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Le billet de la semaine
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Servitude et grandeur militaires 2006
16/08/2006

       Nos soldats viennent de défiler le 14 Juillet. Entre les effets de la canicule et les résultats du Tour de France, nous leur avons peut-être consacré quelques minutes d’attention à la TV, et puis, lassés par la répétition des images de matériels volants ou roulants chaque année plus étranges et de silhouettes humaines bizarrement attifées, nous avons vite coupé…
      Pourtant, ces hommes mériteraient d’être mieux connus car ils sont des nôtres, participent à notre sécurité et mènent, comme disait l’autre, « une vie rude, parfois semée de réels dangers ».
       Leurs représentants se présentent à nous pendant quelques minutes sur les Champs-Elysées, le jour de la Fête Nationale, mais c’est 365 jours par an que les guetteurs veillent en Bosnie, en Côte d’Ivoire, en Afghanistan, en Guyane et en beaucoup d’autres lieux. C’est 24 H sur 24 que les patrouilles sillonnent des villes en crise, des forêts et des déserts. Nos marins et nos aviateurs connaissent le même genre de vie: missions lointaines souvent éprouvantes par leur monotonie mais toujours pleines d’incertitude (défaillance possible du matériel, soudaine évolution de la météo ou crise politique !), retours de missions euphoriques mais fréquents rappels de permission impromptus, départs sur alerte dans l’inconnu… et ainsi de suite, le temps d’un contrat pour certains, le temps d’une vie pour d’autres…
      Nos soldats en kaki ou en bleu ont, à domicile, les mêmes soucis que les autres citoyens : les fins de mois difficiles, la patiente construction d’une famille… Ils ont aussi leurs contraintes spécifiques dues aux impératifs du service et de carrière : fréquentes absences et déménagements périodiques, certains vers des garnisons traditionnelles rarement adaptées au travail des épouses, au logement des ménages et à l’éducation des ados…
       Sur le terrain, en OPEX ( 1) notamment, nos soldats rencontrent bien d’autres problèmes, chargés qu’ils sont de maintenir la paix au milieu de populations déchirées par des haines ancestrales. Ils ne sont pas toujours bien accueillis et doivent faire face aux provocations et quelquefois aux agressions directes, allier la rigueur dans l’exécution des consignes et l’humanité envers les pauvres victimes des conflits.
      D’où des cas de conscience fréquents, notamment pour de jeunes officiers ou sous-officiers placés pour la 1° fois devant une alternative éprouvante alors que, bien plus que nous, leurs grands anciens, ils sont l’objet d’une forte pression psychologique du fait d’un contexte politique fréquemment tendu, de liaisons rapides avec Paris, et fréquemment sous l’œil de médias rarement objectifs.
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      L’atmosphère qui règne dans nos unités de l’armée de terre, troupes alpines notamment, un de ses hommes (que je ne connais pas) a voulu décrire dans un livre récent et très documenté.
       A travers un récit de fiction (mais qui me semble frôler en permanence la réalité vécue…), il montre comment interfèrent la rigueur du service et la sévérité de l’entraînement, le poids de la tradition, la fatigue physique et nerveuse des chefs et des hommes, la camaraderie, l’incertitude chronique concernant l’évolution des évènements politiques et leurs effets sur l’environnement humain…
       Fait rare dans ce milieu, le narrateur ose évoquer des questions de fond, brûlantes hier et aujourd’hui, concernant par exemple la mission des armées, l’éthique militaire et le style de commandement. A travers 3 ou 4 personnages bien campés, il met particulièrement en lumière le rôle décisif du chef responsable de la vie de ses hommes dans l’accomplissement de sa mission de routine ou de crise.
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      On pourra chicaner l’auteur concernant telle ou telle de ses convictions et de ses orientations personnelles. Elles transparaissent en filigrane dans ses pages mais son livre de fiction a le mérite de la sincérité, de la clarté et du réalisme.
      En ce qui me concerne, je l’ai lu avec grand intérêt et je m’y suis souvent retrouvé.
Jean Delaunay

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« Vingt et une marches de marbre noir »
Lieutenant des années 2.000

Par Baudouin Forjoucq
ISBN 2-906972- 42-8
Editions Ste Madeleine Diffusion Téqui

(1) OPEX = opérations extérieures
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