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Le billet de la semaine
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Pour comprendre Euromed, regard sur la Méditerranée d’hier
21/12/2011
      En 2008, une Union pour la Méditerranée (EUROMED) a vu le jour à l’initiative de la France. Il s’agissait de rassembler les Etats riverains et les autres états européens concernés par la circulation maritime, l’environnement (notamment l’alimentation en eau), l’économie et la culture. Pour éclairer cette création, il n’est sans doute pas inutile de jeter un regard sur le passé en s’aidant d’une étude récente du Professeur Poumarède.
Jean Delaunay            
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      Dans son livre « La Méditerranée et le monde méditerranéen à l'époque de Philippe II», Fernand Braudel a révélé sa profonde cohérence géographique sur la longue durée, son unité naturelle par-delà les spécificités locales, tout en soulignant les complémentarités et les continuités économiques et sociales établies entre les populations qui habitent et parcourent cet espace.
      Dans le même temps, s'il reconnaissait que les civilisations peuvent être fraternelles , il n'en estimait pas moins, se fondant sur l'exemple de l'affrontement entre la monarchie ibérique et l'Empire ottoman au XVIe siècle, que, «à la dimension de l'homme, il n'y a pas de meilleur rendez-vous que les conflits violents de civilisation à civilisation voisine, de la victorieuse (ou qui se croit telle) à la subjuguée (qui rêve de ne plus l'être)».
      En effet, les conflits entre la chrétienté et l'islam ont scandé les destinées de cette mer, depuis les croisades qui se succèdent pendant près de deux siècles, de 1095 à 1291, pour tenter d'arracher aux musulmans les Lieux saints de Jérusalem, jusqu’aux conflits que provoque l'expansion ottomane à partir du XIVe siècle, en passant par la Reconquista chrétienne de la péninsule Ibérique, qui débute au Xe siècle et se prolonge jusqu'à la chute de Grenade en 1492. Sur mer, la guerre de course oppose aussi, dès le Moyen Âge et plus encore aux XVIe et XVIIe siècles, corsaires musulmans et chrétiens. Ces guerres incessantes ont contribué à fixer une frontière qui traverse la Méditerranée : le monde chrétien au nord et à l'ouest ; l'islam au sud et à l'est.
      Cette frontière est marquée par des forteresses qui hérissent les iles et les côtes s, que des escadres protègent et surveillent. Elle est cependant illusoire. L'unité de l'Occident est un mythe. Travaillé par l'affirmation des États souverains, divisé à partir du XVIe siècle par l'essor de la Réforme, l’Occident est le théâtre d'antagonismes féroces. On se fait plus la guerre en son sein qu'on ne la fait aux Sarrasins et plus tard aux Turcs. Témoin le rapprochement durable qui s'instaure entre François Ier et Soliman le Magnifique contre Charles Quint.
      L'islam n'est pas non plus un tout. L'essor de l'Empire ottoman s'effectue tout autant au détriment de souverainetés musulmanes qu'aux dépens des princes chrétiens. L'Empire turc lui-même n'est qu'une mosaïque de peuples, de religions, au sein duquel les communautés chrétiennes demeurent nombreuses. En mer Egée, le long des côtes de Grèce, les sujets vénitiens, comme ceux des territoires ottomans, ne forment qu'une seule et même population, majoritairement grecque et orthodoxe, qui communie dans la même foi, tisse des liens de parenté, entretient des relations d'affaires.
      La Méditerranée résiste ainsi aux clivages trop tranchés, aux antagonismes réducteurs. Elle demeure aux mains de ses marchands, qui circulent, négocient, échangent sans cesse d'une rive à l'autre. Par-delà leurs différences, ils partagent une culture, des pratiques communes. Ils parlent aussi la même langue, la « lingua franca»
, (mélange d'espagnol, de français, d'italien, d'arabe, de turc et d'hébreu), qui résonne dans les ports de Barcelone et de Marseille aussi bien qu'à Alexandrie ou à Istanbul. Les conflits n'interrompent jamais les trafics. Constamment, les démarcations sont franchies, abolies, dépassées. Le long de l'Adriatique, les populations s'entendent pour organiser la transhumance de leurs troupeaux entre les plaines littorales vénitiennes et les alpages ottomans. Au XVIII° siècle, ce bastion de la chrétienté qu'est l'île de Malte s'impose comme une plaque tournante essentielle des échanges entre le Maghreb et l'Europe.
      Multiples et contradictoires, les réalités méditerranéennes échappent par conséquent aux simplifications commodes, aux interprétations partisanes. La Méditerranée est un monde pluriel, diversifié, ambigu.
      C’est dans ce contexte que l’Union pour la Méditerranée voit le jour
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Euromed

      Elle a pour but de promouvoir l'intégration économique et les réformes démocratiques dans seize pays voisins situés au sud de l'UE, en Afrique du Nord et au Moyen-Orient.
      Les accords de coopération, anciennement appelés "processus de Barcelone", ont été relancés en 2008 et rebaptisés Union pour la Méditerranée (UpM)
      La relance était l'occasion de concrétiser les relations et de les rendre plus visibles grâce à la mise en place de nouveaux projets régionaux qui présentent un véritable intérêt pour la population de la région. Les projets portent sur des domaines tels que l'économie, l'environnement, l'énergie, la santé, la migration et la culture.
      L'Union pour la Méditerranée réunit les 27 États membres de l'UE et 16 partenaires de la région du sud de la Méditerranée, d'Afrique et du Moyen-Orient: l'Albanie, l'Algérie, la Bosnie-et-Herzégovine, la Croatie, l'Égypte, Israël, la Jordanie, le Liban, la Mauritanie, Monaco, le Monténégro, le Maroc, l'Autorité palestinienne, la Syrie, la Tunisie et la Turquie.
      Actuellement, les réunions sont coprésidées par un pays méditerranéen et un pays européen. À partir de septembre 2010, l'Union pour la Méditerranée disposera également d'un secrétariat opérationnel, établi à Barcelone, d'un secrétaire général et de six vice-secrétaires généraux.
      Après l'entrée en vigueur du traité de Lisbonne, la gouvernance du côté de l'UE sera réorganisée une fois que le SEAE aura été mis en place.
      L'ordre du jour de l'Union pour la Méditerranée comprend un certain nombre d'initiatives clés:
      -la dépollution de la mer Méditerranée, y compris des régions côtières et des zones marines protégée
      -La mise en place d'autoroutes maritimes et terrestres qui relient les ports et améliorent les liaisons ferroviaires en vue de faciliter la circulation des personnes et des biens;
      -Un programme de protection civile commun sur la prévention, la préparation et la réponse aux catastrophes naturelles ou causées par l'homme;
      -Un plan solaire méditerranéen qui explore les possibilités de développer des sources d'énergie alternatives dans la région;
      -Une université euro-méditerranéenne, inaugurée en Slovénie en juin 2008;
      -L'initiative méditerranéenne de développement des entreprises, qui soutient les petites entreprises qui déploient leurs activités dans la région en évaluant dans un premier temps leurs besoins, puis en leur offrant une aide.
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