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Le billet de la semaine
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A propos de la famille-otage
03/04/2013
      Hier, sortant juste d’une sévère semaine post-opératoire à l’hôpital, je goûtais le bonheur simple d’avoir plusieurs des miens réunis autour de moi dans la joie pascale.

      Je ne pouvais cependant détacher ma pensée de cette famille-otage capturée le 18 février au Cameroun. Deux des femmes qui m’entouraient faisaient, en effet, partie de ceux que j’avais emmenés, tout enfants, il y a une quinzaine d’années, visiter, à partir du Tchad voisin, le parc naturel de Waza, point de départ du calvaire de la famille Moulin-Fournier.

      Je me demandais notamment comment ces malheureux parents pouvaient bien trouver en eux –même, malgré leur propre angoisse, la force de calmer celle de leurs quatre petits et de les aider à survivre dans de rudes conditions : sévérité du climat, absence des éléments de confort auxquels ils étaient habitués, et surtout peur, leur avenir étant à la merci de bandits djhadistes nigérians qu’on sait sanguinaires, souvent drogués et donc inaccessibles à la pitié comme à la raison.

      Je cherchais aussi à imaginer comment j’aurais réagi, moi, si notre propre périple familial avait, à l’époque, tourné aussi mal et que je me sois retrouvé avec mes petits-enfants et leur mère confinés sous une hutte nigériane sous la menace de geôliers insaisissables.

      Comment faire baisser les tensions, apaiser l’angoisse, subvenir aux besoins différents d’un ado et d’un bambin, comment entretenir un fonctionnement normal des jeunes cerveaux, aider les mémoires à s’enrichir, les sens à s’aiguiser, la raison à dominer l’émotion, comment vaincre les peurs et monter la confiance ?

      Je me voyais enseignant le loup et l’agneau à l’un, faisant compter l’autre de deux en deux à reculons, sortant de mon répertoire mes vieilles chansons françaises, transmettant des morceaux d’Histoire Sainte, organisant des courses d’insectes ou des jeux de société avec des cailloux ou des feuilles. Je me voyais surtout essayant de susciter notre prière collective.

      Revenant à la réalité des vrais Moulin-Fournier et sachant qu’il s’agit de l’une de nos (encore nombreuses) belles familles françaises où l’on vit tranquillement la joie d’être une famille, où les parents assument leurs responsabilités et où les enfants acceptent leur autorité, le tout dans l’amour, je pressens que, malgré le contexte inquiétant, cela doit relativement bien se passer.

      Alors que les forces du mal se déchaînent actuellement en France, je sais, moi, que la famille (digne de ce nom) recèle en son sein les forces de vie nécessaires pour que des petits enfants autour de leurs parents puissent résister physiquement, psychiquement et moralement à des situations comme celle-ci , à condition évidemment qu’ils restent en bonne santé.

      Le drame de cette famille m’émeut particulièrement mais je dois reconnaître que ce n’est là qu’une goutte de malheur dans cet océan d’horreurs, de haines et de violence qui noie actuellement l’Afrique, ce continent où, d’habitude, la vie et la gentillesse surgissent en permanence avec intensité.

      Puisse le silencieux soutien moral et spirituel dont nous les entourons (et qu’ils doivent mystérieusement percevoir) aider les Moulin-Fournier à poursuivre dans leur prison l’éducation de leurs enfants. Puisse l’Amour dominer !
Jean Delaunay