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Le billet de la semaine
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Impressions de Bayonne
27/03/2013
              Retour de Vladivostok où il est allé en vélo, en un an, avec un ami en passant par l’Espagne, l’Afrique du Nord, le Moyen Orient et la route de la soie, Matthieu a survécu à deux graves accidents. Il nous livre cette fois ses impressions sur Bayonne où il est journaliste.

      Arrivé il y a sept mois à Bayonne, j'ai mis un peu de temps à comprendre et saisir l'essence de cette ville si riche, au caractère trempé. Comme Candide, je suis parti le nez au vent, en quête de Bayonnais pur jus qui ont tenté de m'enseigner la substantifique moelle de leur âme. Une demi-année pour se sentir, un peu, d'ici.

      Habiter Bayonne c'est prendre une claque esthétique. Bayonne, c'est beau, simple et cosy. Le premier charme de la ville réside, à coup sûr, dans ses habitants. Car le Bayonnais est multiculturel, sa ville est un port, une confluence, un lieu d'échange. De ce brassage, naît l'identité de la ville. Une identité complexe, savant mélange de Basque, de Gascon, d'Espagnol, de Portugais, et de Juif aussi, du quartier Saint-Esprit. C'est donc une population imbibée. De culture et d'histoire, cela va sans dire.
      Tolérant et taquin, le Bayonnais est de caractère frondeur. La faute à l'histoire. Et les citadelles sont là pour en témoigner, elles qui ont été construites, non pour défendre la ville, mais pour se défendre de la ville.
      Car le Bayonnais semble rétif à toute autorité. Là aussi, c'est un pur produit de l'histoire. Pour s'en rendre compte, il faut faire un bond en arrière. Trois fois rien, huit siècles, du temps où Bayonne appartenait au roi de Navarre. Devenue anglaise jusqu'au XVI° siècle, elle a tour à tour été française puis espagnole puis française encore. Être ballotté entre de grandes cultures et de grandes nations quand on est soi-même membre d'un pays fier et tenace, ça marque.

      Avec tout ça, le Bayonnais est un bon vivant, un gastronome même, c'est aussi un bringueur. Mais pour comprendre Bayonne, laissons parler ses habitants. Ce qu'ils aiment dans Bayonne ?
      " Son architecture, son ambiance. L'architecture pour son côté cocon, sa variété. Tu te sens tout de suite bien à Bayonne. Car c'est aussi une ville qui évolue, dans le regard des gens, la perception de Bayonne change régulièrement. "
      S'ils sont aussi amoureux de leur ville, c'est pour l'ambiance " familiale ", qui revient le plus souvent. C'est que les Bayonnais se connaissent pour ainsi dire tous.
      " Chanter à une heure du matin sur un pont à Bayonne, il y a encore deux ans, c'était monnaie courante et personne ne disait rien. C'est une ville qui te prend qui t'étreint. Tu fais en quelque sorte partie des murs au bout de quelque temps. "

      Et comment vivre en bon Bayonnais ?
" Le matin, il va boire un café, au bar François par exemple. Et puis tu vas manger une omelette au jambon ou au piment aux Halles, c'est incontournable. Le matin, le Bayonnais lit le journal en commençant par la rubrique des morts mais ce trait de caractère est typiquement basque. " Nous sommes tous plus ou moins parents. Manquer le décès de quelqu'un serait comme une insulte à la personne. " Et ce n'est pas qu'une question de génération, j'entends encore un ami Bayonnais me raconter que sa fille, étudiante à Paris, et qui avait pour habitude d'appeler sa famille le matin dans les transports, demandait tout à trac : "Et alors? Qui est mort". Et le père, pas peu fier de se dire: "toi ma fille, tu as beau habiter Paris, tu es d'ici."

       Le soir, il sortira en Peña. L'été, il fuira les bains de foules et les attrapes touristes. Ce n'est pas qu'il n'aime pas le monde, non, c'est simplement qu'il n'aime pas le trop plein. Par exemple, il ne va pas à Saint-Jean-de-Luz pour la fête du thon, il ira à Bidarray. Pendant les fêtes de Bayonne, il déserte à 22 h le centre-ville. On le retrouvera dans les Peñas, aux remparts ou chez des amis pour déguster des chipirons à la plancha. Et ce n'est jamais concerté, c'est tout simplement naturel.

      Indépendant vous avez dit ?
      Ses préférences l'amènent aussi souvent vers le versant sud. Dans les cidreries d'Astigarraga ou à Pampelune, le Bayonnais est comme chez lui. Bon vivant donc, mais aussi solidaire, il est aussi (surtout ?) associatif. Toutes les raisons sont bonnes pour mettre la main à la pâte. Il sourit en entendant qu'une étude récente avait mis en lumière le fait que les chômeurs au Pays basque, sont moins malheureux qu'ailleurs, et se dit que c'est peut être grâce au sang familial, accueillant et généreux qui coule dans ses veines.

      Et s'il n'avait qu'un défaut ? Il a un manque total d'objectivité quand il parle de Biarritz et de rugby. Là, il perd tout. sens commun et parfois même le nord. C'est qu'il est volontiers taquin, espiègle, malicieux, un trait de caractère forgé par la contrebande qui a connu ses heures de gloire à Bayonne, la capitale du Pays basque nord, le carrefour, le lieu du brassage.
      Malgré toutes ses origines multiples, le Bayonnais sait qu'il vient de quelque part. C'est ce qui fait sans doute que le mal du pays, le mal de la cité, le guette comme ses congénères basques et qu'il a tendance à rechercher la compagnie d'autres Bayonnais quand il est loin de chez lui... mais pas que ceux-là.
Indépendant, indomptable mais fou de sa ville.
Et du cœur, beaucoup de cœur, qui bat en ciel et blanc.
Matthieu Delaunay            

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