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Le billet de la semaine
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A propos d’éthique médicale
2/12/2009

       Dans ce domaine, les médias se sont emparés, ces temps-ci, de cas pathétiques pour les transformer en croisades. Pénétrant dans les demeures et travaillant les sensibilités, ils présentent des situations humaines douloureuses. En les simplifiant jusqu’à l’extrême, ils situent comme exemplaires et généralisent des cas particuliers. Du coup, le Pouvoir est sommé de modifier la Loi. Le vacarme est orchestré par des groupes de pression idéologiquement orientés qui prétendent résoudre toutes les autres situations supposées identiques à travers le personnage souffrant poussé sur le devant de la scène. (Exemples : ce jeune tétraplégique dont la mère transmettait la volonté de mourir ou cette femme atteinte d’un cancer qui la défigurait.) Dans ce domaine aussi, l’opinion publique est manipulée à travers la dictature de l’émotion.

      Bernanos écrivait déjà : « les hommes de ce temps ont la tripe sensible et le cœur dur ». La sensibilité a certes sa place ici mais la raison doit aussi être convoquée. Elle conduit à reconstituer plus justement la réalité à partir des témoignages de soignants non sollicités auparavant, à réintégrer des éléments dissimulés, à analyser ce qui a fait l‘objet de généralisations hâtives et à découvrir qu’il est d’autres parcours que les médias taisent, des aventures de l’extrême qui sont des chemins de vie et non de mort.

      Ignorer ces hommes et femmes qui veulent vivre malgré des handicaps réellement, majeurs, c’est suggérer qu’il n’est qu’une solution, celle qui transgresse les interdits fondateurs. Présenter l’infanticide ou l’euthanasie comme un geste d’amour, c’est introduire une confusion destructrice et occulter les trésors de tendresse qui accompagnent au long des années les grands handicapés ; c’est méconnaître l’exceptionnel dévouement des soignants qui honore une société ; c’est s’interdire de s’émerveiller devant les profondeurs abyssales d’énergie vitale, de courage, de désir de vivre de tétraplégiques murés dans le silence par l’accident qui, mystérieusement, irradient et rayonnent. C’est cette dernière approche que la revue Laennec propose dans ce numéro à travers le témoignage d’un couple : lui est paralysé à la suite d’un accident, elle, médecin, a d’abord le regard de l’épouse, mais sa compétence professionnelle lui permet de suggérer avec justesse des questions éthiques au monde professionnel qui est le sien.

      En publiant cet article, notre revue ne veut pas simplifier le débat ou condamner des êtres ou des familles qui échouent dans des situations extrêmement difficiles. L’actualité judiciaire fait découvrir des cas tragiques quand la tendresse d’une mère a longuement accompagné avec un dévouement admirable un enfant lourdement handicapé et que l’épuisement, l’isolement, l’absence de soutien conduit à un acte de désespoir en contradiction avec l’amour et l’admirable respect de la vie manifestés jusqu’alors. Les auteurs de tels actes ne s’auto-justifient pas, ils suscitent la compassion et interrogent la société. Elle n’a pas su épauler celui ou à celle qui ne pouvait plus porter seul un poids trop lourd et, dans le même temps, aspirait à aimer jusqu’au bout, non pas en faisant disparaître mais en soutenant, en étant eux-mêmes soutenus et allégés d’une partie de la charge.

      En donnant la parole à ce couple qui affronte une situation extrême, nous avons voulu présenter cette aventure humaine non pas d’abord pour provoquer des émotions mais pour donner à réfléchir. Le parcours qui est ainsi mis en valeur est exceptionnel mais il n’est pas unique ; d’autres cheminements proches, comme celui de cet officier supérieur tétraplégique et emmuré dans le silence que l’on pouvait croiser chaque année à Lourdes, pourraient corroborer l’expérience que ce témoignage-ci reflète.

      Ces pages ne voilent pas les tâtonnements, les hésitations, les revirements de celui qui voulait vivre du plus profond de son être – parce qu’il se savait profondément aimé – mais qui, peut être tenté par le désespoir, reprend secrètement la lutte pour la vie. (…)

       « Le bien ne fait pas de bruit » mais il n’est pas interdit de lui donner la parole.
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D’après un article de Patrick Langue dans la revue Laënnec présentant l’aventure de Magali et Cyrille.
La revue Laennec               Laennec

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