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Le billet de la semaine
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« Faut vivre avec ton temps, Papy ! »
01/07/2009
      Une grand-mère de mes amies m’annonce fièrement qu’elle s’est mise à l’informatique.
      Je la félicite chaudement, d’autant plus qu’il s’agit d’une femme cultivée, débrouillarde et dynamique qui a travaillé longtemps à notre secrétariat. Je lui conseillais depuis des années de s’y mettre de façon, d’une part, à mieux accomplir sa tâche bénévole et à nous rendre davantage de services et, d’autre part, à se mettre au goût du jour par la maîtrise d’un moyen, finalement très simple, rapide et commode de communiquer avec ses petits enfants et d’utiliser les multiples services accessibles par Internet.
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      D’ailleurs, quand ils voient leurs aïeux répugner à utiliser des moyens modernes, beaucoup de jeunes n’hésitent pas à leur asséner des formules péremptoires du genre :
« Faut vivre avec ton temps, Papy ! »
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      Cet âge est sans pitié !, disait déjà La Fontaine mais, par bien des côtés, je partage le point de vue des gamins et je souffre un peu de voir certains de mes contemporains hésiter à la gare devant un distributeur automatique de billets, se faire avaler leur carte bleue par la machine à la suite d’une mauvaise «manip» ou renâcler devant la nécessité de devoir programmer leur machine à laver ou leur magnétoscope.

      Oui, nous, les générations d’avant la guerre, nous avons des efforts à faire pour nous adapter aux techniques de notre temps, ne serait ce que pour bénéficier à plein des avantages et des commodités que nous offre la technique moderne : gains de temps et d’énergie notamment.
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      Cela dit, je me refuse formellement à vivre avec mon temps, comme ils disent, s’il s’agit d’avoir en permanence des écouteurs vissés aux oreilles, de passer des heures devant un écran, de me donner du courage en sniffant de la drogue, de transposer l’orthographe SMS dans des dissertations de bac ou des mémoires de maîtrise, de chercher, à défaut de joie, l’excitation collective dans des rave–parties et, plus grave encore, s’agissant de l’amour, de le dévoyer avec des partenaires multiples et occasionnels.
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       Dans tous ces domaines, je préfère continuer à passer pour un dinosaure.
J’aime lire un livre, écrire une lettre, sarcler mon jardin, écouter le chant d’un oiseau, rêver ou méditer en contemplant la nature. Je me réjouis de vieillir à côté de la même femme aimée et de voir tel de nos descendants que je tenais sur mes genoux, hier encore, s’épanouir dans son corps et son esprit, me raconter ses exploits sportifs et ses découvertes humaines.
      Bref, ayant beaucoup vécu, je continue à trouver mon bonheur dans des joies toutes simples qui constituent autant de valeurs éternelles…

      Personne des miens ne m’a jamais dit : «Faut vivre avec ton temps, Papy!»
Si quelqu’un m’avait tenu ce langage, j’aurais répondu.

« Dans la modernité, fiston, je prends ce que je trouve bon et je laisse le reste, notamment tout ce qui me paraît susceptible de me faire du mal.
       Je te conseille d’en faire autant dans ta vie à toi et, pour cela, de cultiver ton esprit critique pour discriminer ce qui est bien et ce qui est mal, ce qui est beau et ce qui est laid.»


      Finalement : vivre avec son temps… oui mais !
Jean Delaunay            

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