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Le billet de la semaine
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Jardinage et poésie : éloge de la Culture
01/09/2010
       Nos petits enfants et leurs enfants sont partis. Finie l’animation joyeuse que mettaient les aînés au retour de leurs courses en montagne - des courses que j’ai faites moi-même bien souvent - et les plus petits courant en tous sens dans le jardin après avoir connu leur premières baignades en eau libre dans notre superbe lac d’Annecy.
      Nous sommes de nouveau au calme et je peux consacrer beaucoup de temps à mon jardin.
      Assis sur un pliant ou allongé pour être plus près du sol, je nettoie, je désherbe, je bine, je coupe les fleurs fanées et les branches mortes. C’est de la détente pure, après des journées d’intense joie familiale. Je ne pense à rien sinon à mon minuscule travail. De temps en temps, je me redresse pour détendre mon dos (très) endolori et contempler le magnifique paysage qui m’entoure...

      Et puis, chose nouvelle et étrange alors que, comme tous les anciens, j’ai tendance à perdre la mémoire, et même à oublier le nom de mes amis… des vers me viennent spontanément à l’esprit, des vers que j’ai appris il y a plus de trois quarts de siècle.

      A cette époque lointaine, j’avais eu la chance, plusieurs années de suite pendant mes études secondaires, d’avoir le même remarquable et redoutable professeur de lettres. Il était à la fois passionnant et très exigeant avec nous. Il nous imposait notamment d’apprendre par cœur, chaque jour, non seulement de longues tirades des auteurs classiques français au programme mais aussi l’intégralité des textes latins et grecs qu’il nous avait donnés à traduire en version.
      Du coup, cette intense gymnastique des neurones m’a doté d’une excellente mémoire laquelle m’a été très utile dans la vie.
      Aujourd’hui donc, tout en cultivant mon jardin (sans le moindre MP 3 à l’oreille), j’ai la chance de pouvoir me réciter à moi- même les incontournables fables de La Fontaine, des sonnets de Ronsard ou de du Bellay, «la Consolation à du Périer sur la mort de sa fille» de Malherbe… Au fil de mes plate-bandes, se succèdent, si j’ose dire, les répliques du Cid alternant avec la tirade des nez de Cyrano ( héritage familial plutôt que scolaire… ) et avec « Les conquérants» de Hérédia en passant par «le Lac» de Lamartine, des vers de Musset et de Vigny, et des poèmes entiers de Victor Hugo…
      (Seul manque à mon répertoire le tendre Racine dont je ne comprends pas pourquoi j’ai quasi oublié même Phèdre et Iphigénie…)

      Comble du bonheur, ces étonnantes retrouvailles littéraires m’ont donné envie de reprendre un vieux livre, une édition bon marché d’une anthologie de la poésie française, que je n’avais pas ouvert depuis trente ans. J’y ai retrouvé d’autres vieilles connaissances…
***

      Quelle chance a eu notre génération de pouvoir acquérir de sérieuses connaissances scientifiques tout en étant littéralement imbibée de culture classique.
      Merci à nos professeurs. Grâce à eux, j’ai pu goûter pleinement la vie…
Grâce à eux, je ressens moins mes courbatures d’aujourd’hui !
Jean Delaunay            


Poésie : les grands classiques
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