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Le billet de la semaine
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Noël à la Supérette !
10/02/2010
              Dans notre famille, les parents incitent les étudiants à gagner (un peu) leur vie.
Ce qui nous vaut ce témoignage. JD


       A l’aube d’un an neuf, bon nombre de mes camarades de jeu… (de journalisme pardon), sont en train : de voyager au Vietnam, de trinquer dans le nord, de roucouler en Ardèche, de guincher dans la ville lumière, de travailler à l’intégration de la Turquie dans l’Espace Européen ou de saluer cordialement la famille Bayrou à Bannière-de-Bigorre (sic) , moi, je suis à Grenoble !

       Mes employeurs à Coccimarket (petit commerce de proximité bien achalandé et enguirlandé dont la déontologie ne saurait être ici remise en cause), n’ont pas daigné m’accorder des vacances.

       C’est donc un peu esseulé, voir désœuvré que, chaque jour ou presque, je gagne le refuge chauffé de ma caisse tactile dans son écrin de métal, emmitouflé dans une polaire kaki.

       Entre mes quelques « Bips » reconnaissables entre mille, les «Bonjour Georgette ! Elle va bien ce matin ? Froid, n’est ce pas ?» Et les «Et deux qui nous font cent !» , j’ai l’occasion de réfléchir. Un peu. Surtout sur la condition de ces nombreux quidams - il semble finalement que peu de français partent en vacances - qui viennent approvisionner leurs frigidaires dans l’expectative de soirées peu frugales et arrosées.

       Si les bourgeois qui composent en grande partie la clientèle de ce petit commerce semblent avoir bel et bien déserté la capitale de l’Isère, d’autres, de condition plus modeste, sont fidèles au rendez-vous. Ainsi, cet ivrogne adorable qui vient chaque jour faire l’emplette de ses pieds de porcs en gelée et de ses trois litrons de vin des «Pays de l’Aude» (format 1 L 5 plastique recyclé).

       Au rendez-vous aussi, tous les dimanches matin, cette vieille dame portugaise qui nous rend visite à 9 h 15 précises pour acheter… toujours les vingt mêmes articles qui la sustenteront jusqu’au dimanche suivant.

       Ils me semblent bien seuls, eux aussi, au cours de ces fraiches journées. Pas un parent pour les accompagner, pas une bonne âme pour les relayer.

       Au fameux slogan « Noël, période lumière, période bonheur, période cadeaux, période folie !» ; ils pourraient sans doute répondre en chœur: «Noël ? Saison pourrie !»
Matthieu Delaunay             

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