autres, encore plus radicales.

      Sous l'égide du président de la République, la majorité actuellement au pouvoir a fait le choix délibéré d'imposer un véritable changement de civilisation en instituant le mariage entre personnes de même sexe. Cette réforme entraîne aussi avec elle un profond changement des règles de la démocratie car elle repose entièrement sur l'idéologie libertaire érigeant le relativisme éthique en «principe fondamental des lois de la République». Une idéologie à laquelle il nous est impossible de nous rallier sans trahir la conception de la République et de la justice que nous avons reçues du Général de Gaulle et de ses plus fidèles compagnons, tel Edmond Michelet.

      Avec de nombreux autres Français, nous n'avons cessé de mettre en garde contre la fracture républicaine que cette réforme du mariage allait ainsi provoquer. La majorité, en persévérant dans son projet, a fini par «faire la loi» à sa convenance. Mais elle a aussi transformé de pacifiques manifestants, jeunes, couples, familles, personnes âgées, qui souvent n'étaient jamais descendues sur le pavé pour exprimer leur opinion, en cohortes de résistants. Ces personnes se sont trouvées résister, comme le corps humain résiste à une agression virale. Il est illusoire et même dangereux d'imaginer que le refus de l'inacceptable qui anime cette résistance-là puisse se dissiper. En effet, nous ne sommes plus dans le champ de la légalité, mais dans le registre supérieur de la légitimité républicaine qui fut d'ailleurs au coeur de la résistance du Général de Gaulle et des Français libres.

      Nous demandons au président de la République, premier magistrat de France, de le comprendre. Certes, la loi est entrée en vigueur et elle devra être appliquée dans la paix civile. Puisqu'une majorité approuve, que cette majorité la mette en oeuvre. Mais qu'on ne vienne pas, jusque dans nos écoles, endoctriner nos enfants et propager la nouvelle théorie du genre et de l'indifférenciation des orientations sexuelles en vue de créer un conditionnement culturel destiné à accréditer ce que nous pensons être une fausse idée de la liberté, de l'égalité et de la fraternité. C'est seulement à cette condition que la rupture républicaine provoquée par la loi ne mettra pas en danger la paix dont notre pays a besoin.

       Dans cet esprit, nous tenons à exprimer notre vive inquiétude devant les premières tentatives d'intimidation et les menaces de répression. La répression de la résistance dont nous parlons, en réalité une répression de la liberté de conscience, celle des maires, des juges, finalement des citoyens, nous engage sur la voie risquée d'un totalitarisme larvé (osons le mot) : un «libertairement correct» placé sous la surveillance de procureurs de la République, est-ce ainsi que nous concevons notre société?

      Si relativisme il doit y avoir, alors souffrez que le relativisme soit lui aussi relativisé et ne prétende pas devenir la nouvelle religion civile, la seule à laquelle nous serions contraints d'adhérer dès le plus jeune âge sous peine de sanctions à atteinte à l'ordre amoral...

       En ce 18 juin, permettez-nous de le dire avec bien d'autres Français, toutes sensibilités politiques, confessions ou opinions, du coeur de la République que nous continuerons ensemble défendre sans hostilité mais avec détermination : nous sommes des Français libres; ne comptez pas sur nous pour devenir des Français libertaires.
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Philippe Pouzoulet est ancien président de la Fraternité Edmond Michelet

Marie-Bénédicte est une petite fille d'Edmond Michelet (résistant, déporté, ministre de la Justice du général de Gaulle).

France-Catholique N°3358 du 21 juin 2013