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Le billet de la semaine
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LA FRANCE FIDELE A SON DESTIN
04/07/2012
Avant-propos

« En ces temps d’imposture universelle, dire la vérité est un acte révolutionnaire»
(George Orwell)
« Ni talon rouge ni bonnet rouge. Je ne veux en France ni jacobins ni royalistes. Je ne connais plus de partis. Je ne vois en France que des Français.» (Bonaparte 1er Consul)
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      Encore une fois la France a rendez-vous avec son Histoire ! Notre vieux pays se trouve à nouveau confronté à son destin ! Les archives de l'humanité nous ont appris que les empires ou les sociétés qui ont perdu la maîtrise de leurs valeurs et ont laissé le doute pénétrer dans leur esprit, ont condamné leur avenir et ont connu la décadence conduisant à la mort de toute civilisation.
       Ainsi Rome a perdu la force de son État prestigieux et l'équilibre d’une société encadrée et fondée sur un ordre de Droit. Le coup fatal a été porté au régime et à l'Empire par le péril extérieur de la sape de la Nation par les barbares et par le péril intérieur de la dissolution des mœurs publiques et privées. II en fut de même de la Grèce antique qui a connu la chute par l'effet de l'épreuve de la guerre civile dans une nation désunie. Dans les deux cas, il a été trop tard pour sortir de l’impasse dont la seule issue possible a été la mort du système.
      De nos jours, deux dangers mortels menacent l'intégrité et l'avenir de notre Patrie. Certains croient s'exonérer de leur responsabilité en faisant croire que la crise mondiale est à l'origine de notre désagrégation. Certes, sa gravité complique sérieusement la prise de conscience de nos problèmes. En réalité, le péril principal est intérieur à notre pays. II résulte de la division de la nation, entre clans partisans, et de l’ambition impuissante des gouvernants successifs qui s'efforcent de camoufler leur inefficacité dans la débauche d'une communication plus proche de la propagande que de la vérité d'information.
       En fait, la sanction ainsi subie exprime une sorte de revanche des démons installés dans l'État. L'exercice du pouvoir a glissé du peuple aux apprentis partisans, privés de la confiance d'une grande partie des citoyens. L'argent devenu maître du jeu impose la loi du veau d’or à l'économie et à la politique. L'image rend fou ceux qui en jouissent abusivement.
       Les Français sentent le piège se refermer sur leur présent autant que sur leur avenir.
       Dans les épreuves précédentes, ils avaient réagi en prenant appui sur l'État de la nation. Aujourd'hui, le gouvernement donne une piètre idée d'un État affaibli, aux prises avec un stérile combat fratricide entre les partis politiques qui ne pouvant agir sur des forces contraires, se réfugient dans des gesticulations inefficaces. Cette mascarade est aggravée par une avalanche d'affaires troubles qui révèlent la profondeur du mal au cœur même de l'État. L'ambition du maintien au pouvoir qui aveugle le sommet de l'État et l'individualisme des citoyens réfugiés dans leur pré carré privé entraînent la dislocation de la nation, gangrenées par de nouvelles féodalités, territoriales et corporatives, et par l’oligarchie arrogante des partis politiques.
       Les dirigeants de la classe politique ne survivent que par la surenchère sur le parti adverse grâce auquel ils trouvent le moyen d'exister et de se faire valoir, Les médias, grisés par le vent changeant, annonciateur des tempêtes, tournent comme des moulins fous, faute de pouvoir contribuer à la réflexion salutaire. Quant aux citoyens, au mieux apeurés, au pire écoeurés, ils ne disposent plus que du rejet rageur de tous les boniments de droite ou de gauche.
       De jour en jour, de nouveaux périls se font plus agressifs. Le choc issu de la déflagration mondiale des milieux financiers vient heurter notre pays déjà affaibli dans ses bases politiques, économiquement, socialement et surtout moralement. L’évolution s'accélère, non plus seulement par le mouvement d'un tapis roulant, mais par l'entraînement dramatique d'un toboggan.
       La diminution des moyens de vie et du pouvoir d'achat des ménages et des individus développe le doute et la peur qui sont le mal suprême d'une nation.
      Or cette nation doit faire face à l'augmentation constante et désordonnée d'une immigration, encore compliquée par le surgissement d'un Islam offensif qui oppose la charia à la laïcité républicaine et fait naître le germe d'une guerre civile identitaire. Le peuple en effet n'est pas disposé à adhérer spontanément à la médiocre théorie du métissage inventée de façon fumeuse par les gouvernants qui ont perdu le sens et l'esprit de la nation.
      Alors face à ces défis, comment ne pas être déçu devant la seule pitoyable réaction de la classe politique qui propose le jeu stérile du bipartisme! Comment les Français en compétition pourraient-ils accepter la formule hémiplégique au moment où ils sont invités à courir après la croissance ?
       La mauvaise note financière de la France n'est pas qu'une honte. Sera-t-elle un choc fatal ou salutaire ? Comme citoyens nous souffrons pour la blessure de notre cœur de Français ; comme patriotes nous voulons combattre et réagir, les poings fermés de colère mais les yeux ouverts, dans l'espoir de reconquête de l'honneur de notre destin.
      Mais la France n'a pas le dos au mur. La France a un destin auquel elle doit se montrer fidèle ! Il ne faut pas confondre le destin d'un pays avec un quelconque déterminisme historique. La France est vivante depuis 2000 ans, selon une longue trajectoire qui a conduit son peuple jusqu'à la situation actuelle mais l'avenir n'est ni automatique ni linéaire, il n'est écrit nulle part et il dépend de l'action des contemporains. Il ne suffit pas de «se livrer en aveugle au destin qui nous traîne»
(Racine, Andromaque).
      Il importe de servir la finalité de son destin - à condition de le précéder, en l'orientant, en l'influençant, en le méritant. Les Français ont tort de regarder la période actuelle avec une sorte de myopie. Il est nécessaire de prendre appui sur notre passé, porté par des milliers de générations, pour tracer les voies incertaines de notre avenir. À travers les nuages lourds et noirs qui s'accumulent au-dessus de nous et du monde, il ne faut pas désespérer d'apercevoir des trouées de ciel qui nous indiquent que l'avenir dépendra de ce que nous voulons qu'il soit.
      Notre France est pleine de vie et capable d'un nouvel élan. Dans cet esprit, il est bon de jeter un coup d'œil sur notre histoire et de considérer autour de nous dans quelques pays européens des exemples toniques.
      L'Ancien Régime monarchique, devenu usé et impotent, a fait surgir, par ses fautes et sa pusillanimité, la Révolution française. Celle-ci, une fois enfermée dans l'impasse de la Terreur, et après avoir subi la banqueroute, a fait naître Napoléon qui a su inscrire quelques masses de granit sur le sable d'un pays ruiné. En 1940, la tragique défaite n'a pas réussi à éteindre l'étoile du 18 juin qui a conduit les Français à la Libération. En 1958, l'État, une fois rétabli, a généré une république rénovée. Ainsi le cycle de la décadence a toujours engendré la possibilité d'un nouveau départ.
      Mais il faut faire attention au refus du courage dans l'effort qui conduit à de nouvelles épreuves. Ainsi, de même que Turgot ou Necker n'ont pas réussi à convaincre Louis XVI d'engager les réformes indispensables, de même, en 2004, le ministre de l'Économie et des Finances a donné mission à M. Michel Camdessus, ancien directeur général du Fonds Monétaire International, de procéder à «une appréciation de la situation et des perspectives économiques et financières de notre pays, en vue de préciser les contours d'une stratégie pour la croissance, en soulignant les obstacles de nature à entraver le dynamisme de notre économie». Ce même ministre, devenu Président de la République, n'a pas cru devoir donner suite aux propositions pourtant très précises et à la conclusion de cet éminent expert : «nous sommes subrepticement engagés dans un processus de décrochage qui peut nous conduire, si rien n'est fait, à une situation, à terme d'une dizaine d'années, difficilement réversible» Une telle absence de réaction est autant une faute grave contre la nation qu'une tromperie contre son peuple.
       Autour de nous, l'Allemagne est un exemple et un reproche. En 2003, la spirale de la faillite l'avait menacée comme la France. Or la réaction des dirigeants politiques a changé le profil de la pente en quelques années. Le courage du chancelier Schröder, agissant contre son intérêt personnel et celui de son parti, n'a voulu voir que la chance de son pays pour prendre de vitesse la chute prévisible. La grande alliance des partis politiques a redressé durablement la situation. Sept ans après, l'Allemagne progresse en tête de l'Europe, tandis que la France glisse sur sa pente fatale : l'une a un commerce extérieur excédentaire, l'autre subit un déficit exceptionnel aggravé chaque année. Il en est résulté un contraste flagrant en ce qui concerne l'emploi et plus particulièrement celui des jeunes, opposant l'Allemagne à la France, dans leur avenir respectif. Le fameux couple, moteur de l'Europe, est devenu mal assorti, car chacun évolue sur sa propre voie.
Il existe toutefois un chemin pour le salut public. Lorsque la situation a pris une mauvaise tournure, et que la responsabilité de la classe politique est lourdement engagée, alors le peuple doit reprendre son pouvoir souverain, tombé imprudemment dans des mains indignes. L'appel aux citoyens s'impose, car, dans les grandes épreuves, les Français n'ont jamais accepté de se coucher devant l'oppression, qu'elle soit militaire ou politique, ou devant la manipulation de l'opinion.
       Ainsi les Volontaires de l'An II à Valmy, les Résistants autour du martyr Jean Moulin, le rassemblement spontané d'un million de citoyens sur les Champs-Elysées, le 30 mai 1968, répondant à l'appel du chef de l'État. Ces événements ont montré la capacité du peuple français à déjouer la pente défavorable et à démasquer les imposteurs impuissants, pour retrouver le destin de la France.
      Plus récemment en août 2011, les émeutes des pays arabes contre les tyrans totalitaires ont témoigné du combat pour la liberté, mais sans pour autant pouvoir assurer le relais démocratique.
      De même une originale expérience en Inde, en août 2011 a révélé le pouvoir d'un homme de 74 ans, Anna Hazare, qui a revêtu le style et l'habit de Gandhi, pour imposer au Congrès parlementaire une politique contraire à la corruption. Une grève de la faim et une large mobilisation de la population ont fait plier le gouvernement face à cette croisade anticorruption.
       Il est regrettable, mais peut-être inévitable, que la colère du peuple ne puisse intervenir qu'après une longue période de soumission, de démission, de renoncement, qui encourage l'imposture politique installée dans la place.

( A suivre )            

Paul Bernard
Préfet de région honoraire
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Avant-propos du livre « La France fidèle à son destin »
de Paul Bernard
éditions Economica 18 €