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Le billet de la semaine
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Libres propos sur la tolérance
23/05/2012
      En 1598, Henri IV signe l’Edit de Nantes, dit de Tolérance, qui permet aux protestants de demeurer en France dans certains lieux et à certaines conditions.
      En 1763, Voltaire écrit le Traité sur la Tolérance pour réhabiliter le protestant Calas exécuté après avoir été faussement accusé d’avoir assassiné son fils qui voulait se convertir au catholicisme.
      A partir de ces exemples, on réalise que la tolérance n’allait pas de soi autrefois, même chez nous. Elle est aujourd’hui considérée comme une vertu, celle qui nous porte à accepter ce qui nous choque car allant à l'encontre de nos propres convictions (par exemple la cohabitation hors mariage).
      Nos sociétés libérales la considèrent même comme une Valeur.

      A l’inverse, les tenants du politiquement correct rejettent avec indignation toute trace d’intolérance, selon eux réactionnaire, surtout, si elle émane de catholiques.
      (En revanche, l’intolérance avérée de l’Islam semble davantage admise, sans doute au nom de la repentance dont les Chrétiens devraient faire preuve à son égard…)

       Cela dit, j’estime justifiée la remise en question de la tolérance pour trois raisons.
1/ Elle est apparue dans un contexte d'hégémonie chrétienne qui n'a plus cours en Occident.
2/ Le mot, galvaudé, sert souvent à couvrir toutes sortes de démissions devant les difficultés de la recherche du vrai et du bien.
3/ Il y a une Valeur qui dépasse de beaucoup la tolérance, c’est la liberté : de penser, de parler, d’écrire, de se réunir, de pratiquer une religion…
***

      Au plan moral, la notion de tolérance est associée à la notion de bien et de mal. Elle nous fait reconnaître qu'une chose est un mal mais que combattre ce mal engendrerait un mal encore plus grand. (A propos, certains pensent que la fermeture des maisons de tolérance a entraîné l’explosion de la prostitution...)

      On prête faussement à Voltaire ce mot : « Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu'au bout pour que vous puissiez le dire.»

      La tolérance n’est pas la soumission, laquelle signifie acceptation sous la contrainte. Elle n’est pas non plus synonyme d’indifférence ni d’indulgence, encore moins de permissivité, laquelle minimise l’importance de la faute commise ou de l’opinion professée. (exemple typique : l’avortement, autrefois un crime grave que certains revendiquent aujourd’hui comme un droit !)

      Conclusions.
      Si France-Valeurs ne range pas la tolérance au nombre des Valeurs qu’elle considère comme fondamentales, c’est parce qu’on sait trop qu’en matière sociale ou politique notamment, ce qui est toléré ne tarde pas à être banalisé et dévoyé. D’ailleurs, Georges Clemenceau écrit dans Au soir de la pensée,
« Toute tolérance devient à la longue un droit acquis.»

      En revanche, considérons que notre réprobation ne concerne que les idées ou les comportements : évitons de juger les personnes.
      Par-dessus tout, faisons preuve de respect pour les hommes, et pour ce qu’ils considèrent comme sacré.
Jean Delaunay            

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NB
      1 Ce respect n'apparaît dans le droit qu'à partir de 1948 et de la déclaration universelle des droits de l'homme.
      2 Le philosophe américain John Rawls, dans son ouvrage Une Théorie de la justice, établit que la tolérance est une vertu nécessaire à l'établissement d'une société juste. Mais il pose la question « Doit-on tolérer les intolérants ?». Il y répond positivement, indiquant que de ne pas les tolérer serait intolérant et serait donc une injustice. Par contre il établit qu'une société tolérante a le droit, et le devoir, de se protéger et que ceci impose une limite à la tolérance : une société n'a aucune obligation de tolérer des actes ou des membres voués à son extermination.
C’est bien ma vision des choses. JD      
John Rawls