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Le billet de la semaine
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ELOGE DE LA FATIGUE
02/11/2011

Vous me dites, Monsieur, que j'ai mauvaise mine
Qu'avec cette vie que je mène, je me ruine
Que l'on ne gagne rien à trop se prodiguer
Et vous me dites enfin que je suis fatigué.
Oui, je suis fatigué, Monsieur, et je m'en flatte
J'ai tout de fatigué: le coeur, la voix, la rate
Je m'endors épuisé, je me réveille las
Mais grâce à Dieu, Monsieur, je ne m'en soucie pas
Ou quand je m'en soucie, je m'en ridiculise !
La fatigue, souvent, n'est qu'une vantardise !
On n'est jamais aussi fatigué qu'on le croît
et quand cela serait ! N'en a-t-on pas le droit ?
Je ne vous parle point des sombres lassitudes
Qu'on a lorsque le corps, harassé d'habitudes
N'a plus pour se mouvoir que de pâles raisons
Lorqu'on a fait de soi son unique horizon
Lorqu’on a rien à vaincre, à perdre ou à défendre
Cette fatigue-là est mauvaise à entendre !
Elle vous fait l'oeil morne, le front lourd, le dos rond.
Et vous donne l'aspect d'un vivant moribond.

Mais se sentir plier sous le poids formidable
De vies dont un beau jour on se fait responsable
Savoir qu'on a des pleurs ou des rires dans ses mains
Savoir qu'on est l'outil, qu'on est le lendemain
Savoir qu'on est le chef, savoir qu'on est la source
Aider une existence à continuer sa course
Et pour cela se battre à s'en user le coeur
Cette fatigue-là, Monsieur, c'est du bonheur !
Et sûr qu'à chaque pas, qu'à chaque assaut qu'on livre
On aide un être à vivre ou à survivre,
Savoir qu'on est la route ou le port ou le gué
Où prendrait-on le droit d'être trop fatigué ?

Ceux qui font de leur vie une belle aventure
Marquent chaque victoire en creux sur leur figure
Et quand le malheur vient y mettre un creux de plus
Parmi tant d'autres creux il passe inaperçu.
La fatigue, Monsieur, c'est un prix toujours juste,
le prix d'une journée de labeur ou de lutte
C’est le prix d'un travail, d'un mur ou d'un exploit
Non pas le prix qu'on paie, mais le prix qu'on reçoit
C'est la preuve d'un travail, d'une journée remplie,
C'est la preuve, Monsieur, qu 'on vit avec la vie!

Et vous me demandez d'aller me reposer !
Mais si j'écoutais là ce que vous proposez
Si je m'abandonnais à cette douce intrigue !
Mais je mourrais, Monsieur, tristement, de fatigue !!!

Robert Lamoureux