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Le billet de la semaine
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Qu’il ait tort ou qu’il ait raison
5/07/2006

      S’agissant (entre autres) de la mémoire, notre société me semble nager en pleine contradiction.
     Un Tribunal administratif Français vient par exemple de condamner la SNCF pour avoir transporté des malheureux Juifs déportés pendant l’Occupation. Je trouve ce jugement étrange sur le fond, le Tribunal semblant ignorer que nous étions alors durement occupés et que nos chemins de fer étaient réquisitionnés...
     Cette nouvelle affaire me trouble alors que je me remets à peine du déplorable aller et retour législatif sur les aspects positifs de la colonisation.
     Je déplore aussi que, lors de la rédaction de la constitution Européenne, les mêmes dirigeants aient refusé de reconnaître nos racines Chrétiennes alors même que notre sol est couvert de cathédrales, de chapelles et de calvaires…
     Paul Ricoeur constate, dans « La Mémoire, l'Histoire, l'Oubli »: «l'inquiétant spectacle que donne le trop de mémoire ici, le trop d'oubli ailleurs, pour ne rien dire de l'influence des commémorations et des abus de mémoire - et d'oubli».
     Jean-Pierre Rioux, un autre historien, écrit : «La France perd la mémoire comme on perd la boule, la main ou le nord». Il dénonce « cet épuisement du roman national qui a abouti à cette mémoire collective nationale «en charpie (...), avec bouffées délirantes à répétition». Or, selon Patrice La Tour du Pin, «tous les pays qui n'ont plus de légendes seront condamnés à mourir de froid, (les «Trente Mémorieuses»)

     En fait, tout se passe chez nous comme s’il y avait « un bon » passé, politiquement correct, et « un mauvais ». Dans cet esprit, certains médias donnent la parole quelques mutins de 1917 plutôt qu’aux millions d’héroïques poilus, aux « porteurs de valises du FLN » de 1957 qu’aux paras et qu’aux harkis( et le Boudarel, le tortionnaire de nos prisonniers du sinistre camp Viet 113 au Tonkin est mort impuni, dans son lit dans l’indifférence générale.)
     Rioux souligne les étapes de cette entreprise de démolition de la mémoire commune, seule garante d'une société capable de regarder vers l'avenir: il stigmatise notre « incapacité a trier, sélectionner et hiérarchiser» le passé, la défaite de la raison, l'avènement au nom du «devoir de mémoire», d'une «démocratie d'émotion et de compassion (qui) sanctuarise à tout hasard des bouts d'histoire disjoints, des bribes de passé en charpie, pour apaiser des porteurs de mémoires qui la mettent au défi et la provoquent impunément».
     « Faute de se situer dans le passé et de se projeter dans l'avenir une société est inintelligible, s'enferme dans son opacité, s'immobilise puis entre en convulsions, avant d'agoniser. »


     En ce qui me concerne, je résume à ma façon simpliste la thèse de ce livre : « Nos anciens nous ont fait ce que nous sommes. Nous sommes solidaires d’eux. C’est tout notre passé qu’il nous faut assumer !

     Et je regrette de devoir traduire de l’anglais la belle formule « Right or wrong, my country ! » Qu’il ait tort ou qu’il est raison. C’est mon pays !

Jean Delaunay

La France perd la mémoire, Jean-Pierre Rioux, Perrin, 224 p, 16 € _.
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