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Le billet de la semaine
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Volontaire pour la Colombie
22/06/2011
      A ma sortie d’HEC, j’ai décidé de m’engager durant 15 mois avec Fidesco, ONG catholique qui envoie des volontaires de par le monde au service d’œuvres de l’Eglise.

      J’ai été envoyé dans la capitale colombienne, à Bogota, pour enseigner l’informatique dans un centre de formation tenu par l’Eglise et dédié à la population déplacée. Le déplacement forcé, phénomène peu relayé par les média français, concerne près de 10% de ce peuple attachant. Plus de 4 millions de personnes, en majorité des paysans, ont du fuir leurs terres chaudes sous l’effet de menaces, d’assassinat, d’expropriations, ou d’autres violences de la part de la guérilla – dont les tristement fameux FARC – les paramilitaires ou d’autres groupes violents. Ces familles bouleversées, souvent endeuillées, se retrouvent dans une ville immense et anonyme de 10 millions d’habitants, dans le froid (Bogota est à 2 600 m d’altitude) et la pollution, sans emploi et logés très précairement dans des quartiers où la violence, la drogue et les problèmes familiaux, sont leur quotidien. Par ailleurs, toutes les deux semaines, à l’occasion d’une initiation au rugby, je m’occupe pendant une matinée d’adolescents de ces quartiers, tâchant de les occuper, de leur partager ma foi et de leur transmettre des valeurs telles que l’effort, l’engagement ou l’amour du bien.

      Partir en volontariat obéissait à des motivations très diverses. La perspective de m’engager dans l’humanitaire m’a longtemps fait peur. Jusqu’à un stage aux Etats-Unis où un jeune collègue baptiste américain, de retour d’une semaine de volontariat au Honduras, m’a lancé : «Tu sais, tu devrais aller servir dans un pays pauvre, juste pour quelques temps, afin d’ouvrir les yeux sur ces réalités.» L’idée a fait son chemin et quelques mois plus tard, je déposais mon dossier de candidature à Fidesco.

      Mon désir à long terme est de servir mon pays dont j’ai énormément reçu. Partir au loin dans le cadre d’un volontariat pendant une longue durée, loin des préoccupations et du cadre français me semblait être un très bon moyen d’apprendre à se donner, pour mieux servir au retour. Les huit premiers mois écoulés ici le confirment : le volontaire Fidesco, envoyé par l’Eglise, se doit d’être le plus disponible à sa mission et aux plus nécessiteux. Par ailleurs, ayant grandi et étudié dans un milieu privilégié, j’ai eu peur que peu à peu, je perde la conscience de certaines réalités. Je ne sais ce que me réserve l’avenir, mais cette expérience me marque fortement et nul doute qu’elle restera gravée dans ma mémoire. Mon activité ici me permet de sortir la pauvreté de la théorie et de la découvrir dans sa réalité la plus nue : pleine de misère et d’espérance.

      Cette mission est aussi une formidable occasion de grandir. Loin de ses repères, immergé dans une culture (très) étrangère, au contact de réalités parfois dramatiques, le volontaire est à nu et apprend à se connaître davantage, tout comme la nature humaine. Je suis réellement fasciné par l’exemple de ces hommes et ces femmes, à la joie contagieuse, qui se battent quotidiennement pour leurs familles, accomplissant des journées et des nuits de travail épuisantes. Je pense aussi à ces jeunes femmes, souvent enceintes dès l’âge de 15 ans (quand cela n’est pas plus jeune), abandonnées par leur compagnon et qui rayonnent par leur sourire et leur volonté de s’en sortir.

      Si je ne devais retenir qu’une seule chose de cette expérience, ce serait ces héros ordinaires qui m’offrent au quotidien une superbe leçon sur l’espérance.
Baudouin            
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Fidesco


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