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Le billet de la semaine
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Une mère formidable
20/03/2013
       Formidable mère musulmane ! On avait lu des portraits engageants d'elle mais là, tassée sur sa chaise, la voix tout en retenue, elle nous a épatés à l'écran.

      Cela se passait mardi dans « C à vous », sur France 5. Latifa Ibn Ziaten, 53 ans, parlait de tout ce qu'elle a fait depuis la mort de son fils Imad, militaire tombé, il y a juste un an, sous les balles du terroriste Mohamed Merah.

      Foulard musulman autour de la tête, « en signe de deuil », Latifa se rend depuis lors dans les cités de nos banlieues pour inciter les jeunes d'origine immigrée à résister à la tentation islamiste et s'insérer dans la société. Elle rappelait à l'antenne cet acte fondateur que fut sa visite à la cité des Izards, à Toulouse, où vécut Merah. Elle y avait vu des jeunes lui présenter le meurtrier de son fils comme un héros, « un martyr de l’Islam ».
Jusqu'à ce qu'ils comprennent qui elle était...

« Et là, disait-elle, c'était un changement total.» Un de ces jeunes lui avait pris les mains, lui avait exprimé sa compassion, expliqué qu'il se sentait lui-même perdu, abandonné. C'est ce qui l'avait décidée à créer une association, « pour la jeunesse et la paix».

      Née au Maroc, Latifa croit à la responsabilité centrale des parents dans l'éducation de leurs enfants. Ceux de Merah, ce fils perdu « qui a sali le nom de l'islam », étaient divorcés, absents, défaillants...

      Un confrère de France 5 avait beau vouloir lui faire dire, avant-hier soir, que «l'État français et une société raciste, inégalitaire » devaient être incriminés en premier lieu, elle s'y refusait.

      Cette modeste femme de ménage a éduqué elle-même ses cinq enfants « dans le droit chemin », près de Rouen. Et c'est pourquoi la parole de Latifa Ibn Ziaten porte tant à l'écran : parce qu'elle a expérimenté sur ses propres fils combien c'est d'abord à la maison, dans un foyer stable, même s'il est pauvre ou d'origine étrangère, que tout enfant a besoin d'être éduqué (« cadré », comme elle dit) pour partir du bon pied dans la vie.
Pierre-Yves Le Priol            

Paru dans La Croix du 7 mars

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