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Le billet de la semaine
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Réflexions d’un chibani sur la guerre au Mali
30/01/2013
      J’ai eu la vocation militaire très tôt et mes lectures d’adolescent tournaient autour des récits de guerre. Plus encore que ceux de 1914/18, ceux de la période coloniale me fascinaient car ils mettaient en scène de jeunes chefs, isolés avec quelques soldats autochtones sur des territoires immenses, face à.des adversaires souvent redoutables par leur maîtrise du terrain, leur fanatisme et leur mépris de la mort.
      Sans avoir eu la chance de commander à mon tour un «escadron blanc», j’ai acquis, jeune, une petite expérience de la solitude du chef sur le terrain, de l’adversaire à épier et si possible à surprendre, des hommes à encourager souvent, à calmer parfois et à ramener toujours, vivants, blessés ou morts...
      Plus tard, j’ai mesuré le poids de l’opinion sur la politique de défense et constaté notamment que les deux guerres du Vietnam avaient été perdues davantage sur les campus et au parlement que dans la brousse…
      C’est pourquoi, je pense très fort à nos capitaines et lieutenants qu’on vient d’engager au Mali. Par rapport à leurs anciens, ceux par exemple des compagnies méharistes traquant un rezzou, nos jeunes bénéficient de quelques avantages et souffrent de beaucoup de contraintes.
      Ils sont motorisés, disposent d’équipements dernier cri: lunettes de vision et de tir nocturne, GPS, gilets pare-balles et téléphone permettant de communiquer avec l’éclaireur de tête, et de guider l’appui aérien de rigueur, feu ou l’EVASAN.
      En revanche, même s’ils ont acquis un certain nombre de réflexes en Opex, et notamment en Afghanistan, ils n’ont aucune connaissance du milieu et des habitants.
      Circonstance aggravante, leurs actions sont contrôlées en permanence par des chefs qui, eux- mêmes, sont en liaison directe avec le CEMA et l’Elysée. Il en résulte que le moindre de leur succès, et surtout les pertes même minimes qu’ils pourraient subir, risquent d’être rapportées au prochain 20 H et d’y faire l’objet de commentaires acides.
      Car, même en milieu militaire, la doctrine de la guerre zéro mort a fait son chemin. Tout en fermant les yeux sur nos 200.000 avortements annuels, nous conférons à la vie humaine un tel prix que tout soldat mort pour la France est dorénavant célébré aux Invalides comme l’était autrefois un maréchal.
      Or, dans le contexte actuel de guerre dissymétrique, l’effet psychologique à obtenir sur l’opinion est déterminant. Cette façon d’honorer publiquement les otages et les morts - innovation dont je salue le principe - présente l’énorme inconvénient de montrer notre vulnérabilité d’occidentaux sentimentaux à des adversaires rompus aux techniques de manipulation de l’opinion via la terreur.
      Eux n’ont aucun scrupule à utiliser les kamikazes du 11 septembre et autres bombes humaines. Pour eux, la vie d’un homme ne pèse pas lourd par rapport aux effets obtenus : titres de notre presse et gros plans de notre TV…

      Cela dit, je souhaite bonne chance à nos jeunes camarades. Qu’ils sachent utiliser leurs gadgets électroniques et s‘en passer éventuellement… Qu’ils sachent déjouer la ruse des terroristes et la curiosité des journalistes… Qu’ils sachent descendre de leur VAB pour identifier les traces et interroger les habitants sans se laisser berner... Qu’ils sachent attendre patiemment sous le soleil ardent ou dans la nuit glaciale, foncer quand le gibier est débusqué et tirer au but... Qu’ils sachent garder leur sang-froid en toutes circonstances, même quand le niveau baisse, celui du carburant dans les réservoirs et celui de l’eau dans les bidons… Même quand les gouvernants mettent en garde les militaires contre les bavures et exigent des résultats.
      Comme leurs pères avaient sacrifié les chars à la Ligne Maginot, les responsables politiques privilégient depuis 50 ans l’Arme Nucléaire. Après avoir sabré pendant des années les budgets de la Défense, ils les engagent dans un véritable imbroglio politico-humain et dans une nouvelle aventure.

      A eux de montrer qu’au-delà des illusions pacifistes et de la confiance abusive à la technique, la Patrie peut compter pour la protéger sur ses soldats de chair et de sang, des guerriers courageux.
      Bonne chance, les guerriers !
Général d’armée Jean Delaunay (en 2° section)
Président de l’association France-Valeurs
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