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Le billet de la semaine
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Eloge du Patriotisme
09/05/2012
       Lors d’un sondage récent, le patriotisme est arrivé au 23° rang sur 25 des valeurs préférées des français…. La Marseillaise sifflée en 2001 reste pour beaucoup de concitoyens un véritable traumatisme … D’ailleurs, l’on n’a guère entendu parler ces jours-ci de « Patrie »...
      Je crois donc utile de rapporter ici quelques idées extraites du livre du philosophe Michel Lacroix.
Jean Delaunay            

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Eloge du Patriotisme

      De nos jours, le patriotisme est victime de deux préjugés.

      1/ il serait impur et dangereux parce que derrière lui se profilerait le spectre du nationalisme.

      2/ il serait désuet parce qu'il aurait été éclipsé par les régionalismes et communautarismes qui se développent au niveau infranational, le sentiment européen et la conscience planétaire dans le domaine supranational.

      Nombre d'intellectuels partagent ces préjugés qui conduisent à une situation paradoxale: ils parlent beaucoup du lien social, du vivre ensemble mais sans songer que le patriotisme joue un rôle dans la cohésion sociale. Du coup le patriotisme est le grand oublié de l’actualité.

      • Pour briser le tabou, il faut se poser la question ; qu’est-ce que le patriotisme?

      Le dictionnaire le définit comme l'amour de son pays. Au XIX° siècle, Fustel de Coulanges disait que la patrie, c'est ce qu'on aime. Cet amour de la patrie, on s'aperçoit qu'il est double : j’aime mon pays parce qu'il se distingue des autres par ses traditions, son histoire, sa langue, son patrimoine. J'aime notre particularité nationale. Mais simultanément j'aime mon pays dans la mesure où il essaie d'entretenir avec les autres nations des rapports fondés sur la justice, la solidarité, la réciprocité.
      L'universalisme et le particularisme ont les deux forces attractives du patriotisme.
      Certains prônent un patriotisme resserré autour de la démocratie et des droits de l'homme. Cette idée n'est pas viable : le patriotisme a besoin d'être enraciné dans le charnel. A contrario, le nationalisme est un patriotisme dont on a évacué l'exigence universaliste. Du coup, on risque d’ouvrir la porte à une politique de puissance, d’expansion belliqueuse, de xénophobie. C’est dans ce sens que Camus disait: «J'aime trop mon pays pour être nationaliste ».

      Cela éclaire aussi la question de l'identité de la France sous trois traits :
      1/ La France est le pays qui a le mieux réussi au monde la synthèse du particularisme et de l'universalisme. La III ° République a ainsi vécu un patriotisme équilibré et relativement heureux.
      2/ Notre patriotisme se traduit par le désir de faire rayonner les principes universalistes dans le monde. La France se veut messagère de justice et de liberté. Le Général de Gaulle disait : "il y a un pacte séculaire entre la France et la liberté du monde". La France est à la fois un jardin et un phare.
      3/ Je préfère la vision Renan à la vision Barrés. Barrés conçoit la nation comme un fait biologique, génétique, ethnique, comme une loi du sang. Renan la définit comme le fruit d’un consentement: c’est un « plébiscite de tous les jours ».
      . Ce que Michelet appelait « la grande amitié » française s'ouvre à ceux qui ont envie de devenir Français. Elle les accueille sous condition de réciprocité.
      Il faut que celui qui s'établit en France témoigne de son attachement à la particularité française et notamment à la langue et l'histoire. Il faut que ses enfants puissent dire avec Albert Camus que « ma patrie, c'est la langue française ».
      Etre Français, par naissance ou par naturalisation, c'est aussi épouser l'histoire de France. Romain Gary disait: «Je n'ai pas une goutte de sang français, mais la France coule dans mes veines ».

      La crise du patriotisme est réelle mais le patriotisme est un sentiment discret; quand il est déclamatoire et ostentatoire, il peut rapidement dégénérer. Il se réveille lorsque la patrie est en danger. Je crois qu'un tel réveil est en train de se produire. L'opinion française ressent un certain nombre d'inquiétudes justifiées qui raniment son patriotisme :
      - 1/ Les Français sont de plus en plus sensibles à l'amenuisement de la souveraineté des États sous l'effet de la globalisation financière et de la crise.
      - 2/ Ils sont de plus en plus sensibles à la montée des communautarismes, qui reporteraient les sentiments de ferveur patriotique vers la religion, l'ethnie ou le groupe linguistique.
      - 3/ Ils sentent qu'une menace pèse sur notre particularité nationale et notamment sur l'histoire. D'où, par réaction, les Journées du patrimoine attirent 15 millions de personnes en deux jours. D'où, aussi, l'essor prodigieux de l'édition de livres et magazines d'histoire depuis une dizaine d'années.
      - 4/ De nombreux Français estiment qu'on est allé trop loin dans la « repentance », voire l'autodénigrement. Ils ont le besoin de garder le sentiment de fierté nationale.

       Il faut donc revenir à une éducation solidement ancrée dans la langue et la littérature, et dans l'histoire. Ayons les yeux fixés, non sur la frontière comme avant 1914, mais sur la chaîne de transmission intergénérationnelle de notre langue, de notre histoire, de notre culture !

      Par ailleurs, explorons de nouvelles voies pour notre universalisme à travers une gestion coordonnée des grands intérêts collectifs: le commerce, la finance, le développement durable, la gestion des ressources, la santé, l'aide aux pays pauvres, la paix !
      La France sera fidèle à sa vocation multiséculaire en s'affirmant comme une force de proposition pour organiser cette gouvernance.
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« Éloge du patriotisme » de Michel Lacroix,
Petite philosophie du sentiment national
Robert-Laffont, 136 pages, 17 €
Cité par France-Catholique 27 AVRIL 2012
Michel_Lacroix_(philosophe)