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Le billet de la semaine
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"Nous sommes heureux de permettre à l'un de nos jeunes amis de s'exprimer. Cet article est déja paru sur www. Le Monde.fr" JD

Racisme et xénophobie
par Stanislas Deniau, étudiant en droit
17/02/2010
       On les considère souvent comme des synonymes. Le racisme et la xénophobie sont habituellement raccrochés à des personnages politiques, le plus souvent d'extrême droite, pour les disqualifier. Ils sont une arme politique. Ils n'ont pourtant rien de commun l'un avec l'autre et désignent deux comportements différents, bien qu'une personne puisse être à la fois raciste et xénophobe.

       Xénophobie nous vient du grec, et traduit littéralement signifie «la peur de l'étranger». Le dictionnaire la définit aujourd'hui comme «l'hostilité systématique à l'étranger ou de ce qui vient de l'étranger». Alors que le racisme est une idéologie consistant à classer les races (ou groupes humains) et à déterminer la supériorité de l'une sur l'autre.

       L'étranger est le citoyen d'un pays différent. Mais la mondialisation qui uniformise les «looks», les modes vestimentaires, la musique, par le biais de la culture (cinéma et musique) américaine crée des citoyens du monde. Au contraire l'individualisme ambiant s'évertue à casser toute appartenance à un groupe. Les repères sociologiques disparaissent et tout ce qui n'est pas de l'ordre de «l'externe » devient personnel. Au sein donc de cette masse uniformisée, chaque citoyen du monde est (de plus en plus) un étranger pour l'autre. L'élargissement de la notion d'étranger élargit et change, de ce fait, la notion de xénophobe qui devient l'hostilité à l'autre en général.

       La peur et l'hostilité. On est souvent hostile parce qu'on a peur. On a peur parce qu'on ne connaît pas. Ces sentiments ne sont pas l'apanage de l'extrême droite ou de certains groupes qualifiés de xénophobes. Ces sentiments sont le lot quotidien de l'Homme normal. La xénophobie est donc normale. Elle n'est pas bonne pour autant, bien au contraire. Elle est une faiblesse (qui peut conduire à des comportements dangereux). Mais elle l'est d'autant plus lorsque l'on ignore qu'on l'est. Et la plupart des gens rejettent avec dédain cette faiblesse pourtant innée à l'Homme. La forme de xénophobie la plus courante n'est-elle pas la méfiance réciproque des salariés et de leur employeur ?

       Le racisme, quant à lui, qui vise à classer et hiérarchiser les races, n'est pas bon non plus. Il est très dangereux. L'Histoire l'a prouvé. Mais il ne peut se confondre avec la xénophobie qui ne classe ni ne hiérarchise.

       Le racisme est une doctrine anthropologique avant tout, même si elle peut être utilisée à des fins politiques. Elle est donc le fait de «scientifiques» ou plutôt de pseudo-scientifiques. Qualifier aujourd'hui quelqu'un de «raciste» est le plus souvent faux, bien qu'il subsiste sûrement quelques individus qui défendent encore de telles théories (voir les comportements dans certains stades de football).

       Les formations politiques qui, selon l'opinion publique, sont xénophobes et racistes sont souvent à droite de l'échiquier politique. Il s'agit encore d'une confusion. On l'a déjà dit, certains individus de ces formations sont sûrement xénophobes, voire racistes. Mais ces formations promeuvent la préférence nationale dont le but est de faire primer l'intérêt des français sur celui des étrangers. On peut être en désaccord total, mais on ne peut confondre préférence nationale avec racisme et xénophobie. Par ailleurs le mot «français» recouvre plusieurs réalités. On considère que français dans la bouche d'un de ces hommes politiques veut dire «blanc et chrétien». C'est ce qu'on veut leur faire dire, alors que l'on sait que français veut dire citoyen français quelle que soit la couleur de peau et la religion (principes de laïcité et d'égalité).

       La xénophobie et le racisme ne sont pas l'apanage de l'extrême droite. Et paradoxalement, une sorte de racisme a fait surface lors de la polémique suscitée par le Pape concernant le préservatif. Certains commentateurs ont dit que dire, en Afrique, que le préservatif pouvait augmenter les risques du sida s'il était le seul moyen utilisé, était faux, criminel et dangereux. En rajoutant que dire la même chose en France ne l'était pas. N'est-ce pas considérer que l'africain est moins apte à faire la part des choses que le français ? N'est-ce pas une forme de racisme ? C'est, à tout le moins, méprisant et insultant. A ce propos, le Cardinal Sarr, Président de la conférence épiscopale régionale de l'Afrique de l'ouest, a réagi ainsi aux propos de la presse française le 27 mars dernier : «nous déplorons et dénonçons le crime, venant du fond des âges, où l'on traitait nos frères et nos sœurs en marchandises et en «biens meubles (Le Code Noir, Art. 44), et qui aujourd'hui consiste à s'acharner à penser pour nous, à parler pour nous, à faire à notre place sans doute parce qu'on ne nous croit pas en mesure de le faire par nous-mêmes».

       Xénophobie et racisme ne sont pas frère et sœur jumeaux. Les deux sont regrettables. Mais ils ne sont pas l'apanage de l'extrême droite ; ils sont beaucoup plus diffus dans la société et sur l'échiquier politique. Et on s'en cache ; et on se voile la face.
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