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Le billet de la semaine
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« Dans ma peau »
31/03/2010
      Un livre récent m’a beaucoup marqué. L’auteur, un homme jeune, sensible et cultivé, dirige le Mémorial de la Grande Guerre, implanté dans la Somme.
      Cette région a été, entre 1914 et 1918, le théâtre d’affrontements particulièrement sanglants.
      En effet, en 6 mois, à partir du 1° juillet 1916 , 420.000 soldats britanniques y ont été tués, avec 200.000 français et 437.000 allemands (soit 2 morts par mètre carré de terrain !..).
      Ce conservateur se passionne pour sa mission. Vivant au milieu des tombes, il a agencé son musée adjacent pour l’édification des visiteurs et pèlerins d’aujourd’hui,. Il y fait revivre, d’une certaine façon, ces tommies de 20 ans, des pals (copains) de villages anglais venus s’engager ensemble et fauchés côte à côte, mêlant leur sang à celui de leurs camarades venus du Canada, d’Australie ,d’Inde ou d’ailleurs, pour soutenir nos poilus face à leurs redoutables adversaires.
      Cette noble tâche de mémoire le fait vivre, littéralement : il s’y consacre à plein.
      Or, il est frappé, en pleine activité, par une atroce maladie, mystérieuse, qui lui enlève progressivement ses moyens physiques. Il trouve cependant des mots - et quels mots !- pour expliquer son drame.

       « Mon corps est un carcan : je suis prisonnier d’une gangue de chairs et d’os. Je bataille pour marcher, pour parler, pour écrire, pour mouvoir des muscles qui m’écharpent à chaque moment. Mon esprit ressasse d’identiques rengaines ; je ne vois plus les sourires de mes enfants, ni les tendres regards de celle que j’aime ; je ne vois que mes mains qui tremblent, mes bras qui peinent à amener la nourriture à la bouche et mes jambes qui ploient sous le poids d’un corps devenu trop lourd. Je ne suis plus qu’un homme mal assis qui songe sans fin, et si j’ai aimé ce corps, je le hais à présent. Nous cohabitons désormais et il a le dernier mot en tout ; je ne me suis résolu à cette idée que contraint.»

      Il a entrepris d’écrire ce livre « Dans ma peau » où il y entremêle, de façon poignante, le récit du calvaire des combattants de la Somme et le sien propre. Il nous confie comment, la mort dans l’âme mais la tête froide, il devra se résoudre, à bout de forces, à transmettre le flambeau de son Mémorial à un successeur.
      Au lieu de se lamenter sur son destin personnel, Il nous livre là un merveilleux message de courage, de dignité et de vérité.

       « C’est le musée qui m’a sauvé, sauvé de la dépression, du désespoir, c’est le musée qui a allumé en moi cette petite flamme, que, désormais, j’aurai tout le temps de faire grandir. Au travers de la souffrance de cette multitude, c’est ma souffrance que j’ai appris à respecter et à accepter.»
***

Un petit volume mais un GRAND LIVRE, superbement écrit de surcroit !
Un récit pathétique mais qui fait du bien !
Jean Delaunay           
***

Le Prix Essai France Télévisions 2010 lui a été décerné le jeudi 25 mars 2010 au cours de l’inauguration du Salon du Livre de Paris.

« Dans ma peau »
par Guillaume de Fonclare
Né à Pau en 1968, Guillaume de Fonclare a grandi près d’Aix en-Provence.
Depuis 2006, il est le directeur de l’Historial de la Grande Guerre à Péronne (Somme).
C’est son premier récit.
Editions Stock. 118 pages. 13 €



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