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Le billet de la semaine
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Ce que les français pensaient il y a 17 ans
16/05/2012
      Je viens de retrouver un vieil article (19/11/95 Le Monde) qui ne manque pas d’intérêt apporté à la situation actuelle.
JD            


Une enquête menée auprès de 10 000 Français conclut à une montée des valeurs conservatrices

      « CHANGEMENT CONSERVATEUR » :
selon une étude menée par le Centre de communication avancée (CCA) , ces deux termes qui paraissent contradictoires sont devenus complémentaires. Au point qu'ils résumeraient parfaitement les aspirations d'un nombre croissant de Français. «L'idée de changement, assure Bernard Cathelat, directeur de recherche au CCA, a pris de l'ampleur : 69,5 % des gens avec lesquels nous nous sommes entretenus l'estiment nécessaire contre 32 % cinq ans auparavant. Mais il ne s'agit pas d'un changement d'exploration. Encore moins d'un goût pour l'aventure. Ce changement-là est conservateur. »

      Alors qu'en 1990, lors de la précédente enquête, 43 % des personnes interrogées considéraient qu'il « vaut mieux rester fidèle à ses convictions plutôt que de s'adapter aux mutations du monde », cette attitude est désormais revendiquée par 54 % du public. Mieux : 59 % (contre 22 % cinq ans plus tôt) affirment partager l'opinion selon laquelle « il vaut mieux ne pas sortir des sentiers battus, suivre les règles plutôt que montrer sa différence ». L'heure serait à « attendre avant d'innover» (85%), à « censurer la violence dans les médias » (79 %), à «généraliser le dépistage obligatoire du sida » (70 %) et à « encourager les étrangers à repartir chez eux » (59 %).

      Cette sensibilité conservatrice est particulièrement nette pour ce qui concerne l'emploi féminin. En 1995, 54 % des personnes que le CCA a interrogées considèrent qu'il est préférable de «favoriser les femmes au foyer plutôt que de favoriser leur travail ». Ce pourcentage a progressé de 21 points en cinq ans...
Pour Jean-Claude Kaufmann, sociologue au CNRS, cette tendance n'est guère surprenante. «L'égalité des sexes s'est imposée dans la société comme une référence, .mais la difficulté du temps rend cette égalité difficile à faire vivre. Aujourd'hui, bien des jeunes femmes estiment que se reposer sur certains vieux schémas - en fait, une existence plus centrée sur le foyer -leur rend la vie plus simple, témoigne M. Kaufmann. Cela se traduit par le développement du travail féminin à temps partiel. La femme trouve logique de devoir se sacrifier en renonçant à sa carrière ou à l'amélioration de ses qualifications. » Le sociologue se dit pourtant persuadé qu'il ne s'agit que d'une parenthèse.

LES INSTITUTIONS CONTESTÉES
      « Certaines valeurs qui paraissaient réactionnaires il n'y a pas si longtemps le sont moins. Y compris auprès de certains intellectuels »,
reprend Bernard Cathelat, qui pense que cette « aspiration à une révolution conservatrice » reflète aussi « une aspiration à davantage de rigueur, d'éthique». L'affirmation selon laquelle « il faut plus de règles » recueille 80 % d'adhésion, soit 36 points gagnés en cinq ans. Celle selon laquelle « il faut fermement défendre ses convictions »gagne, elle, onze points.
      Parallèlement, le CCA prend acte d'une érosion accélérée des grandes institutions. L'indice de confiance est désespérément bas pour ce qui concerne les partis politiques (10%) et reste peu élevé s'agissant des syndicats (30%) et des Eglises (32 %). En revanche, il est nettement plus flatteur pour les collectivités locales (75 %) ou les associations (80%), alors que 69 % des personnes interrogées estiment que leur identité régionale passe avant la notion d'appartenance à l'Europe. In fine, c'est avant tout à son environnement personnel - « les siens », une notion qui va au-delà de la famille -que le Français accorde l'essentiel de sa confiance (89 %). «Il n'existe plus de macro-institution à qui confier son avenir. On s'en remet donc à des entités micro-sociales généralement non coordonnées »,
résume Bernard Cathelat, qui perçoit «une tendance tribale -à l'américaine, pourrait-on dire -derrière la multiplication de signes extérieurs d'identité, notamment dans les banlieues, mais ailleurs également. »
      «Dans ces conditions,
conclut le responsable du CCA, marketing et politique risquent de rechercher des objectifs contradictoires. Le premier sera tenté de miser sur cette hyper-segmentation de la société et risque donc de l'amplifier alors que la vocation de la seconde est de trouver un langage commun et des valeurs capables de rassembler les citoyens. »
Jean-Michel Normand            

Bernard Cathelat               Jean-Claude Kauffman