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Le billet de la semaine
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Les Africains
14/06/2006

      Ni tube à la mode… Ni grande musique… Ni haute poésie... C’était simplement le chant des soldats de l’Armée d’Afrique, celle de la Libération qui regroupait des engagés de l’armée d’Armistice, des « pieds- noirs » mobilisés, des évadés de France par l’Espagne… fraternellement unis à des dizaines de milliers de tirailleurs, spahis, goumiers et tabors maghrébins …
      Ce chant a résonné à bord des bateaux des deux débarquements de 1944 : 2° DB en Normandie et 1° Armée en Provence. On l’a peu entendu dans la neige d’Alsace, ni lors du passage du Rhin sous les obus... En revanche, avec quelle joie, nous le lancions le 8 Mai 1945 quand la victoire eut été acquise, chèrement acquise :
« C’est nous les Africains qui revenons de loin,
nous venons d’la colonie pour défendre not’ Patrie,
nous avons laissé là bas , nos parents, nos amis
et nous avons au cœur une invincible ardeur
car nous voulons porter haut et fier,
le beau Drapeau de notre France entière,
et si quelqu’un venait à y toucher,
nous serions là pour mourir à ses pieds !
Battez tambours, à nos amours !
Pour la Patrie, pour le pays, mourir bien loin
C’est nous les Africains ! »


     Pourtant, depuis le putsch de 1962, ce chant était jugé séditieux et même interdit dans nos armées comme susceptible de rappeler et de glorifier l'OAS...
     Quelles n'ont donc pas été notre surprise et notre joie, à nous les anciens, d'apprendre qu’il avait été applaudi tout récemment… lors de la remise des prix du festival de Cannes, chanté par plusieurs comédiens d'origine maghrébine.
     Ceux-la venaient de tourner le film « Les indigènes ». Il rappelle la part prise par les maghrébins de l'armée d'Afrique à la Libération et il a mérité le prix d'interprétation masculine. Leur équipe était menée par Jamel Debbouze, petit fils de tirailleur. Pour ces artistes, c’est une grande satisfaction que cette distinction bien méritée
     Pour nous qui avons connu jadis la fraternité du combat et qui avons d’autant plus souffert de voir, ces années-ci, la Marseillaise sifflée et le Drapeau Français bafoué lors du match de football France Algérie, ce message lave en partie l'affront du stade de France… et bien d’autres, plus récents.
      Je trouve beau que ces jeunes hommes rendent hommage au courage de leurs parents tombés pour la Libération de France. J’apprécie encore plus le fait que ceux qui font passer ce signal d'amour et de loyauté, très méritoire dans les circonstances actuelles, soient issus des mêmes cités que les casseurs de nos banlieues.

      Dans la guerre d’aujourd’hui, la guerre des idées, cet évènement mineur correspond un peu à la prise d’un piton pendant la campagne d’Italie. C’est un point marqué... Mais il nous faudra encore « conquérir beaucoup de pitons » pour transformer les mentalités et remporter la Victoire contre le «politiquement correct»… Haut les cœurs, donc ! Rappelons-nous la devise de Lattre : « Ne pas subir ! »
Jean Delaunay

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