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Le billet de la semaine
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Fragilité, quand tu nous tiens !
26/05/2010
de Gontran Lejeune,
Président national du Centre des Jeunes Dirigeants

      J'ai reçu ce matin dans mon entreprise, une dizaine de colis. J'admire ces cartons parfaitement emballés avec l'étiquette "fragile" bien en évidence. Mes yeux restent attachés à ce mot qui me bouscule. Je me surprends à imaginer des étiquettes "fragile" sur chacun de nous ! Avec tout ce qu'on entend en ce moment, on peut dire que ce n'est pas franchement le rêve : mondialisation, concurrence, suicides, licenciements...

      Et moi, en tant que dirigeant d'entreprise, que puis-je vraiment promettre à mes salariés ? Plus de performance, plus de consommation, plus de compétences.

      Ne marche-t-on pas sur la tête ? Allons-nous continuer cette partie d'échec les uns contre les autres ? Pourtant, je me dis que je n'ai pas le choix : ce n'est pas moi qui fixe les règles. Mais voilà que je n'arrive plus à décoller mon regard de ces étiquettes "fragile" en me demandant si nous ne valons pas mieux que ces cartons pour lesquels on prend tant de soin ? Qui est fragile dans mon entreprise ?
      Moi d'abord : tout est devenu si complexe. Mes collaborateurs aussi.
En fait nous sommes tous fragiles à un moment ou à un autre et il faut considérer cette fragilité comme une composante essentielle de nous-mêmes.

      Tenir compte de cette fragilité plutôt que de la nier, n'est-ce pas la bonne solution ? Dépendre de l'autre n'est pas une aliénation mais plutôt une chance si la relation est ancrée dans la confiance. Ne pas avoir toutes les compétences mais avoir besoin de celles des autres est une immense richesse. A l'heure, où tout le monde parle de l'innovation comme une issue de secours, celle qui consiste à accueillir la fragilité des uns et des autres n'est-elle pas la meilleure ?

      Et puis de toute façon, je me rends bien compte qu'il va falloir apprendre à aimer l'incertitude qui ne se réduit pas à l'absence de certitude mais qui est peut être la condition de l'émergence du nouveau.

      Mon objectif alors sera de me concentrer sur les relations humaines plutôt que sur les ressources humaines.

      Les ressources, ça s'épuise, les relations, ça se construit !
***
Paru dans le bulletin de l’IRCOM de Mai 2010



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