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Le billet de la semaine
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Hommage à Pierre Schœndœrffer
28/03/2012
      Il vient de mourir. J’avais eu un contentieux avec lui, il y a trente ans. Il ne m’en a pas voulu. Je tiens à lui donner ici raison et à lui rendre hommage.
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      Engagé comme preneur d’images pour l’Indochine, il n’était pas soldat au sens propre mais cinéaste des soldats au feu. Souvent en première ligne comme à Dien Bien Phu, il était familier des hommes de guerre français, puis américains, qu’il filmait au plus près, affrontant les mêmes dangers qu’eux et ressentant les mêmes impressions.

      Cette expérience directe de la guerre l’a poussé à essayer de décrire ces situations à travers des romans et des films où la fiction démarquait de près la réalité. « La 317° section », «Le crabe-tambour », « La section Anderson », et d’autres titres, sont autant de chefs-d’œuvre écrits et filmés où les combattants se sont reconnus et que le public a accueilli avec faveur.

      J’en viens à notre différent (passager). Il était venu me voir en 1982 pour me demander la participation officielle de l’armée de terre, dont j’étais alors le chef, au nouveau film qu’il projetait : «L’honneur d’un capitaine »

      Son scénario reprenait, en changeant les noms, une dramatique situation réelle. Le Colonel Erulin commandait en effet en 1978 le 2° Régiment Etranger de Parachutistes quand il a reçu l’ordre de sauter en urgence sur Kolwezi, dans des conditions très difficiles, ramenant la paix dans cette région embrasée du Zaïre et sauvant de nombreux otages européens. Ce qui fût alors unanimement salué comme un exploit.

      Quelques mois après, le même Colonel Erulin, muté à Paris, a été foudroyé par une crise cardiaque en faisant son sport matinal. La presse a rendu compte en général de son décès de façon objective et même louangeuse. Un quotidien a cependant osé salir sa mémoire en écrivant que, capitaine de Légion en Algérie, il avait fait partie des tortionnaires.

      Soutenue par ses camarades et bien d’autres personnes, sa veuve a alors intenté un procès en diffamation au journal. Elle l’a gagné mais sa tenue a été l’occasion pour certains de remuer beaucoup de boue antimilitariste.
      Il s’ensuit que j’étais très réservé à priori sur son projet, j’ai demandé au réalisateur de me laisser son scénario pour que je le lise et le confie pour avis à quelques officiers de tous grades que j’ai fait tirer au sort.
      Leur point de vue rejoignit le mien. Dans l’intérêt de l’armée et par respect pour la mémoire du Colonel Erulin, il ne me paraissait pas opportun de soutenir officiellement ce film.
      Je le dis à Schœndœrffer qui me répondit que le scénario était un guide mais que je méconnaissais sa capacité d’émouvoir un public à travers ses images.
      De fait, le film sortit. J’allais le voir à titre privé et je le trouvais excellent, le contexte ayant été présenté au tournage avec beaucoup de tact et de vérité.
      Je le lui fis savoir.

      Quelque temps après, un dimanche, je passais à Quimper où je tombais, par hasard, nez à nez avec Pierre venu en voisin. Il me salua aimablement et je lui confirmais mes propos.
      Il m’invita chez lui et ce fût un moment passionnant d’échanges où nous évoquâmes nos amis communs, son œuvre et ses nouveaux projets.
      Parmi eux figurait « La section Anderson, vingt ans après » qui venait de l’amener plusieurs semaines aux USA pour retrouver les trente GI qu’il avait filmés dans la brousse de leur jeunesse guerrière.
      Il y avait aussi le grand film-évènement « Dien Bien Phu », qui fût tourné en Extrême Orient avec des vrais ( jeunes) soldats des deux bords, pleins de respect pour leurs aînés.

      Je sortis de son manoir encore plus admiratif pour cet homme simple et sympathique qui avait su utiliser son talent pour peindre à la moderne les servitudes et grandeurs militaires de Vigny.
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      Je ne l’ai jamais revu. Sa mort m’a fait beaucoup de peine. Rares sont en effet les grands artistes- car c’en était un- qui mettent leurs talent au service de la France à travers son armée.
      Merci, mon camarade.
Général Jean Delaunay            

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Pierre Schœndœrffer