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Le billet de la semaine
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Violence et engagement
08/07/2009
      Une association vient de se créer sous le titre : « T'as pas un an ? ».
Elle propose à des étudiants en fin d'études de prendre une année sabbatique pour aider d'autres jeunes en difficulté, notamment dans des pays lointains.
      L'idée est excellente à tous les titres. En plus du bien que ces volontaires pourront faire à leurs contemporains défavorisés, nul doute qu'ils se valorisent personnellement sur le plan humain en découvrant à la fois la misère du monde et les richesses qui se trouvent dans le coeur de chacun à condition qu'on sache les découvrir et les faire fructifier.

      Je salue donc cette initiative qui, si elle était couronnée de succès, pallierait dans une certaine mesure la suppression, que je déplore, du Service National.
      Je souhaiterais même qu'on rende obligatoire cet engagement temporaire de ceux qui sont le mieux armés pour la vie en faveur des moins bien lotis.

      Par ailleurs, je suis particulièrement et tristement frappé de la montée de la violence dans toutes les classes de notre société.
      La presse relate en effet quotidiennement des faits graves tels qu’une dispute entre jeunes qui dégénère, l'agression d'un professeur par l’un de ses élèves mécontent ou des bagarres à la barre de fer entre bandes rivales, sans oublier des agressions individuelles non justifiées contre des passants inconnus qui se retrouvent lardés de coups de couteau… .

      Très ancien visiteur de prison, je sais que la violence est un langage, celui des gens qui ne savent pas s'exprimer, qui ne maîtrisent ni le langage oral ni l’écrit, et qui n'ont pas l'occasion de parler tranquillement. Ils ne savent guère que gueuler, proférer des injures et frapper…
      Par substitution perverse, c'est en faisant du mal à d'autres qu’ils parviennent à dire leur mal être.
      Face à ce déchaînement de haine qui cache une réelle souffrance, j'ai, comme bien d’autres, expérimenté depuis longtemps qu’il n'y a qu'une solution, c'est l'engagement personnel de personnes équilibrées en faveur des personnes violentes parce que malheureuses.
      C'est l'accompagnement individuel
à travers l'écoute, l'alphabétisation, l'entraînement sportif, le théâtre, la musique ou tout autre forme d'activité humaine.
      En communiquant son savoir, le professeur de français, de guitare ou d'informatique, le moniteur de basket, de jardinage ou de bricolage… établissent tout naturellement des relations de personne à personne, et ont des chances de faire tomber les préventions et de désamorcer les tensions...

      Je suggère donc que, dans le cadre de la formation des élites françaises, on impose aux futurs diplômés un stage de longue durée dans une association du genre : «T'a pas un an».

      Ce serait une occasion pour eux de découvrir, comme je l’ai fait, une autre face de la réalité humaine, d'apprendre l'humilité et de progresser en pédagogie, données essentielles pour un futur dirigeant. Ils mesureraient en même temps la chance que l'on a d'être né dans un milieu porteur et d'avoir fait des études.

       Selon moi, le remède à la violence de quelques-uns, c'est l'engagement personnel de beaucoup d'autres. La somme de ces entreprises dans la durée serait en outre de nature à transformer en profondeur la société française.
       À cet égard, le concept de « T'as pas un an ? » me paraît à encourager à la fois au sommet de l’Etat et dans les familles.
Jean Delaunay            
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T'as pas un an ?

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