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Le billet de la semaine
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Lettre aux veilleurs (extraits)
05/06/2013
Dans le cadre de la manif pour tous.
par le Père Daniel-Ange

Lettre aux veilleurs (extraits)


     Devant vos paisibles visages, j’hallucine ! Qui donc êtes-vous ?
     Vous êtes les rescapés d’un naufrage, les résistants qui refusez de laisser souiller la beauté de votre jeunesse.
Les prophètes de la Joie, les sentinelles du matin, les fils et filles de la Lumière : c’est chacun de vous !
     En veillant au long des nuits, vous faites advenir l’aurore. Vous débordez d’une toute neuve joie de vivre, car vous découvrez pour quoi vivre : «Si tu ne sais pas pour qui vivre, ce n’est pas la peine de vivre.»
, m’écrit une jeune américaine.
     Vous êtes l’espérance de la France-et de tous les jeunes d’Europe qui guettent le moment de faire de même chez eux. Face à un raz-de-marée d’eau polluée, vous formez une lame de fond purifiant tout sur son passage.
     Vous dénoncez le mensonge qui vide les mots de leur sens. Vous vous rebellez contre une idéologie virant au totalitarisme d’Etat. Vous vous révoltez contre les manipulations frisant la dictature. Vous vous insurgez contre les aberrations qui se profilent à l’horizon. Vous alliez la lucidité au courage. Lucidité de votre réflexion, courage de vos actions. Lucidité intellectuelle et courage «gestuel».
     Vous refusez qu’on vous traite comme des imbéciles en vous forçant à penser qu’on peut «être mâle en étant féminin et femelle en étant masculin.»Devant une subversion anthropologique, vous êtes le fer de lance d’une insurrection civique. Devant une révolution contre-humanitaire, vous forgez la rébellion de lumière.
     Devant l’invasion de théories subversives de notre civilisation, vous entrez en dissidence, avant d’être peut-être, acculés à une désobéissance civile.
     Vous voyant à genoux, face à face devant les forces de l’ordre, me revient ce que j’écrivais de la Pologne voici 30 ans au moment de l’état de guerre dans un Etat contre la Nation : « Quand on matraque ce peuple, il tombe à genoux».
     Vous rejetez cette chape de plomb de la pensée unique imposée. Vous récusez la dictature du prêt à penser, des idées imposées, des arguments bidon, de la paresse intellectuelle. Vous savez rendre compte, expliquer le pourquoi de votre comportement.Vous refusez le relativisme qui conduit au nihilisme.
     Les héros de la liberté, c’est vous. Vous les garants de la création qui vous est désormais confiée en son plus beau chef-d’œuvre : un homme et une femme qui dans l’amour font exister un enfant, unique au monde, dont l’âme vivra toujours. Vous vous battez pour sauver le mystère de la vie, de l’amour et de la source même : nos familles. Vous montez au créneau pour barrer la route à ceux qui – consciemment ou non – s’attaquent aux fondements de même de l’existence. Dans une société virtuelle, superficielle et artificielle vous êtes les garçons et les filles de l’essentiel. Et cela, par amour de votre patrie. Vous êtes ceux qui sauvent son honneur. Vous êtes non seulement son avenir, mais son présent, car quel cadeau que votre intrépidité dépassant tous les espoirs.
     Sur vos visages, je vois la France de demain, la nouvelle génération de politiciens qui ne seront que les humbles serviteurs du peuple confié à leur cœur et non des prédateurs. Et cela pacifiquement et paisiblement : récusant toute violence, renonçant à toute agressivité même verbale, à tout propos ordurier, à tout mépris de ceux qui pensent autrement. Les mains vides vous transpercez les boucliers pour rejoindre l’homme en ses profondeurs.
     Quel CRS n’est pas impressionné par la maîtrise de soi, le sens civique, la discipline dont vous faites preuve.
Beaucoup rêveraient d’être avec vous, de l’autre côté de la barrière. Votre innocence désarme leur puissance.
     Votre calme est plus dangereux que toutes les armes du monde. Vos silences font fléchir leur arrogance. Ceux qui ont peur, ce sont eux. Peur de vos visages où ne se lit aucune haine, aucune révolte. Les geôliers de Maximilien Kolbe lui hurlaient : «Ne nous regarde pas ainsi !» Tant le Ciel se réfléchissait dans ses yeux.
     Vous retrouvez sans le savoir la grande stratégie qui a fini par faire s’écrouler le rideau de fer.
     Ces foules de jeunes qui ont envahi les avenues de Berlin, Prague, Budapest : ces révolutions de velours. Leurs premiers soulèvements ont été réprimés dans un bain de sang, tout comme sur la place Tien-an-Men à Pékin. Mais mêmes écrasés, ils n’ont pas cédé. Ils ont tenu coûte que coûte, dans la clandestinité, imaginant toutes sortes d’astuces pour freiner le pouvoir totalitaire. Jusqu’à finir par remporter la victoire. (…) Car seule la Vérité rend libre, Vaclav Havel, président sortant de prison, l’avait écrit sur son palais. Soljenitsyne dit: « Une seule parole de vérité pèse plus lourd que le monde entier » et Popieluszko : « La vérité qui ne coûte rien est un mensonge. L’amour va de pair avec le courage. La nation dépérit lorsqu’elle manque de courage, lorsqu’elle se ment à elle-même.»
     En voyant certains de vous, brutalisés, provisoirement incarcérés, je revoyais à Varsovie, ces jeunes chantant toute la nuit autour de grandes croix en fleurs, se faire brutalement embarquer par la police et continuer chanter. Et vous voilà à votre tour, traités comme des salopards. Votre crime ? Oser dire, ce que toute l’humanité depuis la nuit des temps sait d’instinct : tout bébé a le droit de dire : papa, maman, sans mentir. Eh bien !
     Cela devient du jour au lendemain, passible de prison. On marche sur la tête ! Mais en ce cas, on perd vite l’équilibre et on s’écroule. Merci de rester équilibrés.
     On tente de vous empêcher de manifester, de parler, presque de penser, de réfléchir … Cela dans un pays qui se vante de sa démocratie, qui «cocorique» sur la liberté d’expression, se gargarise des droits de l’homme tout en bafouant les premiers droits des enfants : le droit à la vie, à la vérité, à la beauté, à l’amour. Mais à cette violence institutionnelle, vous répondez par la non-violence.
     Ce que vous faites, Gandhi en rêvait. Ainsi qu’Albert Einstein :
      « Ne fais rien contre ta conscience, même si c’est l’Etat qui te le demande. »
     Oui, la Vie vaut la peine d’être défendue, protégée, aimée. A n’importe quel prix, car elle est sans prix.
     Eliminer en catimini un enfant dont le seul crime est de n’être pas aux normes : non plus, ça jamais ! Fabriquer des semi-orphelins qui ne connaîtront jamais leur ascendance : non plus, ça jamais !
     A travers vous, c’est une génération neuve qui se lève, se soulève.
     Heureuse, votre génération à qui il est donné de vivre une époque aussi passionnante, des événements aussi enthousiasmants, de poser des actes aussi percutants.
     Pour ainsi réveiller tout un peuple de sa léthargie, de son indifférence, de sa couardise : soyez bénis !
     Pour arracher les adultes à leur confort, à leur égocentrisme et donc à leur morosité : soyez bénis !
     Puissions-nous être dignes de votre courage, de votre audace, de votre détermination. Non, vous ne lâcherez pas. Vous ne faiblirez pas. Vous ne renoncerez pas. Vous ne cèderez pas.
     N’ayez pas peur ! C’est vous déjà les grands vainqueurs. On ne maîtrise pas longtemps un peuple par la terreur.
     On ne construit pas indéfiniment une société sur des mensonges et tôt ou tard, elle s’écroule.
     Et la Vérité l’emportera sur les caricatures du menteur, la Vie sur les agressions de l’homicide.
     Vous êtes la fierté de votre génération, l’avenir de la France, de l’Europe, de l’humanité, les vrais prophètes de notre futur, de ceux qui font advenir l’aurore après avoir étoilé nos nuits.
     Soyez-en bénis à jamais !
***
A vous, les veilleurs éveillant l'émerveillement !