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Le billet de la semaine
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Petit éloge de l’Interdit
10/11/2010
      “Je n’ai pas le non" facile..., disait cette jeune mère en consultation. Avec mes enfants, j'ai du mal à interdire. Je préfère les encourager»...
      Il est vrai, pensais-je en l'écoutant, qu'il est bien difficile de dire non aujourd'hui, parce que d'une façon générale, il n'y a grand-chose qui dise non dans notre culture.
      Nous vivons dans une euphorie du oui.
      Nous nous grisons dans tous les possibles. Comment refuser à un enfant ce que notre société de jouissance permet et encourage ce qui légitime l'interdit, c'est la promesse. Quand un parent dit à son enfant:
      «Non, tu ne peux pas. Pas maintenant, pas tout de suite..., mais plus tard, quand tu seras grand..»,
il interdit mais il désigne une voie, au sens fort, «il laisse à désirer...»

      En revanche, si tout est permis, si tout est donné d'avance, où réside l'espoir? À quoi bon grandir?
      Il y a une illusion à penser qu'un enfant, futur adulte, puisse se vitaliser, se fortifier dans une éducation sans interdit. Le désir - entendons le désir de vivre - ne naît pas de lui-même. Pour advenir, il a besoin d'être empêché, contré, frustré. Sans conquête, il n'est pas. C'est précisément ce que nous observons aujourd'hui : une anémie du désir, une fatigue ou une usure de fond qui dissuade le mouvement même de la vie... Derrière un certain nombre de dépressions ou d'addictions survenant à l'âge adulte, on entrevoit un enfant mal limité, peu cadré, abandonné à lui-même. Dans la même logique, le pédiatre Aldo Naouri * note que 95 % des enfants ou adolescents qui présentent des troubles psychiques souffrent d'une carence éducative.

      Le désir, c'est le lieu le plus fragile de l'homme contemporain.
      Nous gagnerions, sans doute, à nous souvenir que l'enfance n'est pas le temps de l'actualisation mais celui de la fondation. Elle est une période où tout est en puissance, en virtualité d'accomplissement. À l'échelle d'une vie longue, ce temps est essentiel. L’espérance de vie ne cesse d'augmenter. Nous construisons des hommes et qui, pour un certain nombre, des centenaires. Notre mission éducative à poser les bases d'un psychisme : non seulement tenir la durée mais encore s’adapter à un monde de plus en plus rapide. La maison restaurée, il s'avérera peut-être nécessaire de renforcer un mur, de redistribuer l’espace, de créer des ouvertures mais on ne touchera plus aux fondations.

      Oser le « non », c'est parfois difficile mais le prononcer à bon escient, c’est aider un enfant à trouver le lieu de son désir et en prendre soin. C'est construire demain.

      Voilà, ce que j'aurais aimé dire à cette mère inquiète et à quelques autres.
Catherine Terninck            
Psychanalyste            
La Croix du 13/ 10/10            
***
* Aldo Naouri

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