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Le billet de la semaine
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Réinsertion des jeunes en difficulté
04/01/2012
      Visiteur de prison, j'ai toujours été à l'affut de tout ce qui se faisait dans le domaine du «rattrapage» et de la réinsertion des jeunes en difficulté, prédélinquants et jeunes délinquants condamnés à de courtes peines pour lesquels la prison ne s’impose pas et constitue même, hélas, une voie d’accès fréquente à la récidive. Dans tous les cas, il ne peut s’agir que de volontaires.

SEUIL
      La formule « Seuil » m’a particulièrement séduite malgré ses difficultés de mise en œuvre. Il s’agit en effet de remplacer le séjour en prison des détenus par une longue marche à pied (en principe 2.0000 km à l’étranger) donc en pays inconnu, deux jeunes marchant aux côtés d’un éducateur expérimenté. Il s’agit donc pour eux d’une coupure totale de plusieurs mois avec leur milieu de vie antérieur (sans téléphone ni drogue ni alcool, buvant de l’eau et bivouaquant dans la nature par tous les temps).
      Cette formule réclame évidemment des accompagnateurs de grande qualité capables de soutenir les jeunes souvent découragés au début par la dureté de cette vie nouvelle et de les éduquer dans tous les domaines au fil des kilomètres.
      Ceux qui arrivent au but sont devenus, à proprement parler, des hommes nouveaux (ou des femmes nouvelles) fiers de leur rude expérience et ayant acquis de la confiance en eux. Cela ne peut s’appliquer qu’à une minorité.

JET
      Formule antérieure car mise au point vers 1982 par l’amiral Brac de la Périère, la formule de JET m'avait également passionné. Il s’agissait aussi de provoquer pour les jeunes délinquants une rupture totale avec leur passé au cours de stages de 3 mois sans permission dans des camps de travail en forêt "en immersion totale" avec encadrement militaire choisi, et discipline adaptée.
      Le passage à l'armée de métier a, hélas, conduit à supprimer les centre JET.

EPIDE
      Madame Alliot-Marie a décidé de démarquer JET à travers des centre de réinsertion pour 3.500 jeunes des banlieues en difficulté. Il s’agit pour 1/3 de blancs, pour 1/3 de noirs, et pour 1/3 de jeunes d’origine maghrébine. Parmi eux 1/3 de filles (logées à part pour la nuit...) et 2/3 de garçons. Ils sont accueillis dans une trentaine de centres répartis sur le territoire.
      Leurs principes pédagogiques valent d'être connus: internat obligatoire sauf pendant les WE ( question de budget ) , fermeté et rigueur de la discipline alliées à une mise en confiance progressive des stagiaires grâce à de petits objectifs concrets successifs à atteindre progressivement au rythme de chacun. L’ordre des locaux et la propreté corporelle sont exigés et contrôlés.
      Le fort taux d'encadrement consenti repose sur un tiers de militaires retraités (dont tous les chefs de centre), d’un tiers de professeurs volontaires, et un tiers d'éducateurs…
      La violence, les mauvaises paroles, la drogue et l’alcool sont interdits.
      Le vouvoiement est obligatoire de la part des cadres ; en revanche les jeunes se mettent au garde à vous pour leur répondre. Ils font 1 H de sport par jour. Leurs journées durent de 6 H à 22 H dont des activités d’ouverture comme les actualités télévisées commentées ou des films.
      L’ouverture au monde repose aussi sur des stages périodiques de découverte des usines, des hôpitaux, des services sociaux, des pompiers, de la police ...
      Leur remise à niveau scolaire occupe une partie du temps avec aide des faibles par les forts. L’attrait du stage est accru par la préparation au permis de conduire et une rémunération de 300 € /mois.
      Le tout vise à aider le jeune à mettre au point progressivement son projet professionnel individuel.
      Les résultats sont satisfaisants, compte tenu du recrutement initial.
      Ils sont obtenus lors de stages d’une durée de 6 à 18 mois suivant les cas.

      La principale difficulté réside, comme dans l’armée de métier, dans la fidélisation des personnes dans la durée.

      Cela dit, les principes de bon sens ci-dessus me paraissent pouvoir être appliqués utilement à d’autres catégories de jeunes qui me semblent souvent en quête de sens et d’ordre.
Jean Delaunay            
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EPIDE             SEUIL