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Le billet de la semaine
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11 novembre et identité nationale
18/11/2009
      Je suis navré d'avoir lu ou entendu, à propos du 11 novembre, des commentaires qui m'ont paru inconvenants ou scandaleusement réducteurs. Trois exemples :

      - Dans le courrier des lecteurs de l’un de nos quotidiens, quelqu'un suggère que l'on débaptise les rues de nos villes qui portent le nom des Généraux français de la Grande Guerre, ces «ganaches» qui ont envoyé tant de leurs hommes à la mort.
      C’est oublier un peu vite, me semble-t-il, Foch, Joffre, Galliéni, Pétain, et tant d’autres qui ont, ensemble, en galvanisant leurs soldats, contribué à la Victoire !

      - Pour illustrer le drame national 1914/18, l'une de nos chaînes de TV a choisi de se focaliser sur les mutineries de 1917, en diffusant un film montrant, à travers le calvaire de la veuve de l’un d’entre eux, l’urgence de la réhabilitation de tous les fusillés pour l'exemple…
      En ce qui me concerne, je déplore le sort atroce de ces malheureux dont la plupart n’ont agi que sous l’empire de la panique de devoir remonter en ligne et affronter la mort pour la N° fois, et j’imagine la souffrance morale de leurs familles mises alors au ban de la société.
      Cela dit, au lieu de mettre en scène en 2009 la faiblesse de quelques uns, il eût été plus digne et plus éducatif de célébrer le courage et l’abnégation des millions de poilus qui, eux, ont fait tout leur devoir.

      - Une autre chaîne a préféré interviewer des adolescents qui venaient de visiter le Mémorial de Verdun sous la conduite de leurs professeurs.
      A la question : «Que vous inspire cette visite ? », un jeune répond : «Je suis frappé par l’étendue de ce massacre inutile ! » ; un autre ajoute : «Je m’indigne qu’on ait laissé ainsi souffrir dans les tranchées tant de jeunes soldats sous la pluie, dans le froid et sous les obus !» Un troisième, conclut : «Vraiment cette guerre était stupide et criminelle, comme toutes les guerres d'ailleurs !»
***

      Au moment où l’on discute tant de l’Identité Nationale, voilà une occasion manquée d’en illustrer un aspect important.
      Si horrible qu’elle soit, « la guerre juste » reste l’ultime moyen pour un peuple d’exprimer sa volonté de vivre et de vivre libre. A cet égard, la souffrance et la mort des soldats ne sont jamais inutiles car ils contribuent à forger et à souder la Nation, encore plus que les réalisations pacifiques.
      Voilà ce qu’il faudrait opposer à ceux qui dissertent de ces choses à froid, avec près d’un siècle de recul, et en laissant leurs sentiments prendre le pas sur la raison et le sens des Valeurs
***

      Or, la chute du Mur de Berlin, que nous venons de commémorer, nous rappelle que des peuples ont vécu pendant des années ou des décennies sous la botte de dictatures impitoyables qui ont imposé par la terreur leur régime odieux à d’autres peuples devenus leurs esclaves.
      Cela aurait pu se passer ainsi pour nous sans la bravoure de l’immense majorité de nos poilus, sans le courage de leurs femmes, sans l’admirable unité de notre peuple alors rassemblé par Clemenceau et Poincaré s’appuyant sur la détermination de Foch et de ses soldats, Français et alliés,.
      Nous, Français d’aujourd’hui, nous devons notre liberté à nos anciens qui ont souffert et combattu pour nous. Nous devons leur exprimer notre immense gratitude, notre fierté d’avoir de tels exemples et notre volonté de leur rester fidèles.
***

      Les médias d’aujourd’hui portent la lourde responsabilité de contribuer à façonner l’opinion. Or, ils cherchent essentiellement à nous émouvoir, à travers notamment le sensationnel.
      Dans le cas considéré, la façon dont ils présentent la guerre 14/18 aux jeunes générations élevées dans le confort et l’illusion de la paix facile risque de les pousser à un pacifisme bêlant, alors que les temps qui les attendent seront sans nul doute durs.
      Que ceux qui ont vécu - sinon ces évènements au moins d’autres similaires - sachent prendre le contrepied de cette attitude suicidaire et expliquer aux jeunes que la vie des hommes et celle des peuples reste un combat permanent.
      Fi donc des émotions, des impressions et des indignations creuses !
L’essentiel est de faire face à l’adversité avec un courage opiniâtre…
comme l’ont fait ceux et celles de 14/18.
Jean Delaunay            


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