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Le billet de la semaine
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Silence !
29/09/2010
      En contrepoint des bavardages médiatiques sur la façon de libérer nos malheureux otages enlevés récemment en Afrique sahélienne et ceux qui ont été capturés, il y a déjà des mois, en Afghanistan, je préconiserais la bouche cousue.

      D’abord, parce que nos adversaires ne peuvent que se réjouir de la place que tiennent leurs méfaits sur nos ondes et sur nos écrans. En effet, ils cherchent surtout à faire parler d’eux et à nous intimider. En donnant de la publicité à leurs exactions, nous tombons dans leur panneau : nous leur rendons un immense service, d’autant plus qu’ils savent admirablement exploiter nos moyens de communication moderne.

      Ensuite, parce que, la stratégie terroriste étant fondée sur la surprise, la ruse et la clandestinité, le contre-terrorisme se doit d’utiliser les mêmes méthodes : recherche patiente, minutieuse et discrète des renseignements indispensables à l’exécution des opérations, préparation soignée de celles-ci , en laissant une large place à ce qu’on appelle, en langage militaire, la déception.

      C'est l’art de tromper l’adversaire sur ses véritables intentions et ses objectifs réels. Cela suppose notamment de jouer l’intox et de monter des diversions comme celles que les alliés ont magistralement réussies, en 1944, en masquant jusqu’au dernier moment le véritable objectif du débarquement du 6 juin sur les plages normandes. En feignant d’intensifier leurs préparatifs en direction du Pas de Calais, ils ont littéralement leurré Hitler.

      Il faudrait donc que nous sachions adapter cette stratégie aux conditions nouvelles et contraignantes des affrontements d’aujourd’hui. Or, autant, il était relativement aisé de déceler des colonnes blindées sur des routes d’Europe et des cuirassés sur la mer, autant il est aujourd’hui difficile de repérer de petits groupes de talibans dans le désert et dans les montagnes

      Cette adaptation supposerait d’abord de garder le secret sur ce que nous savons de l’adversaire et sur les opérations que nous envisageons contre lui. Or, sous couleur sans doute de rassurer l’opinion et de lui montrer qu’on ne se désintéresse pas en haut lieu du sort des otages, on laisse publier ce que je considère comme de dangereuses indiscrétions.

      A cet égard, il me semble qu’il y a une certaine incompatibilité entre une politique d’effet d’annonce en direction de l’opinion publique nationale et une contre-offensive réaliste et efficace.

      Nous qui avons vu de près la guerre révolutionnaire, nous connaissons l’importance du silence et du secret en matière opérationnelle.

      Cela ne me paraît pas contradictoire avec ce que le Président de la St Cyrienne écrivait, ici même, il y a une semaine sous le titre : «Armées : un urgent devoir d’expression».

      Autant l’Armée devrait montrer davantage son rôle dans le pays, en s’arrachant à sa tradition de «grande muette», autant elle doit obtenir qu’on fasse silence dès lors que la vie et la liberté de nos malheureux concitoyens sont en jeu. Les oreilles ennemies vous écoutent*, répétait - on en 1914/18…

Jean Delaunay            

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