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Le billet de la semaine
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Interview d’un spécialiste en psychologie sociale (extraits)
12/06/2013
      Tony Anatrella, prêtre catholique, psychanalyste, a été parmi les premiers spécialistes au début des années 1990 à alerter l’opinion publique sur les revendications en faveur du «mariage» homosexuel et de l’adoption des enfants, et des dérives suscitées par l’idéologie du genre.
Q - Quelles sont vos premières réflexions au lendemain de la Manif pour tous du 26 mai ?
TA - La force de ce rassemblement, le calme, la joie et l’intelligence des gens présents m’ impressionnent. La force spirituelle qui se manifeste ici est prophétique face aux discours de malheur des politiques. Le sursaut de la société passera par la culture de la famille.
      Les gens sont mobilisés ; rien ne les découragera pour faire abroger la loi qui réduit la famille à ce qu’elle n’est pas. C’est un déni de la culture qui nous constitue et un double mensonge : celui d’un mariage infondé juridiquement et une fausse filiation avec laquelle on trompe des enfants. L’État n’a aucune légitimité pour redéfinir le mariage. C’est pourquoi la loi doit-être changée, l’homosexualité n’a rien à voir avec l’hétérosexualité : la société est hétérosexuelle. Le reste est une affaire privée.
      L’homosexualité était considérée il y a quelques années comme une maladie et maintenant on veut la situer à égalité avec l’hétérosexualité. On s’empêche ainsi de réfléchir sur sa nature et de savoir situer les gens qui vivent ainsi. Certains d’entre eux ont été récupérés et manipulés par des lobbys qui les ont instrumentalisés en leur faisant croire qu’ils sont victimes de discrimination et d’inégalités. Le mariage ne peut pas être un facteur d’intégration des orientations sexuelles. Les gens découvrent qu’ils sont bernés et la société entraînée dans un univers irréel.
De nombreux homosexuels ne veulent pas de ce mariage car ils savent ce qu’est la famille en vérité.
       En même temps, des milliers de jeunes s’éveillent à une conscience politique face à cette loi funeste et les «veilleurs» préparent l’avenir dans le silence, la réflexion et la prière.

Quid de l'atmosphère de la Manif et des chiffres?
       L’ambiance était foncièrement familiale, une majorité de jeunes étaient présents et les gens d’autant plus déterminés qu’ils ont été présentés comme des extrémistes et des révoltés face aux intimidations du pouvoir et des caricatures médiatiques. Les autorités ont voulu faire peur et menacer pour éviter ce rassemblement. Il a été exemplaire malgré les catastrophes annoncées. Minorer le nombre de manifestants, c’est vraiment prendre les gens pour des imbéciles quand on observait toutes les artères bondées. (…)
      Ces derniers jours, des arrestations arbitraires de la police ont eu lieu, celles de personnes qui portaient le teeshirt avec le sigle de la Manif pour tous ou qui prenaient des photos ou qui déployaient des drapeaux dans la rue. Il y a là une atteinte très grave à la liberté qui ne laisse pas indifférent le Parlement européen. Des jeunes sont ainsi arrêtés et gardés à vue parce qu’ils font la promotion de la famille. (…) Les violences qui se sont produites tardivement après la manifestation étaient le fait d’extrémistes, étrangers à la Manif pour tous. (…)
      Les Français refusent cette loi sur le «mariage» homosexuel mais son enjeu idéologique est tel que le pouvoir politique est prêt à prendre tous les moyens pour imposer cette réforme(…).
      Cette confusion sociétale, fruit de la confusion des sexes et des sentiments, conduit à un détournement des réalités et à une impasse. (…) Dans ces conditions, comment ne pas comprendre que les gens n’aient pas envie de voir l’école de la République enseigner des contre-vérités sur la réalité à partir du primat des orientations sexuelles et des thèses extrêmes du genre. (…)

La loi a été promulguée le 18 mai, alors pourquoi continuer à manifester ?
Cette manifestation n’est ni un baroud d’honneur, ni un dernier soubresaut mais la continuité d’une mobilisation des citoyens qui ne s’arrêtera pas. Le pouvoir politique a voulu accélérer la mise en place de cette loi face à la peur d’une prise de conscience des enjeux de la population et, de ce fait, de ses réticences. Il ne fallait pas que les gens réfléchissent trop à ce sujet. La plupart des gens qui réfléchissent aux enjeux de cette loi n’en veulent pas. (…)
      Une limite a été franchie et la population en a assez de tous ces manquements à la vérité. (…)

Les pouvoirs publics en appellent à l’apaisement: est-ce possible, dans ces conditions ?
      C’est difficile. Des responsables politiques disent : il faut maintenant songer à l’unité de la Nation et s’occuper des vrais problèmes du pays. Mais pourquoi ne pas y avoir pensé avant alors qu’elle est sur le devant de la scène depuis un an comme s’il s’agissait d’une urgence et d’une nécessité avant même de traiter de la question du chômage et de la crise financière et économique, voire de l’enseignement ? Nous sommes en pleine irresponsabilité sociale de la part des dirigeants actuels.
       Le Gouvernement a pris une grave décision qui a brisé l’unité de la France en transgressant un invariant humain.
       (…) Il est vrai qu’une partie de la population, relativement conformiste avec l’aide des médias qui formatent les esprits, désinvestit cette question parce qu’elle a d’autres urgences. (…)
      La « refondation » de l’école (vise à) placer les enfants sous l’emprise du pouvoir politique, c’est une conception discutable de la laïcité (…). La loi Taubira change la nature de l’organisation sociale de la famille et de la filiation au nom de mœurs délétères et des concepts du gender... Il s’agit d’une rupture dans la civilisation et après on s’étonne de façonner une société déprimante.

Que demandent les manifestants: quelle est la marge de manœuvre ?
       Cette loi est injuste et les manifestants demandent à ce qu’elle soit retirée. Toutes les lois civiles sont réversibles et n’ont rien de sacré. Dans le contexte actuel où la loi civile n’est plus en rapport avec les réalités structurantes de la vie, elle devient une norme idéologique et ce type de norme peut être modifié si les responsables politiques en ont le courage. De toute façon à long terme, cette organisation chaotique est vouée à l’échec et viendra s’écrouler sur le mur de la réalité comme ce fut le cas avec le Mur de Berlin. Lorsqu’une idéologie s’écarte des besoins et des nécessités humaines, elle secrète sa propre mort.
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Texte intégral en 4 parties diffusé par Zénit :

1/ la « Manif pour tous », un coup de jeune sur la politique
2/ L'objection de conscience
3/ Juristes, psychiatres et pédopsychiatres sont contre cette loi
4/ Conseil constitutionnel, les failles d'une décision