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Le billet de la semaine
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Pour me confirmer dans mon identité, je dépends entièrement des autres.
14/12/2011
       L'identité est au cœur des questionnements, des personnes en formation, des éducateurs et des entreprises. Un philosophe et un homme de communication, Pierre d’Elbée et François de Montfort, ont échangé sur ce sujet. Voici la synthèse de ce dialogue.

       « L'identité, cette bête mouvante dont il est difficile de distinguer la part donnée - sorte d'héritage légué par tes Autres - et la part responsable - dont je réponds moi-même, par mes choix et mes actes - interroge par son caractère à la fois dynamique et statique. Les valeurs qui nous sont transmises constituent un socle d'invariants, profondément permanent, qui représentent ce que l'on est.
      Sur cette base, il nous est possible de nous décliner de manière infinie. Grâce aux autres, vrais lecteurs et révélateurs de ce que nous sommes, grâce aux épreuves de la vie et à l'action, nous pouvons approfondir ce que l'on est soi-même. [...]
      Pierre d'Elbée insiste : « Notre identité, c'est notre histoire, et pas seulement notre responsabilité à un instant T. L'identité, c'est le fait qu'à 20 ans, 40 ans, 60 ans, on est la même personne sans pour autant être tout à fait la même»
      L'Autre joue dans la quête de l'identité, un rôle majeur tant il est difficile de se connaître soi-même :
« Les autres sont une dépendance dont nous ne pouvons pas nous passer.»
      "Une civilisation est faite de plus de morts que de vivants." disait Auguste Comte.

       Dans la relation à cet Autre, le risque de la reproduction facile, sorte d'imitation inutile, existe :
« Le mimétisme passif est le conformisme du moi qui se modèle sur l'autre, par peur, par vide intérieur, ou par instinct grégaire».
      Mais il peut avoir du bon, dans l'émulation et l'apprentissage, comme l'antique transmission de maître à disciple. Car la quête de son identité ne peut être qu'une recherche intellectuelle pure : «Le narcissisme est la face ridicule de la quête de soi. Moi, moi, moi, quel intérêt ? L'accès au soi, c'est précisément quand, en moi, je trouve quelque chose qui soit fécond pour tout le monde.»
      Car si rares sont ceux qui peuvent affirmer ne jamais s'être posé la question «Qui suis-je ?», on peut néanmoins s'interroger sur le sens de ce questionnement.

       A quoi sert de définir son identité ?

      François de Montfort distingue un double enjeu, à la fois pour soi et pour les autres : « II y a un enjeu de cohérence et d'unité. Et derrière la cohérence et l'unité, il y a des valeurs de paix et de fécondité. [...] qui appellent à la communication et à la communion.» Définir son identité est une façon de «faire l'unité de sa vie» pour la dire et la transmettre.
      Sur ce terrain, les entreprises pèchent bien souvent. Pour François de Montfort, «L'entreprise raconte souvent ses succès et uniquement ses succès, cela ne permet pas de comprendre l'entreprise. [...] L'identité, c'est aussi ces moments clés où l'entreprise a su survivre à des moments de doutes et d'incertitude. [...] Une entreprise doit trouver ou retrouver son identité pour pouvoir durer. [...] La survie de l'entreprise est dans l'équilibre entre respect de ses fondamentaux, son passé, sa vocation profonde et recréation permanente, en fonction du marché, du temps, des personnes...»

      Personnelle ou collective, la définition de l'identité est l'affaire de toute une vie tant l'équilibre entre changement et cohérence interne est vivant et toujours mouvant.
      N'y voyons pas une impossible quête mais peut-être plutôt une opportunité : «Dans le respect de l'identité et la valorisation de l'identité de chacun, il y a un peu de la biodiversité.
[...] Gommer l'identité d'une personne, sa richesse, ne pas lui permettre d'être ce qu'elle est relève du crime contre un bien commun.
»

***

Paru dans « Humanisme et société », la revue de l’IRCOM d’Angers

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