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Le billet de la semaine
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E–TIC
18/05/2011
      Qu’est ce qui va profondément marquer ce temps ?
Impossible de répondre à cette question mais une chose est sûre la pénétration inexorable des technologies issues du numérique va continuer à transformer nos vies.
Pour le meilleur, et pour le pire...

      A tel point que ses effets n'intéressent plus que les seuls spécialistes du comportement. Plusieurs ouvrages et articles nous interrogent : du «Google nous rend-il idiot ?» de Nicolas Carr, livre d'un professeur de littérature américain qui contemple avec effroi les effets des nouveaux médias sur le niveau culturel des jeunes, des voix se font entendre.

      Bien sûr, la question n'est pas neuve. Dans l'Antiquité, Socrate lui-même s'inquiétait du développement de l'écriture et de la transformation que son usage pourrait entraîner dans la nature même du jugement et de la compréhension. Au XVe siècle, l'arrivée de l'imprimerie de Gutenberg déclencha une autre série de polémiques. L'italien Hieronimo Squarciafico craignait qu'un libre accès aux livres conduise à la paresse intellectuelle, rende les hommes "moins studieux" et affaiblisse leur esprit. Bien plus tard, dans les années 1960, Marshall Mac Luhan avait bien vu que les nouveaux médias, s'ils fournissaient les bases de la réflexion, modelaient aussi le processus de la pensée. Bref ! Le débat est ancien et même s'il est trop tôt pour mesurer objectivement les conséquences de ces nouvelles technologies, une chose est sûre : elles ont un impact fort.

      Et tous les éducateurs, tous ceux qui ont la responsabilité d'encadrer et de former des jeunes doivent en tenir compte. Car il faut se poser la question de savoir comment et à quelle condition il sera possible d'inciter à la réflexion, à la prise de recul, au mûrissement de la pensée quelqu'un qui vit dans l'instantané et la sollicitation permanente ?

      Plusieurs pistes viennent spontanément à l'esprit. D'abord la place de l'outil ! Aussi merveilleuses qu'elles soient, ces technologies du numérique restent un outil. Il faut apprendre à les utiliser comme le souffleur de verre doit apprendre à cueiller (et non cueillir) une paraison, manipuler une «mouillette» et souffler dans une canne. L'apprentissage est long mais nécessaire (5 à 15 ans pour former un souffleur de verre) et il faut commencer tôt! *

      Ensuite il faut imaginer des temps et des lieux de «sevrages». Car nous voilà menacés par le fameux TDHA (trouble déficit de l'attention-hyperactivité) que l'on diagnostiquait jusqu'à présent chez les «enfants agités». Il faut redécouvrir la fécondité du silence, du face-à-face avec soi-même et se souvenir que «tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de savoir pas demeurer au repos dans une chambre»!

      Enfin, il faut redonner toute leur place aux maîtres. Non pas aux enseignants ou aux professeurs qui se trouvent aujourd'hui singulièrement concurrencés par internet et toutes ses sources de connaissances et d'informations mais au maître.
      Celui qui, en offrant ce qu'il sait, se donne lui-même ; celui qui vit son cours au point qu'il est ce qu'il dit ; celui qui connaît ses élèves et parvient, malgré les pesanteurs du temps et les humeurs du moment, à les entraîner dans son «royaume». Celui-là saura faire oublier jusqu'à la puissance des moteurs du net !

      Car, comme le dit Bernanos «être informé de tout et condamné ainsi à ne rien comprendre, tel est le sort des imbéciles.» Ces pistes, me direz-vous, sont bien légères au regard de la déferlante actuelle. Dans l'ordre des moyens, elles font appel à notre imagination mais elles ont pourtant toutes un dénominateur commun :

remettre la personne, la relation et la communication au cœur de l'éducation.

C'est le voeu que je formule pour tous les éducateurs (parents, enseignants, managers de la «génération Y») pour cette décennie qui commence !

Pierre Collignon
Directeur de l’IRCOM d’Angers
Soufflage du verre


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