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Le billet de la semaine
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Lumignons
12/10/2011
      Sous le titre « Où en sommes-nous ? », Bruno Frappat publie dans La Croix du 9 octobre l’une de ses chroniques qui ne me laisse jamais indifférent. Aujourd’hui, il la débute par une liste non limitative des scandales et misères dont l’actualité est chargée et que je ne reprendrai donc pas. Puis, il évoque le film récent «Melancholia» dont il déclare «On sort groggy de ce film qui ne vaudrait pas une pensée ici s’il n’était pas réalisé de façon incroyablement efficace, professionnelle, de génie noir
      Tranchant avec les deux premières, la dernière partie de cet article rejoint sur le fond (et jusqu’au mot «lumignon»), l’éditorial de notre Lettre de France-Valeurs d’octobre. C’est pourquoi je la cite ici en me félicitant me trouver en communion de sentiments avec ce grand journaliste.
Jean Delaunay            
***

« Et puis non. Il faut se reprendre, se secouer le moral, renouer avec l'espérance.
Se retrousser mentalement les manches, voilà l'urgence du moment.
Considérer délibérément la face éclairée de l'humanité plutôt que sa face sombre, sans cesse explorée par les gros médias, qui préfèrent le sang et les cendres. Puiser dans les ressources énergétiques infinies de l'humanité. Dans un beau regard anonyme croisé, dans un sourire échangé sans espoir de gain ou de profit. Dans une solidarité qui se manifeste à bas bruit tandis que les malfaisances tonitruent. Écouter une parole de vérité, en tendant l'oreille vaillamment malgré le hourvari des faussaires et des désespérés. Suivre les chemins de traverse qu'aucun panneau audiovisuel ne signale. Se perdre dans les fourrés de la gratuité, du don, de la délicatesse, de la beauté qui persiste, échanges, livres, musique, prières silencieuses, modeste lumignon planté dans le sable, au fond des églises, souvenir qu'on caresse avec tendresse, ébahissement devant la patience à l'œuvre dans la nature (bêtes et plantes).

C'est à une sorte d'objection du regard et de l'écoute que nous devrions nous vouer, désormais.
À un refus de nous laisser engluer dans ce nihilisme désabusé que peut inspirer la période actuelle, ses faux-semblants cl ses trompettes crevées.
Un remue-ménage est nécessaire, fait de révolte et d'action, d'indignation (oui, elle fait du bien !) et de construction d'autre chose.
Chacun à son rang, dans sa catégorie, dans sa façon de vivre et de ressentir. Pour faire fuir cette planète Melancholia, ses pompes et ses oeuvres.
Il y a du boulot, et pour longtemps ! »

Bruno Frappat