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Le billet de la semaine
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Réponse à un camarade de 75 ans qui se dit fatigué de voir ce qu’il voit,
d’entendre ce qu’il entend et qui a peur de l’avenir pour ses petits-enfants.

05/10/2011
      Je ne vous connais pas mais je partage une grande partie de vos sentiments. Je me permets cependant de réagir en vous lisant. J’espère que vous ne considérerez ces lignes que comme le coup de trompette amical d’un grand ancien.
      J’ai d’ailleurs déjà répondu sur le même ton à d’autres vieux soldats dont l’un m’écrivait en substance : «Tout me dégoûte ! Du coup, je cultive mes roses et je vis dans mes souvenirs !»

      Moi aussi, je suis fatigué, d’autant plus que je suis, de loin, votre aîné. J’ai eu, comme vous, bien des occasions de souffrir, notamment par la France et pour la France. J’ai notamment laissé ma main droite en Indochine et mes dernières illusions en Algérie...
      Par ailleurs, je dénonçais déjà en 1985 le « cancer » de notre société dans mon livre «La Foudre et le Cancer» et je suis d’autant plus atterré de son effondrement actuel. C’est la raison qui m’a poussé à créer l’association France-Valeurs et à la maintenir à flot depuis plus de 25 ans.

      Cela dit, je crois que, pour vivre la fin de notre existence dans une certaine sérénité, il nous faut à la fois prendre du recul pour relativiser la situation actuelle, essayer de nous regarder et de regarder les autres avec humour et faire confiance à la vie.

      Recul.
Même si je reconnais que les médias constituent une formidable caisse de résonance pour les idées et les mœurs nouvelles, donc un élément historique sans précédent, je sais aussi que, depuis que les hommes sont sur terre, chaque génération exprime ses inquiétudes pour l’avenir en se référant à son passé.
      Rappelons-nous cependant les drames que la France a vécus depuis Clovis jusqu’aux deux guerres mondiales et tout ce qui en a découlé depuis … Et pourtant, le soleil a continué à s’y lever chaque matin, et des hommes et des femmes de bien sont apparus alors que tout paraissait foutu, des Français qui ont continué à faire la France

       Humour.
Mon éminent prédécesseur, comme CEMAT, m’a donné ce seul conseil: «Prenez votre tâche au sérieux mais vous, ne vous prenez pas trop au sérieux. Dites-vous chaque matin : tu n’es qu’un petit bonhomme ! Fais ce que tu peux et ce que tu dois mais ne te crois pas responsable de tout ce qui va mal dans le monde!»
      Sachons donc rire de nous-même - et des autres - surtout quand l’orage gronde!

      Faire confiance à la vie
      Pour fêter l’anniversaire de notre mariage, nous venons de réunir nos descendants. Chacun de nos foyers a son lot de soucis (certains graves) mais tous font face dignement à la situation. Il est vrai qu’ils ont gardé des repères et semblent vivre en conséquence. Cela me remplit d’espérance. En effet, je sais l’importance que jouent les minorités depuis que le monde est monde. Mon expérience du monde des prisons m’aide aussi à reconnaître ce qu’il y a de bon en chaque homme mais elle m’a surtout appris que la vie, c’est un bateau à piloter et non une forteresse à garder.
      Continuons donc à transmettre aux jeunes des principes sains de navigation et faisons leur confiance.
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      Au revoir, mon camarade. Essayons de tenir le coup jusqu’à la fin en continuant, malgré l’arthrose, à faire notre devoir et à dire très fort, de préférence en souriant, ce qui nous fait vivre.

      Nous le devons à tant de nos compagnons qui n’ont pas eu la chance de vivre vieux, eux qui sont tombés à 20 ans.
      Nous le devons à nos descendants pour qui, même perclus, nous restons des phares.
Serrons les rangs et serrons les dents !

Jean Delaunay            

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