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Le billet de la semaine
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Amener les adversaires d'hier à se serrer la main
19/12/2012
      En cette veille de Noël, je m’apprêtais à écrire un billet sur le message de paix que véhicule la fête chrétienne de la Nativité et tout ce qui l’entoure. Mais voilà que je lis ce témoignage qui dit à ce sujet des choses belles et concrètes. Je vous le livre donc avec mes vœux chaleureux pour que ce qui est écrit ici passe dans les faits, au sein des familles, des immeubles , des villages et des nations. Bon Noël !
Jean Delaunay            


Amener les adversaires d'hier à se serrer la main

      Catherine Chini-Germain a troqué son statut de chef d'entreprise pour celui de conciliateur de justice. Amener les opposants à sortir par le haut de leurs conflits, telle est aujourd'hui son ambition à la fois modeste et gigantesque.
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      Assistante sociale, juriste, psychologue, Catherine Chini-Germain n'aurait jamais cru avoir autant de casquettes. A fortiori une fois la soixantaine venue ! C'est pourtant bel et bien le cas aujourd'hui. «Ma mission consiste à déminer les contentieux en écoutant chacun avec attention, en tentant avec chaque partie d'aboutir au meilleur arrangement juridique possible», explique celle qui a choisi une fois en retraite, de devenir conciliateur de justice.

      Appelée à résoudre les conflits de voisinage, les impayés locatifs ou encore les petits contentieux commerciaux, la jeune retraitée intervient au sein du tribunal d'instance de Paris. «Le monde entier défile devant moi, s'amuse-t-elle, qu'il s'agisse des grands bourgeois ou des immigrés les plus modestes.»Une occasion unique de sonder l'âme humaine : «C'est fou combien les gens ont du mal à se parler. Il suffit parfois que je reformule les choses, que je prenne en compte les susceptibilités de chacun pour que les choses s'apaisent.»

      Rien ne prédisposait, a priori, Catherine Chini-Germain à emprunter le chemin de la conciliation. «En tant que chef d'entreprise j'ai toujours été très directive, parfois même un peu péremptoire», concède l'intéressée. Elle s'étonne d'ailleurs d'avoir autant changé : «Aujourd'hui, je me mets naturellement à la place de l'autre. La conciliation m'a appris à envisager spontanément les points de vue opposés aux miens.»

      En remontant dans sa tendre enfance, cette fille de pieds-noirs se souvient pourtant des opinions politiques bien tranchées de ses deux parents. «Mon père était plutôt favorable à l'OAS et ma mère avait des idées beaucoup plus libérales. Petite fille déjà, je me trouvais confrontée à de très graves désaccords.»

      Aujourd'hui, Catherine Chini-Germain harmonise les points de vue et réconcilie les êtres. «Je me suis rarement sentie aussi utile, assure-t-elle. Je n'ai, certes, à résoudre que des contentieux modestes - les autres étant renvoyés devant les magistrats professionnels -, et pourtant je suis persuadée que la conciliation change en profondeur notre société en apaisant les tensions.» Comme tout conciliateur de justice, Catherine Chini-Germain intervient à titre bénévole. « Mais, sourit-elle, c'est tellement gratifiant ! »
Marie Boëton
La Croix du 7 décembre 2012
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