http://www.francevaleurs.org

Le billet de la semaine
Retour
Considérations inactuelles
30/05/2012
(extrait du livre de Denis Tillinac éditions Plon)
      (…) Si vraiment tu veux t'engager en politique, rejoins le chef de bande le plus aventureux, le plus empanaché, le moins idéologue et le moins adéquat au langage, aux postures, aux rituels de sa fonction. Celui qui te semble capable de plaquer illico les palais officiels pour s'adonner à une autre passion. S'il est gagné par le cynisme, déserte avant d'avoir la nausée. Prends les joutes électorales pour ce qu'elles sont : escrime à fleurets mouchetés sur les estrades, dagues empoisonnées dans les coulisses, les ennemis jurés étant toujours dans le même camp. Si la roue des urnes s'arrête au bon numéro, tu chanteras victoire au soir du scrutin. Mieux vaudra que tu décampes le lendemain : en démocratie, c'est la joute électorale qui procure les frissons sportifs, comme lors des phases finales d'un championnat. Après, la cuisine reprend ses droits, les gâteurs de sauce officient dans l'ombre d'un prince qui n'a plus besoin de mousquetaires.
      Toute masse enfiévrée est encline au massacre, au viol, au pillage. Tout fonctionnaire armé d'un pouvoir discrétionnaire est sujet à la tentation d'humilier, de torturer, de mettre à mort pour soutirer une jouissance de facture érotique. Ne sois jamais l'anonyme d'un agrégat humain en rut ! Réprime en toi ce penchant universel et sempiternel à la cruauté, que les salauds de toutes obédiences maquillent en nécessité idéologique !
      Acquiers le sens des perspectives. Les instincts sont invariables, on les trouve tous dans Homère, Dante et Shakespeare, on les retrouve dans Simenon : la peur, la prédation, l'amour, le terrier, le carnage, la gloire, l'au-delà. Mais les scenarii et les mises en scène ont pris des formes innombrables et il en est résulté des miracles ponctuels : les civilisations. Des parenthèses de splendeur, de suavité et de grandeur d'âme entre les curées et les mises à sac. Ne pèse pas l'Histoire à l'aune des moralités au goût du jour, qui se donnent le beau rôle, l’anachronisme est un déni méprisant des tribulations de l'humanité, l'avatar d'un hégélianisme simpliste. Nos contemporains relativisent tout, sauf les faits historiques. Ils se croient émancipés des antiques fatalités, des antiques crédulités. Le tourisme nourrit cette illusion. D'où leur paralysie quand ici ou là l'Histoire fait surgir un émule de Caligula ou du Prince noir.
(…) Préfère le politique le moins soumis à l'air du temps, le moins porté à se mêler de ton bonheur et le plus soucieux d'ancrer ton pays dans une continuité. Le moins moderne s'avère souvent le plus réaliste, et même le plus visionnaire. Mœurs, références, langage : tout chez de Gaulle était du XIXe siècle ; ça ne l'a pas empêché de discerner vers quels horizons l'Histoire dérivait, et d'agir en conséquence. Tout dans la personnalité de Churchill était d'un Marlborough de l'ère victorienne : cette désuétude l'a hissé au-dessus de ses semblables quand l'Histoire a sonné la fin des récrés politiciennes.
      A la jonction de l'hellénisme et du christianisme, il y a ce trésor, le mot âme, autour duquel s'est bâtie une civilisation, la tienne. Même si tu n'y crois pas vraiment, fais comme si tu avais une âme ; ta vie prendra de l'altitude.(…)
***

Considérations inactuelles - Denis TILLINAC