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Le billet de la semaine
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LA GRANDE FALSIFICATION
13/01/2010
       Il y a quelques années, j’étais, dans l’un de plus beaux musées de New York, en contemplation devant une toile moderne à succès, intitulée “Black” et constituée de fait par un panneau intégralement et uniformément noir.
      Je pensais en moi-même: “ Oui, je suis complètement idiot, ou ceci représente un chef d’oeuvre ... de mystification !”
       Quelques mois plus tard, j’allais rendre visite à l’un de mes lointains amis, artiste peintre d’un certain renom, sur le chevalet duquel j’avais autrefois apercu de ravissantes aquarelles de paysages.
      C’est à Aix en Provence que je le retrouvais car il avait déménagé pour bénéficier, m’avait-il annoncé, “de la merveilleuse lumière et des émouvants spectacles de nature de l’arrière Provence”...
      Quelle ne fût pas ma stupéfaction de le trouver enfermé dans son atelier devant une toile mystérieuse ne représentant rien mais recouverte de teintes sombres d’une tristesse à pleurer... Je sortais de là navré d’un tel dévoiement de talent... d’autant plus qu’il m’avait laissé entendre que ses toiles du 2° genre se vendaient beaucoup mieux que les précédentes....

       Ces mini-expériences – et la vue de certaines (prétendues) sculptures dans les jardins de Paris ou d’ailleurs, m’ont rendu très sensible à l’argumentation excellement développée par Jean – Louis Harouel dans son nouveau livre: “La grande Falsification”.
      Je la rattacherais sans peine au chapitre “La guerre des idées “ de mon propre livre “Lettres à mes petits enfants sur des sujets qui fâchent”. L’avortement, rebaptisé “IVG”, l'assassinat retraduit par “exécution”, le vol appellé récupération et l'euthanasie “droit de mourir dans la dignité”... et cette falsification que dénonce JLH, tout cela procède , selon moi, du même état d’esprit.
      Bravo et merci à Jean-Louis Harouel
Jean Delaunay            
***
      Le néant artistique abusivement appelé art contemporain est la lointaine suite de la crise de la peinture déclenchée par le progrès technique dans la seconde moitié du XIXe siècle. Sous l'effet de cette crise, la religion de l'art inventée par le romantisme s'est trouvée privée de sens. La délirante sacralisation de l'artiste par la philosophie allemande, qui lui conférait le statut de voyant, de messie, de philosophe, a basculé au XXe siècle dans l'absurde, le dérisoire, voire l'abject.

      Tel est le prétendu art contemporain: une religion séculière de la falsification de l'art, où l'adoration de l'art a fait place à celle du soi-disant artiste, et où l'œuvre d'art se trouve remplacée par n'importe quoi pourvu qu'il ne s'agisse pas d'art. Aussi bien tout cela est-il aujourd'hui très vieux. Dès les débuts du XXe siècle, les figures les plus radicales des avant-gardes avaient été au bout de la logique du remplacement de l'art par n'importe quoi. Tout ce qui s'est fait depuis dans ce sens n'est qu'une fastidieuse rabâcherie.

      Né de la volonté politique de la classe dirigeante américaine au temps de la guerre froide, le succès mondial du prétendu art contemporain est à beaucoup d'égards un accident de l'histoire. Il n'en reste pas moins que l'aberrant triomphe de cet ersatz d'art renvoie les sociétés occidentales actuelles à leur profonde déculturation.
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Agrégé de droit, diplômé de Sciences Pô, Jean-Louis Harouel est professeur à Paris II. Auteur d'une douzaine de livres, il a notamment étudié en juriste l'histoire de l'État, de l'administration et de la ville. Par ailleurs, il est l'un des meilleurs connaisseurs de la pensée du grand économiste Jean Fourastie (Productivité et richesse des nations, Gallimard, 2005) Il est en outre spécialiste de sociologie de la culture (Culture et contre-cultures, PUF, 3e éd. 2002).

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