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Le billet de la semaine
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L'engagement des jeunes dans l’humanitaire après le bac
21/03/2012
      Comment devient-on volontaire à 18 ou 20 ans ?
      Tous les jeunes interrogés ont évoqué un grand désir de se donner, et plus particulièrement de donner de leur temps. Ainsi Armelle se souvient de sa soif d'aider ceux qu'elle rencontrait dans la rue quand elle était étudiante à Paris mais sans vraiment savoir comment faire. C'est ce qui l'a poussée à s'engager pendant un an à quelques kilomètres de Paris auprès de populations vivant dans les «quartiers sensibles». Pour Jean, c’est la rencontre de jeunes revenus de mission et témoignant de leur expérience. Pour Pauline, le désir de se donner a été confirmé par le parrainage d'une amie partie en Roumanie. Ces désirs ont pris le temps de s'affiner jusqu'à la décision finale.

      Comment, dans les organisations, accueille-t-on ces volontaires ?
      Au Rocher, Xavier nous explique que, «c'est la motivation qui prime, nous ne regardons pas les diplômes». Un premier test téléphonique permet de sonder les motivations profondes du futur volontaire et de déceler d'éventuelles fragilités. Dans un deuxième temps, les volontaires sont invités à participer à des stages sur le terrain pour voir si leur désir est compatible avec la réalité. (trois week-end de formation et un stage de quinze jours avant leur départ, plus un week-end au retour.)
      Pendant cette formation, le jeune est accueilli par l'association qui, forte de son expérience, l'aide à discerner son désir et à le préparer à sa mission.
      Ainsi, les parents d'Adélaïde se demandaient si leur fille, très active, s'épanouirait pleinement dans un mouvement dont le principal charisme est la compassion. Finalement, elle a été envoyée en Inde plutôt qu'aux Philippines comme prévu initialement. Elle y a mis son énergie au service des projets de gestion. Jugeant que l’Association avait bien compris leur fille, ses parents l’avaient poussée dans cette voie

      Quelles craintes peuvent avoir les parents ?
      Pour Catherine, dont la fille est partie juste après son bac, il a fallu faire confiance à Dieu qui avait mis ce désir dans le cœur de sa fille, mais aussi confiance à son enfant dès la sortie du lycée. Les parents ont dû apprendre à «lâcher» leur fille, confiants dans les bases qu'ils lui avaient donnée pour discerner et avoir la force pour tenir ses choix.
      Marie, ancienne volontaire et présidente d’une association, rencontre chez les parents la crainte de voir leur enfant prendre leur envol loin d’eux, avec peu de contacts et différemment du départ après mariage.
      Craintes plus matérielles aussi, comme la sécurité, la capacité de s'adapter à un nouveau contexte, celle aussi que leur enfant «perde» une année dans son cursus scolaire et ait du mal à se réinsérer au retour. D’où l’importance d’associer les parents à la préparation du jeune.
      Dans telle association, les parents sont invités à passer une journée sur le lieu de formation. C'est l'occasion de rencontrer d'autres parents, de poser leurs questions en toute simplicité et d'avoir des contacts avec les responsables de l'œuvre. Pour Jean, c'était important d'associer ses parents à son projet et de prendre le temps de leur en parler. Marie confie que la première réaction de ses parent a été «Et tes études ?», réaction très vite dépassée car, au fond, ils n'étaient pas vraiment surpris que leur fille prenne cette décision et l'ont vraiment soutenue dans son projet.

      Quels sont les bénéfices d'une année donnée ?
      La liste en est particulièrement riche et on y retrouve partout les mêmes traits quel que soit l'engagement (sa destination - proche ou lointaine -, sa nature - humanitaire, sociale - ou sa durée - quelques mois, plusieurs années). On remarque, chez les volontaires qui se succèdent, un vrai changement en termes de maturité entre l'arrivée et le départ. Un des volontaires, très jeune et qui n'a pas passé une année très facile constate : «Qu'est-ce que mon année m’a fait grandir!».

       L'ouverture au monde est également un fruit de l'engagement. Un ingénieur note que son expérience lui est très précieuse dans ses relations professionnelles. D’autres sont devenus «plus eux-mêmes» d'après leur entourage. Ils n'ont pas changé mais vivent leur quotidien différemment.
      Structurant, le volontariat porte du fruit tout au long de la vie.

      Se préparer à l’« après-mission » ?
      Quelle que soit la structure d’accueil, il est important préparer et d’accompagner le retour. A Bondy, Xavier reçoit les volontaires tous les quinze jours. Leur accompagnement est personnalisé selon les besoins de chacun. Certains jeunes savent exactement ce qu'ils veulent faire après (même si leur projet peut évoluer au fil de l'engagement) et cela se fait tout seul. D'autres ont besoin d'être accompagnés et conseillés. Pour Marguerite, l'année passée au loin a été occasion d'affiner son projet professionnel en s'orientant vers le professorat dans les lycées professionnels plutôt que généraux. Le spectacle de la fragilité humaine lui a donné l'envie de se tourner vers les jeunes en difficultés.
      Souvent, un visiteur venu de France passe dans la mission tous les deux mois. Il rencontre chaque bénévole. Pour les deux derniers volontaires rencontrés, il a remarqué que, même si la perspective de quitter leurs nouveaux amis était bien réelle, il était temps pour eux de rentrer et de reprendre leurs études ou de s’engager dans le mariage.

      Avez-vous des conseils à donner aux parents ?
      « Je leur dit souvent que c'est leur enfant et que, de par l'éducation qu'ils ont donnée, ils sont donc un peu responsables de son désir de partir en mission qu'il porte
      Ensuite, pour les rassurer, je leur rappelle que les jeunes partent dans une structure organisée, professionnelle. Cette structure est là pour assurer le discernement, la formation et le suivi, et cela avant, pendant et après la mission. C'est pourquoi j'invite les parents à connaître cette structure pour qu'ils ne se sentent pas étrangers à ce que fait leur enfant.

      C’est le premier grand choix que pose leur enfant, en adulte, et à ce titre, il faut l'encourager. Enfin, j'insiste sur le rôle d'accompagnement qu'ils doivent avoir après le retour, en s'intéressant à sa vie et en le faisant parler, même s'ils peuvent avoir l'impression qu'il l'a déjà raconté de nombreuses fois. Car la joie des retrouvailles marque son retour physique, mais le vrai retour se fait dans la durée, plus intérieurement.
      Par ailleurs, pour répondre à la crainte de la perte de temps, une expérience humanitaire compte dans un CV. Elle dénote des personnalités qui ont de la personnalité et de la maturité. La mission est un «plus» professionnel et humain.
      « Ce fut une joie de voir notre enfant prendre sa vie en main, faire un choix pensé et généreux. Nous avons traversé une période de crainte sur la rationalité de ce choix. Il nous a fallu passer par une étape d'abandon et de confiance. Aujourd'hui nous sommes dans l'action de grâces. Elle a fait le bon choix.

Marguerite Laffont Ancienne du Centre Missionnaire de la Vie (CMV)
Stéphanie Ganeau Ancienne volontaire aux Philippines (Enfants du Mékong))
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      Le Service Civique

      II permet à tous les jeunes de 16 à 25 ans qui le souhaitent de s'engager sur une période de 6 à 12 mois, pour une mission au service de la collectivité : Culture et Loisirs, Éducation pour tous, Développement international, Environnement, Intervention d'urgence en cas de crise, Mémoire et Citoyenneté, Sar Solidarité, Sport, etc., autant de domaines prioritaires pour la Nation et pour l'ensemble de la société. Le Service Civique peut être effectué auprès d'organismes à but non lucratif ou de personnes morales de droit public, en France ou à l'international.
Le Service Civique donne lieu au versement d'une indemnité mensuelle de 457,25 Euros net par l'État et ouvre droit au régime complet de protection sociale (sécurité sociale, retraite ) Par ailleurs la structure d'accueil verse au volontaire une allocation de 103,90 euros pour ses frais de transport, logement, nourriture, (source. www.service-civique.gouv.fr)
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Paru dans la Vie des AFC Février 2012