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Le billet de la semaine
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La croisée des chemins
25/05/2011
La concomitance entre le scandale DSK et la révision des lois de bioéthique au Parlement a suscité des réactions de bon sens que nous faisons nôtres à travers ces deux articles de nos amis
JD

La croisée des chemins
Par Marie-Joëlle Guillaume

      L’affaire Strauss-Kahn, survenant à la veille de l'examen en séance plénière, par l'Assemblée nationale, du projet de loi de bioéthique, est une illustration du dévoiement vertigineux de la hiérarchie des valeurs de notre civilisation. Quelle que soit l'issue de l'enquête, l’aventure du directeur général du Fonds monétaire international, symbole de la puissance de l’argent mis en principe au service du bien commun des peuples (…), donne froid dans le dos.
      L'actualité conduit à faire le parallèle avec le récent vote en commission de la loi de bioéthique à l'Assemblée. Les transgressions majeures s'y sont accumulées, les plus graves étant la levée de l'interdiction de la recherche sur l'embryon, et le dépistage de la trisomie 21 rendu obligatoire pour toutes les femmes enceintes. Or ce tremblement de terre, dont les premières secousses s'étaient pourtant déjà fait sentir au Sénat, s'est produit dans la frivolité, voire l'indifférence, puisqu'il a tenu à deux voix et à quelques absences.
      Nous voilà bien à la croisée des chemins.
      D'un côté, un libéralisme débridé, qui ne croit qu'à la volonté des forts et des puissants, prêts à tout écraser pour satisfaire leurs désirs insatiables.
      De l'autre, l'acceptation volontaire par les responsables politiques, au nom du bien commun, des injonctions de la raison.
      Cet exercice de la raison commence par la reconnaissance, en tout être humain, d'une transcendance, qui exige un respect sans conditions.
      La discussion finale sur la bioéthique s'ouvrira à l'Assemblée le 25 mai. L'enjeu est énorme, car nous risquons la barbarie. Refuser de voir qu'il n'y a pas de vie sociale civilisée, pas de justice, pas de construction politique vraiment humaine possibles si la loi fait de l'embryon, le plus faible d'entre nous, une chose qu'on trie et qu'on manipule, c'est un terrible aveu d'incompétence de la part des responsables politiques.
      C'est aussi une fantastique régression vers le totalitarisme des sociétés antiques, soumettant toute personne au bon vouloir de la cité. Le christianisme nous en avait délivrés.
      L'Église, elle, garde intacte sa confiance en la raison. Elle la propose à tout responsable politique de bonne volonté. Alors, parlons ! «S'ils se taisent, dit Jésus dans saint Luc, les pierres crieront! »
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Bioéthique : peut-on éviter le pire ?
par Emmanuel Pellat

      Jusque-là, la révision des lois de bioéthique semblait à peu près sous contrôle. Or, la commission spéciale à l'Assemblée vient d’entériner plusieurs modifications graves, dont la levée du principe d'interdiction de la recherche sur l'embryon.
       «Des mesures inhumaines ont été votées, et le mot est faible », réagissait le lendemain Jean-Marie Le Mené, président de la Fondation Jérôme-Lejeune *: « lever ce principe n'est rien d'autre qu'une incitation à l'exploitation de l'homme par l'homme». (…) Le vote en commission s'est joué à deux voix près. Plusieurs députés auraient manqué à l'appel...
      Pour Tugdual Derville, (ADV*) : « la majorité donne l'impression d'avoir cédé au lobby scientiste »
. Il faut dire qu'en plus de la recherche sur l'embryon, la commission spéciale de l'Assemblée nationale a entériné l'autorisation du transfert post-mortem des embryons, soit la possibilité pour une veuve de se faire implanter un embryon de son mari défunt issu d'une fécondation in vitro. La commission a également accepté le maintien du dépistage systématique de la trisomie 21.
       «Nous sommes extrêmement déçus, réagit Delphine Ollive, gynécologue, membre du Comité pour sauver la médecine prénatale. Nous espérions que l'Assemblée reviendrait sur le côté systématique de ce dépistage. Pourquoi en effet contraindre les médecins à le proposer à des femmes qui, bien souvent, n'en mesurent pas les conséquences ?»
      Emmanuel Laloux, au nom des parents de personnes trisomiques, dit : « Ma fille, handicapée, est attristée par ce qui se passe. Elle comprend que l'on est en train de stigmatiser un peu plus les gens atteint de trisomie 21 ! »
      Situation paradoxale aujourd'hui : la France lutte contre les discriminations et favorise l'intégration des personnes handicapées mais renforce le dépistage plutôt que l'aide aux femmes enceintes en détresse...
      (…)Le vote de la commission a suscité un vif émoi, (…) « La levée du principe d'interdiction de la recherche sur l'embryon met au grand jour nos contradictions sur les sujets de société. Mais le trouble est important, et je crois que le gouvernement en a pris bonne note... Si le vote en commission était entériné, les conséquences politiques pourraient être importantes. «À un an de l'élection présidentielle, je ne suis pas sûr que ce serait un message très mobilisateur pour nos électeurs. Et pas seulement pour les catholiques...»
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Extraits d’articles parus dans Famille Chrétienne du 21 mai2011





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