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Le billet de la semaine
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L’engagement
16/03/2011
      Il y a longtemps, j'étais jeune officier, je participais à une guerre cruelle et oubliée aujourd'hui, qui s'est déroulée dans un pays lointain.
      Je précisais, à l'intention de l'un de sous-officiers, une mission dangereuse, que je lui confiais. Le tremblement de ma voix trahissait sans doute mon angoisse, celle qu'on éprouve parfois dans la vie, quand on est mené à orienter un homme sur une route, où il risque de rencontrer la mort. Ecoutant mes propos, pendant quelques secondes, le visage de mon sous-officier s'éclaira d'un sourire. Doucement, presque imperceptiblement, il prononça :
« Mon Lieutenant, je vous prie de préciser la mission. Le reste, l'engagement, je connais la musique!».
      Quelques heures après mon interlocuteur était mort, touché. En plein coeur, pendant un dur accrochage, qui s'était déroulé juste après notre conversation. Un jour, il s'était engagé et, à plusieurs reprises, il avait été au bout de ses engagements !
      Depuis, tout au long de mon destin, cette phrase me trotte bien souvent dans la tête !
      Oui, l'engagement est un mot terrible, lourd de contenu et de conséquences. Il ne suffit pas d'avoir la volonté de le tenir, mais il faut en avoir la force. Cette force découle de la lucidité, de la responsabilité et du courage. Je ne suis pas un disciple de Machiavel.
      Le mensonge, le double langage, les non-dits ne sont pas des armes efficaces. Dans certaines circonstances, ils conduisent à des drames. Les hommes et les faits doivent apparaître à ceux qui agissent tels qu'ils sont et non, tels qu'on souhaiterait qu'ils soient.
      Personne ne peut longtemps présenter un visage à la foule et un autre à lui-même, sans finir par se demander lequel est le vrai.
      Quand nous souffrons de notre sort, nous en rendons responsables le soleil, la lune et ou les étoiles. Nous avons toujours l'obsession plus ou moins consciente, de mettre sur les épaules d'autrui, les malheurs qui nous frappent. Mais c'est en nous, qu'il faut chercher la source de nos épreuves. En effet, chacun a, au plus profond de lui-même, les capacités et les compétences de faire de lui, ce qu'il désire être.
      Yahvé dit à Caïn : « Où est Abel, ton frère ? » II répondit : « Je ne le sais pas, suis-je le gardien de mon frère ? » N'accusons jamais la mer de notre second naufrage. La vie est à monter et non pas à descendre. II est préférable de rencontrer la mort en faisant trois pas en avant, que de vivre un siècle en faisant un seul pas en arrière.
      Protégeons cette lumière qui transperce la brume, devant laquelle s'évanouit la terreur de la Mort. Les hommes ont besoin du courage, sans quoi, ils sont perdus. Il leur en faut, rien que pour se lever le matin, labourer un champ en pleine guerre, mettre au monde des enfants dont l'avenir est sans espoir. Voilà le rude courage.
      Le vrai courage, c'est peut-être plus simplement de ne pas avoir peur d'avoir peur.
      Comme il ne restait pas d'autre solution, il choisit deux formes d'héroïsme toutes proches : l'engagement et la fidélité.

Hélie de Saint Marc            

Paru dans le Bulletin de l’IRCOM Angers Janvier 2011

Hélie de Saint Marc (Wikipedia)
Site officiel d'Hélie de Saint Marc


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