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Le billet de la semaine
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Actualité et devoir de mémoire
11/05/2011
       Une partie au moins de l’opinion mondiale se réjouit du succès de l’opération qui a abouti à la mort de Ben Laden, figure de proue de l’odieux terrorisme international. Ce fût une réponse différée et limitée mais martiale et symbolique à l’attentat de New York du 11 septembre 2001.
       Cette relative satisfaction est cependant teintée d’inquiétude quant aux suites possibles de ce coup de main exemplaire, compte tenu surtout du véritable maëlstrom qui secoue le monde arabo-musulman, de l’instabilité émotionnelle chronique de celui-ci et des inconnues qui en découlent.
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       En ce qui me concerne, je salue le succès de cette entreprise fondé sur une recherche patiente et discrète du renseignement, sur une préparation minutieuse et sur une exécution vigoureuse.
       (Je l’apprécie d’autant plus que plusieurs opérations militaires menées par les occidentaux depuis la fin de la 2° guerre mondiale avaient abouti à des revers : opération de la baie des Cochons à Cuba 1961, tentative de libération des otages de l’ambassade américaine à Téhéran en 1980...)
       J’espère cependant que l’effet psycho-politique durable de l’évènement sera à la hauteur du bruit médiatique qu’il occasionne.
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       A partir de ce fait d’actualité, je voudrais revenir un instant sur le devoir de mémoire.
Il se trouve en effet que, cette semaine, nous aurions dû rappeler deux dates qui n’ont guère fait la «Une» des médias, alors que ces évènements ont marqué profondément notre génération et changé le cours du monde: ce sont l’anniversaire de l’armistice du 8 mai 1945 et celui de la chute de Dien Bien Phu le 7 mai 1954.
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       Discutant précisément, cette semaine, du devoir de mémoire, avec un historien, nous en arrivions aux conclusions suivantes :
  1. oui la connaissance du passé est nécessaire aux jeunes, sinon pour prédire l’avenir, au moins pour se placer dans une certaine continuité et pour prendre conscience de leurs racines.
           A cet égard, c’est une ardente obligation pour nous, les anciens, de leur passer le témoin, nous qui serons bientôt les derniers à pouvoir attester de ce que nous avons vécu.
  2. Cela dit, me rappelait mon savant interlocuteur, il est plus facile de décrire les évènements en tant que tels que de comprendre l’enchaînement qui les occasionne. Or, c’est précisément cette vision synthétique qui est utile, notamment aux élites de demain.
  3. Par ailleurs, les deux grands écueils à éviter par l’historien sont une certaine banalisation du passé et sa déformation, par présentation orientée ou par occultation partielle.
           Par banalisation, j’entends le fait de vouloir à tout prix chercher une similitude entre un évènement et un autre, ou une époque et une autre. (A cet égard, à titre d’exemple, le terme «génocide» est aujourd’hui abusivement employé, même quand il concerne des massacres interethniques…)
           Quant à la présentation orientée des faits, leur grossissement ou leur occultation, il n’est qu’à lire les chapitres concernant le communisme ou la colonisation de beaucoup de nos manuels d’il y a 20 ans (et peut-être ceux d’aujourd’hui) ...
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       Il est question actuellement de comprimer encore les programmes scolaires en ce qui concerne l’histoire.
Là-dessus, l’universitaire éclairé que je découvrais et le vieux soldat que je suis s’accordent pour regretter cette mauvaise action fondée sur des considérations d’intérêt immédiat.
       Seule la connaissance réfléchie et méditée du passé donne aux futurs responsables la vision globale et le sens du long terme qui caractérise - sinon les grands hommes - au moins les vrais décideurs.
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       En ce qui nous concerne, nous les has been, que l’actualité nous incite à transmettre à nos descendants le flambeau de notre connaissance et de notre expérience du passé. Ils en feront ce qu’ils voudront ou ce qu’ils pourront.
       Essayons au moins de leur éviter d’être de ces «infirmes historiques» qui font du mal à la France.
Jean Delaunay             
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