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Le billet de la semaine
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Alerte à la pornographie !
31/08/2011
      Notre société contemporaine favorise de plus en plus la pratique effrénée du plaisir sexuel comme activité ludique et libératrice. La révolution de mai 68 n'est guère étrangère au développement de ce courant de pensée, qui prône désormais une hypersexualité à tout-va : “Fais ce que tu veux, comme tu veux, avec qui tu veux, quand et où tu veux, autant de fois que tu veux, ton corps t'appartient et tu dois en jouir !” C'est la culture de la jouissance sans entraves. D'où l'équation, dans l'esprit de nos jeunes : bonheur = plaisir.
      Par ce biais, l'industrie pornographique est maintenant devenue omniprésente jusqu'à tout envahir : télévision, sites internet, vidéo au vu et au su de tous.
      Les images pornographiques sont devenues, “le” nouveau modèle relationnel de référence, mais avec non-intégration des limites sexuelles... Résultat : les jeunes font désormais leur éducation sexuelle par le biais des films porno, et ce, de plus en plus tôt :
des cas sont signalés dès l'âge de 6-7 ans. Lorsqu'un enfant visionne de la pornographie à cet âge, les troubles occasionnés sont similaires à ceux des abus sexuels (perte du sentiment d'exister – de l'estime de soi - ambivalence – mort intérieure).

Sans faire de bruit
      Personne ou presque ne réagit contre les dangers d'une telle marée noire, car elle s'étend sans faire de bruit. Un ami me disait récemment : “Ce qui fait le succès d'un mensonge insidieux, c'est la part de vérité qu'il contient”.
      La sexualité est belle, elle est un instrument d'unité, de communion, d'épanouissement, de plaisir et de procréation. Mais comme tout ingrédient du bonheur, elle a un cadre, des repères, des limites, mais aussi des freins et des interdits pour des raisons sanitaires, sociales, morales, et chez certains, spirituelles. Ces dernières sont de plus en plus ignorées et piétinées. Le développement extrême de la pornographie et du libertinage sexuel a introduit une image faussée de l'amour : aimer, c'est coucher, privilégiant les mécanismes du corps sur ceux de l'être intérieur, et donc de la sentimentalité, jusqu'à en faire une véritable idolâtrie. Il a renversé l'ordre des valeurs, et c'est ainsi qu'une nouvelle frange de population est apparue : celle des dépendants sexuels.

Asservissement pathologique
      La dépendance sexuelle peut être considérée comme une véritable pathologie, qui mène à des désordres de tout ordre : en son nom des familles se brisent, des emplois sont perdus, des ménages s'appauvrissent, la délinquance sexuelle augmente.
      Cette dépendance produit le plaisir, mais aussi la déprime, la honte, la culpabilité ; elle détruit progressivement la vie intérieure de ceux et celles qui en deviennent prisonniers. Le but est d'avoir une brutale jouissance sexuelle, telle une substance dont on a besoin à heure fixe, mais à quel prix... C’est une addiction tenace, comme celle à l'alcool, au tabac ou à l'héroïne... On la surnomme aussi : sexolisme. Il s'agit d'un état d’asservissement, d’assujettissement, souvent à cause d’un déficit et d’un trouble psychologique et affectif.

« Les femmes sont des chiennes ! »
      A la longue, rien ne pourra arrêter un dépendant sexuel : ni sa conscience, ni sa moralité, ni ses principes et règles de vie, ni son engagement religieux. Il ne sera plus préoccupé que par le sexe, au même titre que l'alcool chez un malade alcoolique. Et d'ailleurs, le tiers des premières relations sexuelles chez les jeunes a lieu sous l'empire de l'alcool.
      Les caractéristiques d'une dépendance sexuelle sont les suivantes : un invincible désir de visionner de la pornographie ou d'avoir une relation sexuelle subite, une tendance à augmenter la consommation à cause d'un phénomène de tolérance, une dépendance psychique et physique à ses effets (liée à la sécrétion d'adrénaline et d'endorphines, mais aussi d'autres hormones) ; des conséquences nuisibles à l’individu, sa famille, sa vie sociale.
      Nous le savons, la pornographie n’explique pas comment rencontrer l’autre ; les ados se renferment dans un monde d’images virtuelles et sont déconnectés de la réalité. Ils ne savent donc plus quoi et comment faire avec l’autre, ni comment gérer leur sexualité ; les femmes sont présentées comme des objets sexuels uniquement, on les appelle d'ailleurs “des chiennes”. Les jeunes ont donc une image dégradante de la sexualité, ce qui les empêche de s'épanouir sexuellement, mais aussi sentimentalement.
      La pornographie exploite le fantasme et, à travers une projection de soi et de l’autre sur l’écran, elle fait se confondre l’imaginaire et le réel.

Normalisation des perversions sexuelles
      La pornographie est un substitut de l’amour, qui ouvre la porte aux perversions et aux passages brutaux à l’acte, avec les mêmes effets que ceux des mauvaises publicités, qui poussent à une mauvaise consommation. Le jeune voit des scénarios sexuels, s'y attache et s'y habitue, les intègre, les normalise puis les reproduit.
A l'extrême, ces scénarios peuvent se résumer par des viols (avec parfois des mises en scène de “tournantes”), des attouchements et abus sexuels, des pratiques sadomasochistes, mais aussi l'équivalent de scènes de prostitution (abattage, racolage, etc.).
      Voilà ce que notre société contemporaine a laissé se développer sans rien dire. Voilà la triste éducation qu'elle a indirectement inculquée à nos jeunes année après année. Les plus fragiles d'entre eux ont mordu à l'hameçon, et il n'est pas rare d'observer, en 2011, des appels à l'aide de jeunes qui n'arrivent pas à aimer ni à avoir une vie de couple à l'âge de 25 ans, - sentimentalité et sexualité confondues - et entrent en dépression. Ils ont déjà 15 années de porno dépendance derrière eux, pour la plupart d'entre eux.

La pornographie est une drogue

      Judith Reisman, auteur de “The Psychopharmacology of Pictorial Pornography” qualifie la pornographie visuelle d’”érotoxine”. “La pornographie agit sur le cerveau comme une drogue – c’est une drogue”. Regarder des films X déclenche une poussée d’adrénaline qui est ressentie dans le ventre et dans les organes génitaux, ainsi qu’une sécrétion de testostérone, d’ocytocine, de dopamine et de sérotonine, indique-t-elle. “C’est un véritable cocktail de drogues. La pornographie est un excitant extrêmement puissant, qui provoque flash et euphorie. Ce n’est pas un excitant sexuel, mais un excitant mêlant peur, sexe, honte et colère”. Selon elle, le 1er amendement de la Constitution américaine, qui garantit la liberté d’expression, ne devrait pas couvrir les images et les films pornographiques, car ceux-ci n’affectent pas le centre de la parole, mais “une zone cérébrale viscérale, non langagière, située dans l’hémisphère droit” du cerveau.
      La pornographie conduit au viol, aux meurtres en série, aux mauvais traitements infligés aux enfants et à l’impuissance, estime-t-elle. “Chaque fois qu’un homme regarde des images pornographiques, il éprouve de la honte et de la colère. Et il compromet sa capacité à réagir de façon normale…Il ne peut plus tomber amoureux d’une jeune femme, s’émouvoir de la ligne de sa nuque ou de la courbe de sa joue” (In Courrier International - août 2006).

       Quelques statistiques énoncées dans l'émission de télévision
“Le sexe dans tous ses états” du 18 février 2010 sur TF1 montrent l'envahissement de la pornographie chez les jeunes, et ses dangers :
      • chaque jour 266 sites pornos s'ouvrent dans le monde
      • 80 % des adolescents ont déjà visionné des films pornos (dont 1 enfant de 10 ans sur 3)
      • ils veulent tout tester et expérimenter sans limite, ils veulent "consommer"
      • 372 millions de pages pornographiques sont vues chaque jour dans le monde
      • le mot-clé le plus tapé dans les moteurs de recherche est “sexe”
      • 3 foyers sur 4 ont un accès internet, 74 % des 11-18 ans y passent trois heures par jour
      • un ado sur trois aurait reçu une proposition sexuelle d'un adulte, sur Internet
      • 750 000 pédophiles y sont connectés en permanence.
      Dans 20 % des cas, les diffuseurs d'images pédopornographiques tenteront de passer à l'acte sur des mineurs
      • en 2010, dans une famille sur deux, on ne se parle jamais de sexualité
      • la banalisation de la sexualité, le manque de dialogue avec les parents, le manque d'information engendrent des conduites à risque
      • les agressions sexuelles entre mineurs sont en très grande augmentation.
      D’après une étude de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM) menée par Marie Choquet en 2004, la propension des filles à faire des tentatives de suicide est multipliée par deux, si elles regardent assidûment des images X. Les autres conduites à risques, comme le tabac, l’alcool et la violence sont également amplifiées par les films pornos. Chez les garçons spectateurs de ce genre d’images, ils sont quatre fois plus ivres, fument 3,5 fois plus de cannabis et font le double de fugues.

      Certains faits divers récents, comme les “tournantes”, permettent d’établir le lien entre l’exposition fréquente à la pornographie et un comportement violent. Le danger principal reste le passage à l’acte pervers et violent.

Traumatismes précoces
       Les huit signes d'une dépendance sexuelle sont les suivants :
       • on ressent un manque
       • on désire soulager une souffrance
       • on désire se donner du plaisir
       • on ne ressent plus les mêmes effets aux mêmes “doses”
       • on a besoin de toujours plus
       • on perd le contrôle de ce que l'on fait
       • on vit perpétuellement en conflit avec soi-même et avec les autres, on leur ment
       • on combat souvent mais on rechute sans cesse dans ses passions.
      L'accro au sexe a souvent vécu des traumatismes précoces sans pouvoir les verbaliser, il souffre d'un profond besoin d'être aimé.
       Rappelons l'importance, pour guérir de la porno dépendance, d'être accompagné par une personne qui est spécialisée. C’est le sens de la pétition que nous avons lancée sur la question. Il s’agit d’une première étape dans l’action collective que nous souhaitons engager à la rentrée, afin de bloquer d’une façon effective l'accès des mineurs aux sites pornographiques. Et de mettre au point le traitement de ce genre d'addiction, ce qui aidera à définir puis explorer les racines d'un mal-être souvent existentiel. L'analyse de la dépendance à la pornographie doit être faite dans le contexte élargi des troubles de la dépendance mais également de la sexualité.
       Rappelons aussi comme l'aide d'un(e) confident(e) peut représenter un grand secours, à une période de la vie où l'on a perdu tout espoir d'être aimé pour ce que l'on est, et d'aimer.

Que fait la France ?
      En France, très peu d'études ont été faites sur le sujet. La plupart des études sont d'origine nord-américaine. Au niveau psychologique : la dépendance à la pornographie s'inscrit dans le schéma du circuit de récompense qui est le circuit des dépendances aux drogues.
      Au niveau médico-psychiatrique : la psychiatrie n'a pas reconnu officiellement la dépendance à la pornographie, et la considère comme un symptôme parmi tant d'autres dans certains troubles de la personnalité. Les tenants de l'existence de la dépendance à la pornographie (d'origine nord américaine) ont voulu l'inclure dans un domaine appelé “sex addiction”.
      Au niveau juridique : en France, il n'existe pas de décision jurisprudentielle au sujet de la dépendance à la pornographie. En Amérique du Nord, la loi reconnaît la maladie au même titre que le trouble d'achats compulsifs. Cela concerne notamment des individus étant amenés à transgresser la loi afin de consulter des sites pédophiles.
Philippe Auzenet
Administrateur de Famille et Liberté
Fondateur de l'Association OSER EN PARLER
www.oserenparler.com
lettre de famille et liberté 65: 30/06/11