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Le billet de la semaine
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J’avais un camarade !
10/03/2010
              Ce poignant chant funèbre de l’armée allemande me touche beaucoup à travers tout ce qu’il sous tend.
Je le fredonne dans la cour des Invalides où j’attends, le cœur serré et la tête pleine de souvenirs, au milieu d’une foule d’anciens, unanimes dans l’admiration affectueuse vouée au Général Alain Bizard à qui on va rendre les derniers honneurs.
      Le plus décoré des survivants de ma Promotion était un guerrier légendaire au profil d’empereur romain, à la stature d’athlète et au bon sourire, un entraîneur d’hommes exceptionnel et, surtout, un homme de cœur, un homme de bien, un homme de foi.
      Dans la foule, un appelé du 13°RD de 1968 me dit sa vénération pour son ancien chef de corps. A côté, un retraité évoque le dernier exploit de notre héros en Algérie. Venant de recevoir son 4° galon au 1° RCP, où il venait de commander l’escadron pendant 4 ans, il a pris lui-même le commandement du peloton d’ élèves-gradés pour surprendre de nuit et anéantir une assemblée de chefs fell réunie dans une mechta éloignée, et leur garde.…
      Plus loin, Geneviève de Galard, l’ange de Dien Bien Phu, entourée d’autres survivants du camp retranché… Ils évoquent Alain, la dernière nuit du siège, allant seul attaquer à la grenade les assaillants viets prêts à l’ultime assaut. Quelques heures plus tard, le même, fait prisonnier avec le pauvre reste de la garnison, s’évade de la colonne pour être repris plusieurs jours après...

      Quant à moi, je me remémore mon avant-dernière visite, récente, au glorieux pensionnaire des Invalides dans sa chambre. Quoique fatigué, il a tenu, avec sa courtoisie habituelle, à me raccompagner jusqu’à l’arrêt de mon autobus. Nous venons d’évoquer longuement notre jeunesse, nos souvenirs de Coëtquidan 1945 et de Saumur 1946, et ri de nos farces et de son formidable appétit d’alors.
      Tout cela, et le reste, nous l’avions déjà longuement évoqué au cours d’une réunion de généraux commandants d’Ecole en 1978 à Coët où, en tête à tête, nous avions fraternellement comparé nos destins militaires et familiaux, une partie de la nuit.
      Je songe à tout cela au milieu des rangs serrés d’amis, képis brodés et bérets rouges, face à la musique de la Légion et la compagnie d’honneur para.
      Le Garde à vous retentit, puis la marche funèbre. Le cercueil tricolore apparait porté par huit paras. Le corps est déposé là où tant de grands serviteurs de la France ont reçu le même hommage.
      Face à lui, le Général Cuche, gouverneur des Invalides et ancien CEMAT, prononce un magnifique discours d’adieu de la part de l’Armée Française à celui qui a si bien servi la France. Du jeune candidat à St Cyr, engagé de 1944, harcelant les Allemands retranchés dans la poche de St Nazaire, au Général à deux étoiles de 1977 commandant les Ecoles de formation d’Officiers, puis au quatre étoiles de 1982, commandant le 3° CA et la région militaire de Lille, il retrace sa carrière exceptionnelle que la dignité de Grand Croix de la Légion d’Honneur a récompensée, après dix- huit citations... Une vie militaire jalonnée notamment par trois séjours successifs en Indochine , suivis par six années d’opérations en Afrique du nord , le tout marqué par des dizaines de faits d’armes rendus possibles par une étonnante baraka, une bravoure étincelante et la science du combat qui va de pair. …
      Les derniers mots du Gouverneur retentissent : «Adieu, Mon Général ! »

      L’émotion est à son comble quand la sonnerie «Aux morts» est reprise en solo, et en sourdine, des quatre points cardinaux.
      Le cercueil tricolore porté à bras s’éloigne ; la musique de la Légion envoie le traditionnel : «Au Caïd ».
Je murmure : « A Dieu, mon ami ! Rendez-vous au Paradis, si Dieu le veut ! »
***

      Lors de la dislocation, l’un des ses élèves de St Cyr 1977, devenu général, me reconnait et, nous sachant liés, me confie :
« Il m’a beaucoup marqué par son ascendant et son exemple.
J’ai surtout retenu ses deux mots pour résumer la façon de commander des hommes :
« Rigueur et amour ».


Oui, Alain Bizard, guerrier héroïque, tu incarnais bien ta devise !
***

« Ich hatte einen kameraden ! »

Général Jean Delaunay ( en 2° s)
Article pour Rizières et Djebels 24 février 2010



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