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Le billet de la semaine
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Chronique imparfaite sur le bonheur
03/03/2010
"En lien avec la Lettre de Mars 2010, nous publions le point de vue d'un jeune étudiant" JD


       Alors que je fumais une cigarette, je me demandais quelle place elle prenait dans ma «recherche du bonheur». J’eus la mauvaise surprise de me rendre compte qu’elle y participait activement. Sans ma cigarette, à ce moment-là, j’eus été très malheureux. On dit que de tout mal, on peut tirer un bien. Cette cigarette-là ne pouvait pas fonder mon bonheur, me suis-je dit, autrement je serai déjà mort d’un cancer du poumon, ou dépressif dans un hôpital psychiatrique.

       C’est une entrée en matière un peu personnelle, et peut-être pas assez générale pour prétendre traiter de ce sujet universel qu’est le bonheur. Effectivement, n’est-ce pas le lot de tout homme, que de rechercher le bonheur ?

       Dire ce qu’est le bonheur est chose impossible. On ne peut pas le matérialiser. On ne peut pas le pointer du doigt. On ne peut pas le peindre. On peut parfois montrer des choses qui y participent. Mais, surtout, on peut dire ce qu’il n’est pas.

       Le bonheur n’est pas le bien-être. Le bien-être est une posture «affectivo-sentimentale» qui est un leurre. Cela ne veut pas dire que c’est mal, ni qu’il ne participe pas au bonheur, mais il ne doit pas être une fin en soi. Rechercher le bien-être pour le bien-être est un cercle vicieux : il ne mène qu’à un vide profond, parce que le bien-être n’est que superficiel : c’est rabaisser l’homme à l’animal. La vie de l’homme prend racine au plus profond de lui-même, et lorsqu’on ne s’intéresse qu’à ses sens, on se désintéresse de ce qui fait qu’il est.

       Si le bonheur n’est pas la recherche du bien-être, il ne faut pas dire qu’il est la recherche du mal être. Bien au contraire. C’est l’extrême inverse. Non, l’homme qui est un être unifié connaît un bonheur plus parfait quand il connaît le bien-être. Pour autant, sans le bien-être, l’homme est capable d’être heureux.

       Le bonheur est une recherche aussi. Je crois qu’elle est la recherche de la vérité. De la vérité sur soi : qui suis-je ? Bienheureux l’homme qui sait qui il est. Elle est aussi la recherche de vérités plus universelles : qu’est-ce que le monde ? ; qu’est ce qui m’entoure ? etc. Il n’ s’agit pas d’avoir une maîtrise de philosophie, ni d’être un génie intellectuel. Sinon, seul Einstein et ses pairs connaitraient le bonheur. La vérité ne s’écrit pas forcément dans des livres ; elle ne se raconte parfois pas. La vérité commence par être détenue, au plus profond de chacun.

       Je crois qu’une des plus grandes vérités que l’homme a à portée de main est l’amour. L’amour entre deux êtres ne s’écrit pas dans des livres ni ne se communique à quelqu’un qui est tiers à cet amour. Ce qui se communique de l’amour, ce sont ses fruits. Aussi, je crois que la recherche du bonheur commence par ce qu’il y a de «plus simple» pour l’homme : l’amour.

       L’amour n’est pas ce sentiment «amoureux» que l’on ressent lorsque l’on rencontre quelqu’un qui nous attire. L’amour est prendre le risque de la gratuité envers quelqu’un. On sait combien nous sommes formés et formatés à prendre sans donner, à cacher ce que nous sommes parce que souvent, nous avons honte. L’amour est un risque. Comme à la guerre, en amour, on risque sa vie pour un autre. On risque de se faire blesser par cet autre qui, comme nous, n’aime qu’imparfaitement, avec ses défauts et ses petitesses. Mais qui n’a pas goûté l’amour, l’amour qui fait pleurer et qui déchire ; l’amour qui fait rire et donne des ailes, n’a jamais goûté au bonheur.

       Effectivement, je crois que le premier pas, vers la recherche du bonheur c’est risquer l’amour, contrairement au fait de fumer une cigarette qui n’est que la recherche du bien-être.
Stanislas Deniau             
      


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